- À l’Assemblée nationale, plusieurs députés de gauche ont dénoncé ce mardi 31 mars une campagne de haine visant Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis.
- Le gouvernement a condamné des propos “ignobles” et évoqué de possibles poursuites judiciaires, tandis que l’édile annonce porter plainte.
La séance des questions au gouvernement a été marquée, mardi 31 mars, par une vive tension autour des attaques visant Bally Bagayoko, nouveau maire La France insoumise de Saint-Denis. Plusieurs députés de gauche ont interpellé l’exécutif sur ce qu’ils décrivent comme une campagne de haine raciste relayée dans certains médias et amplifiée par l’extrême droite sur les réseaux sociaux.
Premier à prendre la parole, le député écologiste et social Steevy Gustave a dénoncé des dérives graves dans le débat public : “Quand on attaque un élu sur sa couleur de peau ou sur ses origines, ce n’est plus de la politique, c’est du racisme.” Avant d’ajouter : “Ce qui dérange encore certains, ce n’est pas ce que nous faisons, c’est simplement que nous soyons là.”
“Une campagne raciste et négrophobe”, accuse Éric Coquerel
Dans la foulée, le député LFI Éric Coquerel a vivement dénoncé les attaques visant l’édile dionysien. “La honte !”, a-t-il lancé dans l’hémicycle, accusant certains responsables politiques d’avoir “alimenté une campagne raciste et négrophobe, doublée de mépris de classe”.
Ces accusations interviennent alors que plusieurs figures de gauche et des associations antiracistes alertent depuis plusieurs jours sur la multiplication de propos jugés racistes à l’encontre du maire de Saint-Denis.
Le gouvernement condamne des propos “ignobles”
En réponse, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a fermement condamné les attaques. Il a dénoncé des propos “ignobles” et “inacceptables”, rappelant que “le racisme n’est pas une opinion, […] mais un délit pénal”.
Le ministre a précisé que des suites judiciaires étaient à l’étude : “Nous sommes à l’étude de savoir si [elles] relèvent d’appel à la discrimination raciale, de l’injure publique.” Et d’ajouter : “S’il doit y avoir des poursuites pénales, il y en aura.”
Quelques minutes plus tard, Laurent Nunez a toutefois rejeté toute responsabilité du gouvernement dans cette affaire, dénonçant “le procès d’intention” formulé par certains élus. “Quand nous rappelons un élu à la règle, nous ne regardons pas son origine, nous ne regardons pas de quel parti il émane !”, a-t-il insisté.
Sébastien Lecornu promet la protection de l’État
Interpellé à son tour par le président du groupe GDR, Stéphane Peu, le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé à apaiser le débat politique.
“Nous devons refuser toute forme de violence dans le débat politique et la manière dont se sont passées les élections municipales, d’une manière générale, ne sont pas une réussite collective”, a-t-il déclaré.
Le chef du gouvernement a également assuré son soutien au maire de Saint-Denis : “Le maire de Saint-Denis est un agent de l’État. Il mérite une protection particulière. Dès lors qu’il aura porté plainte, je demanderai au préfet de Seine-Saint-Denis de se constituer partie civile à ses côtés.”
Mais Sébastien Lecornu a aussi fermement répondu à Éric Coquerel, rejetant toute accusation de racisme visant l’exécutif : “Non, ce n’est pas vrai, on ne peut pas dire cela, c’est un mensonge ! Et vous participez en disant cela, à la banalisation du mal, qui doit être combattue avec la même force, sans relâche.”
Plainte annoncée et mobilisation antiraciste
Face à la situation, Bally Bagayoko a annoncé son intention de déposer plainte. Le maire de Saint-Denis appelle également à un “grand rassemblement” antiraciste samedi devant la mairie, afin de dénoncer publiquement les attaques dont il fait l’objet.
Cette mobilisation pourrait rassembler élus, militants et associations dans un contexte de forte crispation autour des questions de racisme et de violence politique.
L’Arcom saisie, des suites attendues
En parallèle, plusieurs responsables politiques de gauche ainsi que des associations antiracistes ont saisi l’Arcom. Le régulateur de l’audiovisuel et du numérique a indiqué qu’il allait “instruire les séquences qui lui ont été signalées”.
À l’Assemblée, Laurent Nunez a assuré que le gouvernement suivait attentivement ce dossier : “Nous serons attentifs aux suites qui seront données.”
