- Cinq pays de l’Union européenne demandent à la Commission européenne la mise en place d’une taxe sur les bénéfices exceptionnels des entreprises énergétiques, dans un contexte de forte hausse des prix du pétrole et du gaz.
- Cette initiative vise à alléger le poids de la crise énergétique sur les consommateurs, alors que les tensions au Moyen-Orient perturbent durablement les marchés.
L’Espagne, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie et le Portugal montent au créneau. Les ministres de l’Économie et des Finances de ces cinq États membres ont officiellement demandé à la Commission européenne d’instaurer une taxe sur les bénéfices exceptionnels des entreprises énergétiques.
Dans un message publié samedi 4 avril sur X, le ministre espagnol de l’Économie, Carlos Cuerpo, a confirmé cette initiative, estimant qu’une telle mesure permettrait d’“alléger la charge pesant sur les consommateurs et les contribuables”. Dans une lettre adressée au commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, les cinq ministres plaident pour une réponse coordonnée à l’échelle de l’Union européenne face à la flambée des prix de l’énergie.
“Ceux qui profitent de la guerre doivent contribuer”
Consulté par Reuters, le courrier souligne l’urgence d’agir dans un contexte de crise énergétique aggravée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Les ministres y affirment qu’une telle taxe montrerait que “nous sommes unis et capables d’agir”. Ils insistent également sur la nécessité d’un partage équitable des efforts : “Cela enverrait aussi un signal clair sur le fait que ceux qui tirent profit des conséquences de la guerre doivent apporter leur part pour alléger le fardeau qui pèse sur le grand public.”
Une position qui s’inscrit dans la continuité des mesures adoptées en 2022, lors de la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine.
Une nouvelle crise énergétique aux causes géopolitiques
La situation actuelle est largement liée à la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz et aux perturbations dans le Golfe, qui désorganisent profondément les marchés énergétiques mondiaux.
Ces tensions ont entraîné une envolée spectaculaire des prix : le pétrole a bondi de plus de 50 % depuis le début des frappes israélo-américaines contre l’Iran le 28 février, tandis que les prix du gaz en Europe ont progressé de plus de 70 %.
Cette dynamique alimente de fortes inquiétudes sur la sécurité des approvisionnements et sur la capacité de l’Europe à contenir une crise durable.
Bruxelles anticipe une crise longue et difficile
Du côté des institutions européennes, le ton se durcit. Le commissaire européen à l’énergie, Dan Jorgensen, a mis en garde contre une crise qui pourrait s’inscrire dans la durée : “Ce sera une crise longue… les prix de l’énergie resteront élevés pendant très longtemps.”
Il a également averti que la situation pourrait empirer à court terme : “nous nous attendons à ce que la situation soit encore pire dans les semaines à venir” pour certains produits essentiels. Selon le Financial Times, la Commission européenne examine actuellement “toutes les possibilités”, y compris des mesures exceptionnelles comme le rationnement du carburant ou une utilisation accrue des réserves stratégiques.
Vers une nouvelle taxation européenne des énergéticiens ?
Dans leur lettre, les cinq ministres appellent Bruxelles à agir rapidement : “Compte tenu des distorsions actuelles du marché et des contraintes budgétaires, la Commission européenne devrait rapidement mettre au point un instrument de contribution similaire à l’échelle de l’UE, reposant sur une base juridique solide.”
Pour l’heure, aucun détail n’a été fourni concernant le niveau de la taxe envisagée ni les entreprises qui seraient concernées. Dans un contexte de crise énergétique profonde et appelée à durer, la question de la participation des grands groupes énergétiques revient avec force au centre des discussions européennes.
Alors que les prix du carburant continuent de grimper, les ménages et les entreprises subissent déjà les effets d’un choc énergétique d’ampleur. Dans ce contexte, la proposition des cinq États membres vise à rééquilibrer les efforts.
En ciblant les profits exceptionnels générés par la crise, ils entendent financer des mesures de soutien tout en envoyant un message politique fort. Car pour ces pays, le principe est désormais clair : en période de guerre et de tensions économiques, la solidarité doit aussi s’appliquer aux acteurs qui bénéficient de la hausse des prix.
