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Investissements étrangers : la France reste championne d’Europe malgré un net ralentissement

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  • La France conserve en 2025 sa première place européenne pour l’accueil des investissements directs étrangers, selon le baromètre EY, avec 852 projets recensés.
  • Mais derrière ce leadership, le recul des implantations, la faiblesse des créations d’emplois et le repli industriel soulignent une attractivité plus fragile.

     La France demeure le pays européen le plus attractif pour les investissements directs étrangers (IDE) en 2025. Selon le classement annuel du cabinet EY, l’Hexagone a accueilli 852 implantations ou extensions de sites détenus par des acteurs étrangers, devant le Royaume-Uni, avec 730 projets, et l’Allemagne, avec 548.

Cette performance confirme une position de leader pour la septième année consécutive. La France est aussi le pays le plus souvent cité comme le plus attractif par les 500 dirigeants internationaux interrogés par EY. Parmi les principaux atouts mis en avant figurent la taille du marché intérieur, le potentiel d’innovation, la qualité des infrastructures, l’électricité bas-carbone et la qualification de la main-d’œuvre.

Un leadership dans une Europe en perte de vitesse

Ce bon classement doit toutefois être relativisé. EY décrit l’Europe comme « la région du monde la plus touchée par le recul mondial des investissements internationaux ». En France, le nombre de projets recule de 17 % sur un an, contre une baisse moyenne de 7 % en Europe.

La chute est encore plus marquée par rapport au pic de 2022 : les investissements étrangers recensés dans l’Hexagone ont diminué de 32 %. Les projets venus des États-Unis et d’Allemagne, les deux premiers investisseurs, sont eux aussi en net repli.

EY attribue ce ralentissement à la faible croissance des grandes économies européennes et aux « interrogations persistantes » sur leur capacité à faire face à la concurrence américaine et chinoise. Le contexte international et l’instabilité politique française ont également pesé.

Les dirigeants réclament un cap économique clair

Les perspectives restent prudentes. Selon EY, 69 % des dirigeants interrogés n’anticipent pas d’amélioration de la situation politique et économique en France avant deux ou trois ans. Leur attente principale porte sur un « cap économique et politique clair ».

Ce signal est d’autant plus important que l’attractivité française repose davantage sur le volume de projets que sur leur intensité économique. Si la France domine en nombre d’investissements, elle n’arrive qu’en deuxième position pour les emplois créés, avec 27.921 postes, derrière le Royaume-Uni et ses 28.867 emplois.

Des projets peu créateurs d’emplois

En moyenne, chaque investissement étranger ne crée que 34 emplois en France. EY souligne que « moins de 5 % des projets d’IDE représentent à eux seuls 50 % des emplois ». Cette concentration traduit, selon le cabinet, « une moindre intensité en emplois au sein des projets restants, reflet de la prudence des entreprises ».

Le coût du travail constitue aussi un frein. EY note qu’il reste comparable à celui de l’Allemagne, mais supérieur à la moyenne européenne. Dans le même temps, des pays comme la Pologne, l’Espagne, la Roumanie ou la Turquie progressent dans les classements d’attractivité, portés par des coûts plus compétitifs.

L’industrie recule, la logistique prend le relais

Autre signal préoccupant : les investissements industriels reculent nettement. EY en recense 345 en 2025, en baisse de 15 %, contre 547 au pic de 2022. « Les volumes s’inscrivent en net retrait dans plusieurs secteurs historiques, notamment la chimie, la métallurgie et l’automobile », constate le cabinet.

Dans l’automobile, les créations d’emplois liées aux IDE ont chuté de 45 % par rapport à 2023. À l’inverse, la logistique concentre une part importante des nouveaux postes. Amazon a ainsi annoncé près de 5.000 créations d’emplois dans trois plateformes, tandis qu’Action prévoit 600 postes dans un centre logistique situé dans l’Oise.

R&D et industrie : les faiblesses structurelles persistent

La baisse des investissements étrangers dans les centres de recherche et développement constitue un autre point d’alerte. Elle intervient alors que la France reste en retrait sur l’effort national de R&D, avec des dépenses représentant 2,18 % du PIB en 2023, loin de l’objectif européen de 3 %.

Le pays demeure derrière plusieurs grandes économies innovantes, notamment l’Allemagne, le Japon, les États-Unis, la Suède ou encore la Corée du Sud.

Logiciels, IA et défense tirent encore l’attractivité

Le secteur des logiciels et services informatiques reste le premier moteur des IDE en France. En 2025, 104 entreprises étrangères ont choisi d’y implanter ou d’étendre leurs activités, ce qui devrait générer 3.300 emplois, selon EY.

La France conserve aussi son statut de principal pôle européen d’attraction pour l’intelligence artificielle, avec 53 projets d’IDE, en hausse de 24 %. Le secteur de la défense affiche également une dynamique positive, même s’il reste encore peu créateur d’emplois.

Dans un environnement européen ralenti, la France conserve donc son rang. Mais le baromètre EY met en lumière une équation plus fragile : attirer toujours beaucoup, mais créer moins d’emplois, moins d’usines et moins de projets industriels structurants.

 

 

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