- Face à l’explosion des importations à bas coût, l’Union européenne met en place une taxation inédite des petits colis et durcit les règles pour les plateformes comme Shein ou Temu.
- Un tournant réglementaire aux implications majeures pour le commerce en ligne et les acteurs européens.
C’est une réforme attendue par de nombreux acteurs économiques. Les eurodéputés ont validé jeudi l’instauration de frais de traitement sur les colis de faible valeur importés dans l’Union européenne, qui entreront en vigueur au plus tard le 1er novembre 2026.
Ce dispositif viendra compléter une taxe de trois euros par type d’article commandé, applicable dès juillet 2026, et visant les envois d’une valeur inférieure à 150 euros.
Jusqu’ici, ces flux échappaient largement aux droits de douane, créant une distorsion de concurrence dénoncée de longue date par les distributeurs et industriels européens.
Une déferlante de colis à bas prix
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. En 2024, 4,6 milliards de petits colis ont été importés dans l’Union européenne, soit plus de 145 par seconde. 91 % de ces envois provenaient de Chine.
Porté par l’essor de plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress, ce modèle logistique repose sur des expéditions directes aux consommateurs, contournant en partie les circuits traditionnels.
« Ces plateformes inondent le marché européen de quantités massives de produits non conformes et faussent la concurrence avec nos entreprises », a déclaré Dirk Gotink, principal négociateur du Parlement.
Au-delà de la fiscalité, Bruxelles entend responsabiliser les intermédiaires numériques. Le texte prévoit un renforcement significatif des obligations pesant sur les plateformes de e-commerce.
En cas de manquement, celles-ci pourront être sanctionnées par des amendes allant jusqu’à 6 % de la valeur des marchandises importées dans l’UE sur les douze derniers mois. Une sanction qui pourrait atteindre des montants significatifs pour les acteurs les plus actifs.
En dernier recours, une suspension des activités est également envisagée, signal d’un durcissement assumé du cadre réglementaire européen.
Un enjeu industriel et de souveraineté économique
Derrière ces mesures, l’enjeu dépasse la simple fiscalité. L’Union européenne cherche à rééquilibrer les conditions de concurrence face à des acteurs capables de proposer des prix très compétitifs, notamment en raison de coûts logistiques et réglementaires moindres.
Les entreprises européennes dénoncent depuis plusieurs années une concurrence jugée déloyale, dans un contexte où les règles de conformité, de sécurité et de traçabilité s’appliquent plus strictement au sein du marché unique.
Autre défi : la capacité de contrôle des autorités. Le volume exceptionnel de colis rend difficile toute vérification systématique. Ce contexte favorise l’entrée sur le marché de produits non conformes, voire dangereux ou contrefaits, alimentant les inquiétudes des régulateurs comme des associations de consommateurs.
Les nouveaux prélèvements doivent ainsi contribuer à financer un renforcement des contrôles douaniers, enjeu clé pour crédibiliser le dispositif.
La France en laboratoire, confrontée aux limites nationales
La France avait pris les devants en instaurant, dès le 1er mars, une taxe de 2 euros sur les petits colis. Une mesure qui a rapidement révélé ses limites. Certaines plateformes ont en effet adapté leur logistique en faisant transiter leurs marchandises via d’autres États membres, contournant ainsi le dispositif français.
Ce phénomène illustre les difficultés d’une régulation à l’échelle nationale dans un marché unique. L’harmonisation européenne devrait permettre de réduire ces stratégies d’optimisation.
Au-delà des mesures fiscales, le texte introduit également des obligations renforcées pour les plateformes et des procédures simplifiées pour certains importateurs, afin de maintenir la fluidité des échanges.
Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) a salué une réforme susceptible de « renverser la tendance, et rendre plus difficile l’entrée dans l’UE de produits dangereux ».
