- La guerre au Moyen-Orient ravive brutalement les tensions sur les marchés de l’énergie.
- En l’espace d’une semaine, le Brent a grimpé de 17 %, porté par les menaces sur les flux pétroliers mondiaux, la paralysie du détroit d’Ormuz et la crainte d’un embrasement durable de la région.
Le marché pétrolier renoue avec des niveaux de tension qu’il n’avait plus connus depuis plus de deux ans. Sous l’effet de l’escalade militaire au Moyen-Orient, le Brent s’oriente vers sa plus forte progression hebdomadaire depuis 2022, dans un marché dominé par la crainte d’une rupture prolongée des flux d’approvisionnement.
Sur la semaine, le Brent a gagné 17 %, malgré un reflux sous les 85 dollars le baril en fin de séance vendredi. Le brut américain West Texas Intermediate (WTI) évoluait, lui, autour de 80 dollars. Derrière ce mouvement, les opérateurs réintègrent à vive allure une prime géopolitique nourrie par la dégradation rapide de la situation régionale et par la quasi-paralysie du trafic dans le détroit d’Ormuz, point de passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.
Le détroit d’Ormuz au centre du risque pétrolier mondial
Depuis le 28 février, date du lancement de la campagne menée par les États-Unis et Israël, le conflit s’est étendu à près d’une douzaine de pays, bouleversant les équilibres du marché de l’énergie. L’onde de choc dépasse désormais le seul terrain militaire : elle désorganise les chaînes logistiques, accroît les coûts de transport et complique l’accès aux cargaisons pour les grands importateurs asiatiques.
Le quasi-arrêt du trafic à travers le détroit d’Ormuz concentre les inquiétudes. Cette voie maritime stratégique voit transiter habituellement près d’un cinquième des flux pétroliers mondiaux. Son obstruction partielle suffit à faire grimper les cours, alors même que des raffineries et des pétroliers ont déjà été visés par des attaques, accentuant le sentiment d’urgence sur le marché.
Sur le plan diplomatique, les signaux envoyés par les protagonistes éloignent toute perspective d’accalmie rapide. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré à NBC News que son pays « n’avait pas l’intention de négocier » et qu’il se tenait prêt à faire face à une éventuelle offensive terrestre américaine. En parallèle, Israël a lancé une nouvelle vague de frappes contre l’Iran, tandis que l’Arabie saoudite et le Qatar ont annoncé avoir intercepté des drones et des missiles.
Washington desserre partiellement l’étau sur le brut russe
Face aux tensions croissantes sur l’offre, l’administration américaine a commencé à ajuster sa doctrine. Le département du Trésor, via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), a accordé une exemption temporaire permettant à l’Inde d’acheter du pétrole russe déjà immobilisé en mer.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a toutefois pris soin d’en borner la portée. La mesure, a-t-il souligné, « autorise uniquement les transactions liées au pétrole déjà bloqué en mer ».
Cette inflexion illustre le dilemme de Washington : maintenir la pression géopolitique tout en évitant une flambée trop brutale des prix de l’énergie, politiquement coûteuse sur le marché intérieur américain. Le président Donald Trump a d’ailleurs évoqué une « action imminente » pour alléger les tensions sur les cours.
L’option des réserves stratégiques revient dans le débat
La hausse du brut et des carburants ravive un scénario bien connu des marchés : un recours coordonné aux stocks stratégiques. Le secrétaire américain à l’Intérieur, Doug Burgum, a confirmé que l’exécutif étudiait un large éventail d’options.
« Tout est à l’étude », a-t-il déclaré, en précisant que les discussions portent à la fois sur des mesures à effet immédiat et sur d’autres réponses plus structurelles.
Parmi les instruments envisagés figure un prélèvement dans la réserve stratégique de pétrole des États-Unis, éventuellement en coordination avec d’autres pays consommateurs afin d’en maximiser l’impact. A ce stade, aucune décision n’a toutefois été annoncée. L’administration n’a pas encore activé le Strategic Petroleum Reserve, constitué de stocks de brut entreposés dans d’immenses cavités souterraines.
Goldman Sachs voit le risque d’un Brent à plus de 100 dollars
Les établissements financiers suivent désormais le scénario d’un choc prolongé dans le Golfe avec une attention extrême. Goldman Sachs a averti qu’une fermeture durable du détroit d’Ormuz pourrait provoquer une envolée bien plus marquée des prix.
La banque conserve à ce stade un scénario central plus modéré, fondé sur un redressement progressif des expéditions et sur un prix moyen des contrats à terme autour de 76 dollars le baril au deuxième trimestre. Mais elle souligne qu’un blocage prolongé changerait radicalement la donne.
Dans un entretien accordé à Bloomberg TV, Samantha Dart, co-responsable de la recherche mondiale sur les matières premières chez Goldman Sachs, a résumé l’ampleur du risque :
« Supposons que les flux de pétrole à travers le détroit restent très faibles pendant cinq semaines supplémentaires. Nous pourrions voir les prix du Brent dépasser les 100 dollars le baril. »
L’Asie en première ligne face au choc énergétique
L’Asie apparaît comme la région la plus directement exposée à la dégradation de la situation. En Chine, les autorités ont demandé aux grandes raffineries de suspendre les exportations de diesel et d’essence afin de privilégier le marché domestique. Une décision qui traduit la volonté de Pékin de contenir la transmission du choc international aux prix intérieurs.
Au Japon, les raffineurs ont, eux, demandé au gouvernement de libérer du pétrole issu des réserves stratégiques. Ces signaux convergents montrent que les grandes économies importatrices anticipent désormais une tension durable sur les flux physiques, et non plus seulement un accès de volatilité spéculative.
L’Arabie saoudite a déjà ajusté sa politique commerciale. Le royaume a relevé le prix de son brut phare destiné aux acheteurs asiatiques pour le mois d’avril, avec la plus forte hausse depuis août 2022. Riyad travaille également à rediriger des millions de barils vers ses ports de la mer Rouge afin de contourner le détroit d’Ormuz.
