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Détroit d’Ormuz : pourquoi les prix des carburants restent sous pression

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Malgré des amortisseurs sur le marché du brut, l'AIE alerte le 21 juillet sur les tensions persistantes concernant le diesel et l'essence. Le maillon du raffinage ne s'est pas redressé aussi vite que les livraisons de brut, maintenant les prix des carburants sous pression.

Faits clés
Barils débloqués par les pays membres de l'AIE environ 290 millions de barilsdepuis la décision du 11 mars
Action collective annoncée le 11 mars 400 millions de barilsmise à disposition du marché par les pays membres de l'AIE
Réduction des importations de pétrole brut par la Chine près de 50 %par rapport au niveau d'avant-guerre
Transit moyen par le détroit d'Ormuz en 2025 20 millions de barils par jourde brut et produits pétroliers, soit environ un quart du commerce maritime mondial de pétr
Offre perdue via Ormuz compensée par le GNL environ 70 %grâce au gaz naturel liquéfié des États-Unis et du Canada

    Le marché pétrolier mondial dispose encore d’amortisseurs face à la nouvelle dégradation de la situation au Moyen-Orient. Ceux-ci ne suffisent toutefois pas à détendre l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement : les marchés du diesel et de l’essence restent sensiblement plus tendus que celui du pétrole brut.

C’est le principal avertissement formulé mardi 21 juillet par Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Dans un communiqué consacré à l’évolution des marchés pétroliers, l’économiste estime que l’escalade des hostilités touchant le détroit d’Ormuz et les infrastructures énergétiques de la région accroît les inquiétudes sur la sécurité des approvisionnements.

Les menaces visant le détroit de Bab el-Mandeb, devenu une voie importante pour contourner Ormuz, ajoutent une difficulté supplémentaire. Elles fragilisent simultanément deux corridors essentiels à l’acheminement du pétrole et du gaz du Moyen-Orient.

Le marché du brut conserve plusieurs amortisseurs

Pour le moment, l’offre mondiale de pétrole brut résiste mieux que ne pourrait le laisser craindre la situation géopolitique. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont notamment intensifié leurs efforts pour acheminer une partie de leur production par des routes alternatives au détroit d’Ormuz.

Selon l’AIE, les exportations de pétrole du Golfe sont désormais inférieures à leur niveau le plus élevé de la fin juin, mais restent nettement supérieures aux volumes enregistrés entre le début du mois de mars et la mi-juin.

D’autres producteurs contribuent également à limiter le déficit. Les États-Unis, le Brésil, le Venezuela et le Kazakhstan ont augmenté leurs exportations, compensant une partie des volumes perdus dans le Golfe.

La Chine participe, elle aussi, à ce rééquilibrage. Pékin a « joué un rôle important dans la stabilisation des marchés en réduisant ses importations de pétrole brut de près de 50 % par rapport à leur niveau d’avant-guerre », souligne Fatih Birol.

Cette baisse de la demande chinoise, conjuguée aux volumes supplémentaires provenant d’autres régions, permet de contenir les tensions sur le marché du brut. Elle ne garantit cependant pas une détente équivalente sur les carburants directement consommés par les ménages et les entreprises.

Près de 290 millions de barils déjà débloqués

Les réserves stratégiques constituent un autre rempart contre la pénurie. Le 11 mars, les pays membres de l’AIE avaient annoncé une action collective visant à mettre 400 millions de barils de pétrole à la disposition du marché.

Depuis cette décision, « environ 290 millions de barils ont été libérés par les pays membres de l’AIE, et davantage continuent d’arriver sur le marché », indique l’agence. Cette opération, la sixième depuis la création de l’organisation en 1974, est aussi la plus importante de son histoire.

Les États membres conservent encore des volumes d’urgence substantiels, dont plus d’un milliard de barils placés sous le contrôle direct des gouvernements. Ces réserves offrent une marge de manœuvre en cas de nouvelle perturbation, mais leur diminution progressive empêche tout relâchement de la vigilance.

Le détroit d’Ormuz avait vu transiter en moyenne 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers en 2025, soit environ un quart du commerce maritime mondial de pétrole, selon les données de l’AIE reprises par l’AFP et Connaissance des Énergies.

Du pétrole disponible, mais pas assez de carburants

La relative résistance du marché du brut ne se traduit pas automatiquement par une amélioration de l’offre de carburants. Pour parvenir jusqu’aux stations-service, le pétrole doit d’abord être transporté, traité dans une raffinerie, transformé en produits finis puis acheminé vers les réseaux de distribution.

