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Ursula von der Leyen et Kaja Kallas appellent l’UE à s’adapter à un ordre mondial en crise

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  • À Bruxelles, Ursula von der Leyen et Kaja Kallas ont appelé l’Union européenne à adapter sa politique étrangère à un monde devenu plus instable, marqué par la montée des conflits et l’érosion du droit international.
  • Face à la guerre en Ukraine, aux tensions au Moyen-Orient et au retour des rapports de force, les deux responsables plaident pour une Europe plus stratégique, plus autonome et moins dépendante.  

    L’Union européenne n’a plus le luxe de penser le monde avec les réflexes d’hier. C’est le message fort qu’ont adressé, ce lundi à Bruxelles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, à l’occasion de la conférence annuelle des ambassadeurs de l’Union.

Leur prise de parole intervient dans un contexte de fortes secousses géopolitiques, alors que les États-Unis et Israël poursuivent leurs frappes sur l’Iran. Cette séquence militaire a profondément déstabilisé l’équilibre régional au Moyen-Orient, ravivé les tensions sur les marchés mondiaux de l’énergie et accentué les fractures entre partenaires occidentaux.

Pour les deux responsables européennes, cette nouvelle phase internationale confirme une rupture historique : l’ordre mondial qui structurait les relations internationales depuis des décennies est en train de s’effriter.

Ursula von der Leyen : « L’Europe ne peut plus être la gardienne de l’ancien ordre mondial »

Ursula von der Leyen a estimé que l’Union devait cesser de se penser comme la simple protectrice d’un système international désormais fragilisé. « L’Europe ne peut plus être la gardienne de l’ancien ordre mondial, d’un monde qui a disparu et qui ne reviendra pas », a déclaré la présidente de la Commission européenne.

Tout en réaffirmant l’attachement de Bruxelles au multilatéralisme et au système fondé sur des règles, Ursula von der Leyen a souligné que ce cadre ne suffisait plus, à lui seul, à garantir la sécurité et les intérêts du continent.

« Nous défendrons toujours le système fondé sur des règles que nous avons contribué à construire avec nos alliés, mais nous ne pouvons plus le considérer comme le seul moyen de défendre nos intérêts ni supposer que ses règles nous mettront à l’abri des menaces complexes auxquelles nous sommes confrontés. »

Pour la dirigeante allemande, l’Union européenne est désormais confrontée à un choix stratégique décisif : conserver des certitudes devenues obsolètes ou entrer pleinement dans une nouvelle ère diplomatique.

Elle a ainsi décrit une « option binaire » pour l’Europe en « période de changements radicaux » : s’accrocher à des « habitudes et certitudes » familières ou se forger un « destin différent ». Ursula von der Leyen a plaidé pour une politique étrangère européenne davantage tournée vers la puissance, l’influence et la protection des intérêts stratégiques de l’Union.

« Nous pouvons construire une politique étrangère qui nous rende plus forts à l’intérieur, plus influents au niveau mondial et qui soit un meilleur partenaire pour les pays du monde entier », a-t-elle affirmé.

La présidente de la Commission a insisté sur la nécessité de concevoir cette transformation non comme un renoncement aux valeurs européennes, mais comme une adaptation lucide à un environnement devenu plus instable et plus brutal.

« Une politique étrangère qui soit un pilier essentiel de l’indépendance européenne, qui protège nos intérêts et fasse progresser nos valeurs. Non pas avec nostalgie, ou en pleurant l’ancien monde, mais en façonnant le nouveau. »- Ursula von der Leyen

À travers cette ligne, Bruxelles assume de plus en plus ouvertement une ambition de souveraineté géopolitique, fondée sur une capacité accrue à décider, agir et nouer des alliances selon ses propres intérêts.

Kaja Kallas : l’invasion de l’Ukraine, le point de rupture

Prenant la parole après Ursula von der Leyen, Kaja Kallas a désigné l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie, il y a quatre ans, comme le point de rupture majeur ayant précipité l’affaiblissement du droit international. Selon la cheffe de la diplomatie européenne, ce conflit a envoyé un signal dévastateur au reste du monde : celui d’une impunité croissante face aux violations les plus graves.

« Cette invasion n’est pas passée inaperçue. Au contraire, elle a envoyé au monde entier le signal qu’il n’y a plus de responsabilité pour les actions des uns et des autres : les règles ont été jetées par la fenêtre », a déclaré Kaja Kallas aux ambassadeurs.

Pour elle, l’inaction ou l’insuffisance de la réponse internationale face à cette rupture a favorisé le retour d’une logique de rapports de force et de coercition entre États.

« Si nous ne rétablissons pas le droit international, ainsi que la responsabilité, nous sommes condamnés à assister à des violations répétées de la loi, à des perturbations et au chaos », a-t-elle affirmé

Défense, dissuasion et nouveaux partenariats : la nouvelle feuille de route de l’UE

Au-delà du constat, les deux responsables ont dessiné les axes d’une politique étrangère européenne rénovée. Premier objectif : renforcer les capacités de défense et de dissuasion de l’Union. Deuxième priorité : élargir les accords commerciaux et de sécurité pour réduire les dépendances stratégiques.

Dans un monde de plus en plus fragmenté, Ursula von der Leyen et Kaja Kallas considèrent que les dépendances économiques, énergétiques ou industrielles peuvent devenir des armes entre les mains de puissances hostiles.

La Haute Représentante a insisté sur le fait que de nombreux pays de taille moyenne partagent désormais cette même analyse et recherchent eux aussi des partenariats plus équilibrés.

« Comme nous, ils ont appris que les dépendances nous rendent faibles et donnent un poids excessif à ceux qui cherchent à diviser le monde en sphères d’influence », a déclaré Kaja Kallas.

Elle a également rappelé que la défense d’un ordre fondé sur des règles ne relevait pas seulement d’un principe moral, mais d’une nécessité concrète pour éviter l’instabilité générale. Et d’ajouter : « Et comme nous, ils comprennent qu’un ordre international fondé sur des règles est vital pour éviter l’anarchie et les souffrances inévitables qui en résulteraient. »

Le verrou de l’unanimité, faiblesse persistante de la diplomatie européenne

Ursula von der Leyen a par ailleurs mis en lumière l’un des principaux handicaps de l’Union sur la scène internationale : ses propres règles de décision. En matière de politique étrangère, l’unanimité reste requise entre les 27 États membres, donnant à chaque capitale un pouvoir de veto considérable.

Ce fonctionnement nourrit régulièrement l’image d’une Europe divisée, lente et parfois impuissante, au moment même où la rapidité de décision devient un facteur de crédibilité géopolitique. La situation actuelle autour du prêt de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine illustre cette fragilité. Bruxelles fait face au veto de dernière minute de la Hongrie, alors même que les dirigeants européens avaient validé le principe de cette aide.

Pour Ursula von der Leyen, cet épisode illustre l’urgence de repenser les mécanismes de décision européens. Dans un monde marqué par le retour des rapports de force, la capacité de l’Union à agir rapidement et d’une seule voix pourrait désormais conditionner son influence sur la scène internationale.

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