- À l’approche de la date butoir du 1er mars, la tension monte d’un cran entre distributeurs et industriels.
- Dans Le Parisien, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard accuse certaines enseignes de vouloir « imposer des baisses de tarifs » et de menacer des marques de déréférencement.
- Sur Public Sénat, Michel-Édouard Leclerc répond, évoque une ministre « un peu dans une posture » et assure que les discussions « se passent plutôt bien ».
La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a haussé le ton ce lundi en dénonçant les méthodes de certaines enseignes de la grande distribution dans le cadre des négociations commerciales annuelles. Dans un entretien, elle estime que « les exigences de la grande distribution, en termes de tarifs, sont incompatibles avec les demandes des industriels ». Selon elle, les distributeurs « ne discutent pas de leurs éventuelles hausses de prix, dans l’immense majorité des cas liées à des hausses de coûts, et [ils] veulent imposer [leurs] baisses de tarifs ».
Au-delà de l’affrontement sur les prix, la ministre met en garde contre un effet domino sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, jusqu’au monde agricole. « Or, si les négociations sont violentes, elles sont destructrices de valeur pour toute la chaîne, pour la rémunération des industriels, et donc pour le prix d’achat des produits agricoles. À l’arrivée, ce sont les agriculteurs qui vont trinquer », juge-t-elle.
« Menaces de déréférencement » : la ministre parle d’un « chantage mortifère »
C’est l’un des points les plus sensibles de cette séquence : la question du déréférencement, arme de pression redoutée par les industriels. Annie Genevard affirme que « certaines enseignes menacent de déréférencer certaines marques faute d’accord ». Et de trancher : « J’estime que c’est un chantage mortifère pour l’agroalimentaire ».
Cette accusation résonne avec un épisode récent cité dans le débat : en janvier, le géant laitier Lactalis a accusé la centrale d’achat européenne d’Intermarché, Auchan et Casino d’avoir retiré certains de ses produits des rayons afin d’obtenir des baisses de tarifs, selon une lettre consultée par l’AFP.
En toile de fond, un sujet revient avec insistance : le rôle des centrales d’achat européennes, soupçonnées de faciliter le contournement du cadre français. En janvier, à mi-parcours des discussions entre grande distribution et industrie agroalimentaire, un premier bilan avait été jugé mitigé, malgré une charte signée un mois et demi plus tôt pour apaiser les échanges et mieux différencier les PME. Le cabinet du ministère évoquait alors un « point d’accroche » autour de ces centrales, présentées « comme un moyen de contourner » la législation française.
Annie Genevard entend désormais porter le dossier à Bruxelles. La ministre estime que les hausses demandées sont « généralement justifiées » et assure que le contournement de la loi française via les centrales d’achat européennes « n’est plus possible ». Pour elle, il faut désormais « faire évoluer le droit européen », un chantier qu’elle dit vouloir mener avec le ministre des PME et du Commerce Serge Papin. Elle prévoit d’en discuter directement avec les commissaires européens lors du Salon de l’Agriculture (21 février-1er mars).
Michel-Édouard Leclerc : « Elle est un peu dans une posture »
Face aux mises en cause de la ministre, Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres Leclerc, riposte sur Public Sénat. Tout en se montrant personnellement bienveillant, il relativise la charge ministérielle : « Je ne lui en veux pas, elle est un peu dans une posture. Ce n’est pas facile pour elle », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « Elle ne peut être que pour la corporation qu’elle défend », estimant que les agriculteurs ont le sentiment « qu’en aval, industriels et distributeurs empêchent de faire augmenter les rémunérations ».
Le dirigeant a également confié qu’il « aimait bien la ministre de l’Agriculture », jugeant que « ce n’est pas facile d’être à son poste pendant toutes ces tensions et alors qu’il y a eu le débat très contradictoire sur le Mercosur ».
« La part de la distribution n’est que de 40/45% », plaide Leclerc
Sur le fond, Michel-Édouard Leclerc conteste l’idée selon laquelle la grande distribution chercherait à faire baisser les prix au détriment des agriculteurs. « Dans le prix final, la part de la distribution n’est en réalité que de 40/45%. C’est la matière première industrielle qui fait la différence », affirme-t-il.
Le patron des centres Leclerc assume le principe même de la confrontation commerciale : les industriels « demandent des hausses et nous, nous sommes là pour les freiner, ça s’appelle une négociation ». Mais il assure que le cadre légal impose des garde-fous : « la loi nous oblige à tenir compte des coûts de la matière première agricole », a-t-il rappelé.
