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Sidérurgie Algérie : AQS s’appuie sur Djen Djen pour accélérer ses exportations et changer d’échelle

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  • En concluant un partenariat stratégique avec le port de Djen Djen, Algerian Qatari Steel (AQS) renforce un maillon clé de sa chaîne de valeur.
  •  Le sidérurgiste, engagé dans une montée en puissance industrielle, cherche à lever les contraintes logistiques pour consolider ses positions à l’export et accompagner la transformation structurelle de la filière sidérurgique algérienne.

    Dans la sidérurgie, la bataille ne se joue plus uniquement dans les aciéries. Elle se gagne aussi sur les quais. En s’alliant avec le port de Djen Djen, dans la wilaya de Jijel, Algerian Qatari Steel (AQS) prend acte de cette réalité et sécurise un levier déterminant pour sa stratégie d’expansion à l’international.

La convention signée entre les deux entités vise à fluidifier les échanges commerciaux, réduire les délais logistiques et améliorer la compétitivité des exportations algériennes. Selon un communiqué de la direction du port, l’accord permettra de « réduire sensiblement les délais de traitement des marchandises grâce à l’adoption de mécanismes plus souples et plus efficaces dans la gestion des flux », en optimisant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

Au-delà de l’amélioration opérationnelle, c’est toute la logique industrielle du complexe de Bellara qui se trouve renforcée. Situé à proximité immédiate du port, ce dernier bénéficie d’un avantage logistique décisif, appelé à devenir un facteur différenciant sur les marchés internationaux.

AQS accélère sa trajectoire export

Numéro deux du marché sidérurgique algérien, AQS confirme son virage vers l’export. Détenue à 46 % par la Société nationale sidérurgique (SNS), à 5 % par le Fonds national d’investissement (FNI) et à 49 % par Qatar Steel International, l’entreprise s’appuie sur une montée en cadence progressive de ses capacités industrielles.

Le groupe a produit 6 millions de tonnes de produits sidérurgiques depuis la mise en service de ses installations, dont 2,6 millionsde tonnes exportées depuis 2021 vers 44 pays couvrant l’Afrique, l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord.

La dynamique commerciale est soutenue : 160 millions de dollars d’exportations en 2022, 400 millions en 2023 et 360 millionsen 2024. En septembre 2025, AQS a signé de nouveaux contrats à l’export pour un montant de 400 millions de dollars vers plusieurs marchés africains.

Dernier signal en date de cette montée en puissance : le chargement de 22 000 tonnes de billettes à destination de l’Italie. Un flux emblématique d’un basculement en cours, l’Algérie étant désormais en mesure d’exporter vers un pays dont elle dépendait auparavant pour ses approvisionnements sidérurgiques.

Lever les contraintes structurelles de l’appareil exportateur

Le partenariat avec Djen Djen s’inscrit dans un contexte plus large de réforme de l’appareil logistique national. Longtemps pointées du doigt, les lenteurs portuaires ont constitué un frein majeur pour les industriels exportateurs.

Les pouvoirs publics ont engagé une série d’investissements pour moderniser les infrastructures, renforcer les capacités de manutention et instaurer le travail en continu dans les ports de marchandises. La convention avec AQS apparaît comme une déclinaison concrète de cette stratégie.

Elle doit notamment permettre de faciliter les procédures d’importation et d’exportation, d’améliorer la fluidité des opérations de chargement et de déchargement et de réduire les délais d’accostage des navires. Le communiqué souligne également la volonté d’«améliorer les conditions de traitement des marchandises et accélérer les procédures administratives et douanières », dans une logique de soutien aux exportations hors hydrocarbures.

Dans cette perspective, le port de Djen Djen est appelé à jouer un rôle de hub logistique structurant, au service de l’industrialisation et de l’ouverture commerciale du pays.

Une filière sidérurgique en recomposition

L’essor d’AQS s’inscrit dans une transformation plus profonde de la sidérurgie algérienne. La montée en puissance du complexe de Bellara, conjuguée à celle de Tosyali Algérie à Bethioua et du site historique d’El Hadjar, a permis de réduire significativement la dépendance du pays aux importations de billettes et de rond à béton.

Le modèle évolue vers une intégration accrue. Les billettes, autrefois importées, sont désormais produites localement, alimentant un tissu de laminoirs en expansion. Cette structuration renforce la chaîne de valeur nationale et soutient le développement de la production de matériaux pour le bâtiment et l’industrie.

AQS consacre aujourd’hui environ deux tiers de sa production au marché domestique et un tiers à l’export. Ce positionnement hybride permet de répondre à la demande intérieure tout en développant des relais de croissance à l’international.

À moyen terme, l’exploitation du minerai de fer de Gara Djebilet devrait renforcer davantage la compétitivité de la filière en sécurisant l’approvisionnement en matières premières.

Monter en gamme pour changer de dimension

La prochaine étape pour AQS est déjà identifiée. Une extension du complexe de Bellara, prévue à l’horizon 2028, doit permettre de produire de l’acier plat et des rails. Un saut qualitatif qui marque la volonté de monter en gamme et de diversifier l’offre industrielle.

Avec plus de 2 milliards de dollars investis dans ce site, l’enjeu dépasse largement la seule performance d’un acteur. Il s’agit de positionner l’Algérie sur des segments à plus forte valeur ajoutée et de consolider sa place sur le marché sidérurgique méditerranéen.

Dans cette équation, la proximité entre Bellara et Djen Djen constitue un atout structurant. Elle permet d’articuler production industrielle et performance logistique dans une logique intégrée, désormais indispensable pour rivaliser sur les marchés internationaux.

Une pièce maîtresse de la diversification économique

Au-delà du secteur sidérurgique, l’accord entre AQS et le port de Djen Djen illustre une inflexion plus large de la stratégie économique algérienne. Il traduit la volonté de bâtir un modèle de croissance moins dépendant des hydrocarbures, fondé sur la valorisation de la production locale et le développement des exportations industrielles.

Le communiqué du port évoque ainsi « de nouvelles perspectives en matière d’investissement et de développement économique », soulignant que ce partenariat s’inscrit dans une dynamique visant à structurer un écosystème logistique performant.

Il précise enfin que ce rapprochement doit permettre d’« accompagner les ambitions industrielles du pays et de soutenir durablement l’essor des exportations dans une dynamique de développement pérenne ».

Dans un environnement international marqué par une concurrence accrue et des chaînes d’approvisionnement sous tension, la sidérurgie algérienne joue ici une carte stratégique : celle d’une industrie intégrée, adossée à une logistique modernisée, capable de se projeter durablement sur les marchés extérieurs.

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