- L’Agence internationale de l’énergie (AIE) alerte sur une situation inédite du marché pétrolier mondial.
- Malgré le ralentissement de la demande provoqué par la crise du détroit d’Ormuz, les stocks continuent de fondre à un rythme record, tandis que l’organisation abaisse drastiquement ses prévisions pour 2026.
Des réserves pétrolières au plus bas depuis plus de trois décennies. Le marché mondial du pétrole reste sous tension malgré les premiers signes d’apaisement au Moyen-Orient. Dans son rapport mensuel publié mercredi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) révèle que les stocks pétroliers des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont atteint leur niveau le plus faible depuis 1990.
Cette situation intervient après plusieurs mois de perturbations majeures des approvisionnements liées au blocage du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitent habituellement près de 20 % des flux mondiaux de pétrole.
« Malgré la baisse significative de la demande de pétrole (…), les réserves continuent de s’éroder à un rythme record », souligne l’AIE dans son rapport.
Selon l’organisation, les stocks mondiaux observés ont reculé d’environ 220 millions de barils sur les seuls mois d’avril et de mai. La contraction est particulièrement marquée au sein des pays de l’OCDE, où les réserves atteignent désormais un plancher historique inédit depuis plus de trente ans.
L’AIE anticipe une chute plus forte que prévu de la demande mondiale
L’agence a également revu de manière significative ses perspectives pour 2026. Alors qu’elle envisageait encore le mois dernier un retour progressif à la normale dès juin, elle anticipe désormais une baisse de la demande mondiale de pétrole de 1,1 million de barils par jour l’an prochain.
Cette révision représente un recul près de trois fois supérieur aux prévisions précédentes et reflète l’impact durable de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie mondiale et les échanges énergétiques.
Les données préliminaires de l’AIE indiquent par ailleurs que les livraisons mondiales de pétrole au deuxième trimestre 2026 auraient chuté de près de 5 % sur un an. Une baisse attribuée à « la hausse des prix du carburant et aux difficultés d’approvisionnement ».
L’organisation souligne que ce recul trimestriel constituerait une première depuis 2020, année marquée par la crise sanitaire mondiale et l’effondrement de la mobilité internationale.
L’accord entre Washington et Téhéran ne dissipe pas toutes les incertitudes
L’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin au conflit et permettre la réouverture du détroit d’Ormuz apporte néanmoins un élément de stabilisation au marché.
L’AIE estime que cet accord « ouvre la voie à une reprise des exportations du Moyen-Orient ». Toutefois, l’agence reste prudente face aux nombreux obstacles susceptibles de ralentir le retour à la normale.
Des « contraintes opérationnelles et politiques » persistent encore et « font peser des risques sur les perspectives », avertit l’organisation.
Autrement dit, même si les flux pétroliers du Golfe reprennent progressivement, l’AIE ne prévoit ni véritable rebond de la demande ni augmentation significative de l’offre mondiale avant 2027.
Vers une reconstitution progressive des stocks à partir de 2027
Pour l’année 2027, les perspectives apparaissent plus favorables. L’AIE prévoit une progression modérée de la demande mondiale, estimée à environ 2 millions de barils par jour.
Dans le même temps, l’offre pourrait enregistrer une hausse beaucoup plus marquée, de l’ordre de 8 millions de barils par jour. Un déséquilibre favorable à l’approvisionnement qui offrirait, selon l’agence, un « répit bienvenu » au marché pétrolier mondial.
Cette augmentation de la production pourrait également constituer une opportunité pour les pays consommateurs de « reconstituer » leurs réserves stratégiques après plusieurs années de tensions géopolitiques et de sous-approvisionnement.
Un marché pétrolier encore fragile malgré les signes d’accalmie
Malgré la perspective d’une réouverture durable du détroit d’Ormuz, le marché pétrolier demeure confronté à une équation complexe : des stocks historiquement faibles, une demande affaiblie par les tensions géopolitiques et des capacités d’approvisionnement encore limitées.
Dans ce contexte, les prochains mois seront déterminants pour mesurer la capacité du secteur à rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande et à restaurer des niveaux de stocks plus conformes aux besoins de sécurité énergétique mondiale.
