- Le Qatar a suspendu ses exportations de gaz naturel liquéfié après l’attaque de drone iranien contre le complexe de Ras Laffan, épicentre de sa production gazière.
- Cette décision, prise sous le régime de la force majeure, ravive les craintes d’un choc énergétique mondial, avec à la clé une envolée potentielle des prix du pétrole et du gaz, ainsi que de lourdes répercussions sur les échanges commerciaux.
Le Qatar a pris une décision majeure pour les marchés de l’énergie. Après une attaque de drone iranien visant le complexe industriel de Ras Laffan, au cœur de sa production de gaz naturel liquéfié (GNL), Doha a déclaré un cas de force majeure et suspendu ses exportations. Cette interruption touche l’un des principaux centres gaziers du monde, alors que le Qatar est le deuxième producteur mondial de GNL.
Cette mesure exceptionnelle intervient dans un contexte de tensions militaires croissantes au Moyen-Orient, qui menacent désormais directement les infrastructures énergétiques de la région. Pour les autorités qataries, la sécurité du personnel et des installations ne permettait plus de maintenir les opérations.
Dans un entretien accordé Financial Times (FT), le ministre qatari de l’Énergie, Saad al-Kaabi, a averti que la poursuite du conflit pourrait avoir des conséquences bien au-delà du secteur énergétique.
« Nous pensons que tous ceux qui n’ont pas encore déclaré un cas de force majeure le feront dans les prochains jours si la situation continue. Tous les exportateurs de la région du Golfe devront déclarer un cas de force majeure », a-t-il déclaré.
Selon lui, une paralysie prolongée des exportations du Golfe pourrait déclencher une onde de choc sur les marchés mondiaux de l’énergie et peser sur la croissance économique internationale.
Une décision imposée par la dégradation sécuritaire
Saad al-Kaabi, qui dirige également QatarEnergy, explique que l’arrêt des opérations s’est imposé face à une menace directe visant les installations offshore. « Notre armée nous a informés qu’il existait une menace imminente contre les installations en mer. Nous avons donc arrêté les opérations en toute sécurité, autant que possible, et nous avons mobilisé environ 9 000 personnes en 24 heures pour les rapatrier », a-t-il indiqué.
Le ministre souligne que la décision de déclarer un cas de force majeure était inévitable dans un tel contexte.
« Lorsque nos employés sont en danger et que nous sommes réellement frappés dans une zone militaire où nous ne pouvons plus travailler, et que nous ne pouvons pas exposer notre personnel à un danger, nous devons déclarer un cas de force majeure », a-t-il ajouté.
Un risque de flambée des prix du pétrole et du gaz
Au-delà de l’arrêt des installations qataries, les marchés redoutent désormais une perturbation plus large des exportations énergétiques du Golfe. Le principal point de tension reste le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux. Si les pétroliers restent incapables d’emprunter cette route maritime, les conséquences sur les prix pourraient être rapides.
Saad al-Kaabi estime que le prix du pétrole pourrait atteindre 150 dollars le baril en deux à trois semaines, tandis que les prix du gaz pourraient grimper à 40 dollars par million d’unités thermiques britanniques, soit près de quatre fois leur niveau d’avant-guerre.
Le trafic maritime dans le détroit est déjà fortement perturbé depuis les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Plusieurs navires ont été touchés, les primes d’assurance ont explosé et de nombreux armateurs refusent désormais d’exposer leurs équipages dans la zone.
Pour le ministre qatari, la situation rend actuellement la navigation extrêmement risquée. « Compte tenu de la façon dont nous voyons les attaques se dérouler, faire entrer des navires dans le détroit est trop dangereux. C’est trop proche du rivage pour y faire passer des navires. Il sera difficile de convaincre les navires d’y aller », a-t-il déclaré.
Des répercussions possibles sur l’économie mondiale
Pour Doha, les conséquences d’une perturbation prolongée des exportations énergétiques pourraient rapidement dépasser le seul marché du pétrole et du gaz.
« Si cette guerre dure quelques semaines, la croissance du PIB dans le monde entier sera affectée. Le prix de l’énergie va augmenter pour tout le monde. Il y aura des pénuries de certains produits et une réaction en chaîne d’usines incapables de fournir », a averti Saad al-Kaabi.
Le ministre souligne également que l’impact pourrait toucher l’ensemble du commerce international. « En plus de l’énergie, tout le commerce entre le Golfe et le reste du monde sera interrompu, ce qui aura un effet important sur les économies du Golfe et sur tous les partenaires commerciaux dans le monde », a-t-il ajouté.
La région joue en effet un rôle clé dans la production mondiale de produits pétrochimiques et de matières premières pour les engrais, essentiels à de nombreux secteurs industriels et agricoles.
