- À un an de l’échéance présidentielle, le Medef lance une consultation nationale des chefs d’entreprise et prépare ses propositions économiques.
- Son président, Patrick Martin, revendique un dialogue avec toutes les forces politiques, y compris le Rassemblement national, tout en rejetant toute proximité idéologique.
Le Medef entend peser dans la campagne présidentielle à venir. Lors d’une conférence de presse organisée mercredi, son président Patrick Martin a détaillé un « plan de marche très puissant et déterminé » pour porter les priorités du monde économique jusqu’au scrutin de 2027.
« On sera extrêmement présent et extrêmement vocal », a-t-il assuré, affichant la volonté de l’organisation patronale de s’imposer comme un interlocuteur central dans le débat public.
Le dispositif s’articule autour d’une consultation nationale lancée dès avril auprès des chefs d’entreprise. Les résultats seront présentés à l’été lors de la REF (Rencontres des entrepreneurs de France), avant une série de forums en région. Les propositions du Medef sont attendues pour janvier 2027, puis feront l’objet d’un débat avec les candidats à l’élection présidentielle.
Une stratégie de dialogue politique tous azimuts
Le Medef revendique sa ligne : dialoguer avec l’ensemble du spectre politique. Une posture qui inclut explicitement le Rassemblement national et qui intervient dans un contexte de fortes interrogations sur les relations entre le patronat et le parti de Marine Le Pen.
Patrick Martin assume cette ouverture : « Peut-on exclure le RN du spectre de nos contacts politiques ? Évidemment non, c’est une force qui pèse », a-t-il déclaré.
Le Medef recevra ainsi prochainement Jordan Bardella, après avoir déjà échangé avec d’autres responsables politiques, notamment issus de la gauche et du centre.
Pour autant, le président du Medef récuse toute inflexion idéologique du patronat en faveur du Rassemblement national. Il dénonce une lecture biaisée des récents échanges entre dirigeants économiques et responsables politiques.
« Je suis dépité de voir qu’il y a un focus sur les relations entre le patronat et le Rassemblement national », a-t-il regretté.
Avant de trancher : « Je veux crever cette baudruche selon laquelle le patronat aurait pris massivement le parti du Rassemblement national, c’est faux ». Dans une formule plus distanciée, Patrick Martin souligne également l’hétérogénéité du monde entrepreneurial. « Tous les chefs d’entreprise ne se levaient pas le matin en s’interrogeant s’ils sont pour ou contre le Rassemblement national « , mentionne -t-il.
Remettre l’économie au centre du débat
Au-delà de cette clarification, l’organisation patronale cherche à imposer les enjeux économiques dans la campagne. Patrick Martin pointe un décalage entre la perception positive de l’entreprise et sa faible présence dans le débat politique.
« L’image de l’entreprise n’a jamais été aussi bonne dans l’opinion publique », a-t-il observé, tout en regrettant que les grands enjeux ne soient « pas suffisamment pris en compte dans le débat public et politique ».
« Il faut donc remettre l’économie au centre du débat », a-t-il insisté. Le président du Medef s’inquiète également d’un manque de prise en compte des transformations globales : « On est très inquiets de voir que nos pouvoirs publics et politiques sont très éloignés de ces grands enjeux économiques, sociaux, environnementaux et numériques« .
Un diagnostic préoccupant de la situation française
Patrick Martin dresse par ailleurs un constat sévère de la situation économique française, évoquant un « décalage qui se creuse entre l’Europe et ce qui se passe spécifiquement »dans l’Hexagone. Il alerte sur plusieurs fragilités structurelles, citant le « déclassement éducatif », la faiblesse de l’emploi des jeunes, les tensions sur le modèle social ou encore le déficit de compétitivité.
Les finances publiques sont jugées « absolument catastrophiques », tandis que la dynamique de réindustrialisation apparaît désormais « très sujette à caution ». Il regrette également que « on a parfois rétrogradé avec la suspension de la réforme des retraites« .
Sans se positionner à ce stade, le Medef n’exclut pas de soutenir un programme économique à l’approche du scrutin, à condition qu’il soit jugé lisible et cohérent. « On s’interroge sur tous les programmes des différentes formations politiques. On regarde, on parle », a indiqué Patrick Martin.
