30.2 C
Paris
mardi, mai 26, 2026
AccueilActualitéCroissance : l’Insee abaisse ses prévisions pour 2026 sous l’effet du choc...

Croissance : l’Insee abaisse ses prévisions pour 2026 sous l’effet du choc pétrolier

Date:

  • La hausse des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient conduit l’Insee à revoir légèrement à la baisse ses perspectives pour l’économie française.
  • Inflation en hausse, pouvoir d’achat sous pression et chômage en progression dessinent un scénario de croissance atone.

   Le ralentissement se confirme. Dans sa dernière note de conjoncture publiée mardi, l’Insee ajuste à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026, dans un contexte marqué par la flambée des prix des hydrocarbures.

Le produit intérieur brut (PIB) progresserait de 0,2% au premier trimestre comme au deuxième, soit 0,1 point de moins que dans les projections de décembre. L’institut table désormais sur un acquis de croissance de 0,9% à mi-année, contre 1% initialement anticipé.

Nous révisons légèrement en baisse notre prévision de croissance, principalement pour tenir compte de la nouvelle donne sur les prix du pétrole”, souligne Dorian Roucher, chef économiste du département de la conjoncture à l’Insee.

Au total, la croissance française en 2026 s’inscrirait dans le prolongement de celle observée en 2025, sans accélération notable.

Le choc énergétique rebat les cartes de la conjoncture

Ce réajustement intervient dans un environnement international dégradé. La hausse rapide des prix du pétrole, consécutive aux attaques israélo-américaines en Iran, constitue le principal facteur explicatif.

Ce choc survient alors même que les indicateurs avancés étaient bien orientés en début d’année. Les enquêtes menées en février auprès des entreprises apparaissaient “plutôt encourageantes” et laissaient entrevoir un prolongement de l’embellie observée fin 2025, rappelle Dorian Roucher. L’Insee rappelle néanmoins que la dégradation du contexte géopolitique a néanmoins interrompu cette dynamique.

À court terme, l’impact sur l’activité resterait contenu. Les ménages devraient absorber une partie du choc en mobilisant leur épargne, dont le taux demeurerait élevé, à 17,6% à mi-année. Dans ce contexte, la consommation progresserait encore, mais à un rythme ralenti : +0,1% au premier trimestre, +0,2% au deuxième, après +0,4% fin 2025.

Plus concrètement, cela traduit par un ajustement progressif des comportements face à la hausse des dépenses énergétiques, sans rupture brutale de la demande.

Des investissements contrastés selon les secteurs

L’investissement des entreprises conserverait une certaine résilience au premier semestre. L’Insee souligne toutefois des évolutions hétérogènes, “avec toutefois des disparités significatives” selon les branches.

Les secteurs de l’aéronautique et de la défense continueraient de soutenir l’investissement productif, compensant la faiblesse observée dans d’autres segments de l’économie.

Une inflation tirée par l’énergie, mais encore contenue

L’accélération des prix constitue la principale conséquence immédiate du choc énergétique. L’inflation atteindrait 1,9 % sur un an en juin, contre 0,9% en février, sous l’effet de la hausse des carburants et du gaz.

À ce stade, l’Insee estime que “l’envolée des cours de l’énergie ne se transmettrait pas encore aux autres composantes de l’inflation”. Le transport aérien ferait toutefois figure d’exception, avec des prix attendus en hausse dans le sillage du renchérissement du kérosène.

Par ailleurs, l’inflation alimentaire ralentirait à 1% en juin, contre 2% en février, limitant la diffusion du choc.

Malgré cette remontée, l’inflation française resterait inférieure à celle de la zone euro, estimée à 3% (contre 2,2% en France selon l’IPCH). Cette situation reflète une progression plus modérée des rémunérations. “Les salaires (et donc les prix des services) resteraient nettement moins dynamiques” en France, souligne l’Insee.

Pouvoir d’achat en repli et salaires réels en baisse

L’ajustement passe dès lors par le pouvoir d’achat. Le choc énergétique, non intégré dans les négociations salariales, se traduirait par une contraction des salaires réels de 0,5% au deuxième trimestre.

L’acquis de pouvoir d’achat des ménages à mi-année serait ainsi négatif (-0,2%). L’Insee évoque un double effet : “le choc sur les prix de la consommation provoqué par la guerre au Moyen-Orient et, d’autre part, des salaires nominaux peu dynamiques, du fait d’un pouvoir de négociation amoindri des salariés”.

Sur le front de l’emploi, la tendance reste défavorable. L’emploi salarié privé reculerait de 0,2% à mi-année, tandis que l’emploi total se stabiliserait. Dans le même temps, la population active continuerait de progresser, notamment sous l’effet de la réforme des retraites de 2023. Le taux de chômage augmenterait ainsi pour dépasser 8% à la mi-2026, après 7,9% fin 2025.

Des risques accrus pour le second semestre

Au-delà du premier semestre, les incertitudes demeurent élevées. L’Insee prévient que les effets du choc énergétique pourraient s’intensifier au second semestre 2026 si les prix des hydrocarbures se maintiennent durablement à des niveaux élevés.

Dans ce scénario, l’économie française ferait face à un enchaînement défavorable associant croissance faible, inflation énergétique persistante et dégradation du pouvoir d’achat.

Les plus populaires