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Pétrole : le choc d’Ormuz propulse le Brent au-delà de 126 dollars

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  • La perspective d’un blocus prolongé du détroit d’Ormuz, dans un contexte d’escalade entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran, propulse les prix du pétrole à des niveaux inédits depuis le début de la guerre en Ukraine.
  • Les marchés redoutent désormais un choc durable sur l’offre mondiale.

   Nouvelle poussée de fièvre sur les marchés énergétiques. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, a atteint 126,41dollars dans la nuit, en hausse de près de 7 %, selon les données de MarketWatch, avant de revenir à 124,64 dollars vers 7h30 à Paris.

Ce niveau constitue un sommet depuis mars 2022, lorsque les cours avaient été propulsés par le déclenchement de la guerre en Ukraine. Le Brent affiche désormais un prix doublé par rapport à celui observé avant l’offensive du 28 février 2026 menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), évolue également en nette hausse, à 109,43 dollars (+2,38 %) pour les contrats de juin.

Au cœur de cette flambée : le risque d’un blocage durable du détroit d’Ormuz, par où transite une part significative du pétrole mondial. Les déclarations venues de Washington ont renforcé les anticipations de tension sur l’offre.

Un haut responsable américain a indiqué que la Maison Blanche envisageait de « poursuivre le blocus actuel pendant des mois si nécessaire », signalant une stratégie d’endiguement sur le long terme. Dans un entretien accordé à Axios, Donald Trump a assumé cette ligne : « Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements ».

Selon plusieurs sources citées par la presse américaine, le président doit être briefé sur de nouvelles options militaires, tandis que l’administration étudie un durcissement des restrictions visant les exportations pétrolières iraniennes. Une telle orientation renforcerait mécaniquement la pression sur un marché déjà contraint, alors même que Téhéran maintient ses propres restrictions dans la zone.

Un risque d’offre désormais structurel

Au-delà du choc immédiat, les opérateurs intègrent un risque plus profond sur l’équilibre du marché pétrolier. « Le contexte géopolitique ne montre aucun signe d’apaisement (…). Les capacités de stockage saturent (dans le Golfe), les exportations sont limitées et le risque ne se limite plus à la simple perte d’approvisionnement, mais englobe désormais la baisse durable de production », souligne Stephen Innes, de SPI Asset Management.

Dans ce contexte, la prime de risque géopolitique s’installe durablement dans les prix, alimentant la volatilité et les anticipations haussières.

La Banque mondiale redoute un choc macroéconomique

L’onde de choc pourrait rapidement dépasser le seul secteur énergétique. Le Groupe de la Banque mondiale anticipe une nette accélération des prix. Dans son rapport Commodity Markets Outlook, l’institution prévoit une hausse de 24 % des prix de l’énergie cette année, qui atteindraient ainsi leur plus haut niveau depuis 2022. Les prix des matières premières devraient également progresser de 16 % en 2026, sous l’effet combiné de l’énergie, des engrais et des métaux.

Les implications pour l’économie mondiale sont significatives, notamment en matière d’inflation et de conditions financières. « La guerre frappe l’économie mondiale en vagues qui s’accumulent : d’abord par la hausse des prix de l’énergie, puis par celle des prix alimentaires, et enfin par une inflation accrue qui fera monter les taux d’intérêt et renchérira encore davantage le coût de la dette », analyse Indermit Gill.

Dans l’immédiat, l’absence de perspectives d’apaisement au Moyen-Orient laisse entrevoir une prolongation des tensions sur les marchés pétroliers. Le détroit d’Ormuz, infrastructure critique du commerce énergétique mondial, demeure au centre des préoccupations.

Pour les investisseurs comme pour les décideurs publics, la question n’est plus seulement celle d’un choc ponctuel, mais bien celle d’un rééquilibrage durable de l’offre et de la demande, susceptible de peser sur la croissance mondiale dans les mois à venir.

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