Or, cette partie de la chaîne ne s’est pas redressée aussi rapidement que les livraisons de brut. « Le raffinage et les approvisionnements en produits n’ont pas augmenté autant que les livraisons de brut, ce qui signifie que les marchés des produits raffinés, notamment le diesel et l’essence, sont nettement plus tendus que ceux du brut », avertit Fatih Birol dans le communiqué de l’AIE.

Le déblocage de stocks stratégiques permet donc d’éviter un manque trop important de matière première, mais il ne crée pas immédiatement de nouvelles capacités de raffinage. Lorsque les raffineries ne peuvent pas transformer suffisamment de brut ou lorsque les circuits logistiques sont perturbés, l’offre de carburants disponibles reste contrainte.

Ce décalage explique pourquoi le prix du pétrole brut peut se stabiliser sans entraîner une baisse immédiate et proportionnelle des prix à la pompe. Ces derniers dépendent aussi du coût du raffinage, du transport, du stockage, de la distribution et, selon les pays, du niveau des taxes.

Le diesel particulièrement exposé

Les tensions sur le diesel sont particulièrement sensibles pour l’économie européenne. Ce carburant reste largement utilisé par le transport routier de marchandises, les véhicules professionnels, les engins agricoles et une partie importante du parc automobile.

Une réduction de l’offre de produits raffinés peut ainsi se diffuser rapidement dans l’économie. La hausse du diesel renchérit les coûts logistiques des entreprises, avec un risque de répercussion sur le prix du transport et, à terme, sur celui des marchandises.

L’essence est également concernée, notamment dans une période estivale marquée par une forte demande liée aux déplacements. La tension sur les produits finis rend ainsi les consommateurs plus directement vulnérables aux perturbations du Moyen-Orient que ne le suggère la seule évolution du cours du baril.

Une réouverture d’Ormuz jugée indispensable

Pour l’AIE, les mécanismes actuellement mobilisés ne peuvent offrir qu’une protection temporaire. Les routes alternatives possèdent des capacités limitées et les stocks stratégiques ne peuvent pas être sollicités indéfiniment.

L’organisation estime qu’une résolution du conflit prévoyant une réouverture « complète et sans condition » du détroit d’Ormuz reste « essentielle pour éviter une nouvelle détérioration de la sécurité énergétique mondiale ».

Le marché du gaz naturel est soumis à une contrainte comparable. La hausse des flux de gaz naturel liquéfié provenant notamment des États-Unis et du Canada a compensé environ 70 % de l’offre perdue via Ormuz. De nouveaux retards dans la reprise des exportations du Golfe risqueraient néanmoins de maintenir les marchés sous tension, avec des conséquences pour « tous les importateurs », y compris l’Europe au moment où celle-ci cherche à reconstituer ses réserves avant l’hiver.

Même si les stocks pétroliers et les exportateurs alternatifs empêchent pour l’heure une rupture brutale de l’approvisionnement en brut, le maillon du raffinage demeure donc sous pression. Pour les automobilistes comme pour les entreprises, c’est cette tension sur les produits finis — davantage que la seule disponibilité du pétrole — qui risque de continuer à peser sur les prix des carburants.

Questions fréquentes

Pourquoi les prix des carburants restent élevés malgré un pétrole stable ?

Le raffinage et les approvisionnements en produits n'ont pas augmenté autant que les livraisons de brut, rendant les marchés du diesel et de l'essence nettement plus tendus que celui du brut, selon l'AIE.

Combien de barils transitent par le détroit d'Ormuz ?

Le détroit d'Ormuz a vu transiter en moyenne 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers en 2025, soit environ un quart du commerce maritime mondial de pétrole.

Quels pays compensent la baisse des exportations du Golfe ?

Les États-Unis, le Brésil, le Venezuela et le Kazakhstan ont augmenté leurs exportations. La Chine a réduit ses importations de près de 50 % par rapport à l'avant-guerre, aidant à stabiliser le marché.

Pourquoi le diesel est-il particulièrement exposé en Europe ?

Le diesel est largement utilisé par le transport routier de marchandises, les véhicules professionnels et les engins agricoles. Une réduction de l'offre renchérit les coûts logistiques et peut se répercuter sur le prix des marchandises.

La Rédactionhttps://echosplus.com
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