- Au 33e jour du conflit, Donald Trump a confirmé mercredi soir la poursuite des opérations militaires contre l’Iran pour « deux à trois semaines » supplémentaires.
- En maintenant une ligne de forte intensité militaire tout en brandissant la menace d’une frappe sur les infrastructures énergétiques iraniennes, le président américain a relancé les inquiétudes sur la sécurité du détroit d’Ormuz, l’évolution des prix du brut et les perspectives inflationnistes mondiales.
Aucune inflexion stratégique n’apparaît à ce stade dans la conduite américaine du conflit. Lors de sa première adresse à la nation depuis le début des opérations israélo-américaines lancées le 28 février, Donald Trump a au contraire revendiqué des « victoires décisives » et « écrasantes », tout en assurant que les Etats-Unis étaient « proches de remplir » leurs objectifs de guerre.
Le président américain a surtout écarté l’hypothèse d’un arrêt rapide des combats. « Nous allons les frapper extrêmement durement au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l’âge de pierre, auquel ils appartiennent. En attendant, les discussions se poursuivent », a-t-il déclaré.
Cette séquence confirme la doctrine actuelle de la Maison Blanche : maintenir une pression militaire maximale sur Téhéran tout en laissant ouverte, au moins dans le discours, la possibilité d’échanges diplomatiques.
Les infrastructures énergétiques iraniennes visées
L’un des points les plus sensibles de cette intervention concerne la menace formulée contre le système énergétique iranien. Donald Trump a indiqué qu’en l’absence d’accord, les Etats-Unis pourraient « frapper chacune de leurs centrales électriques très durement et probablement simultanément ».
Cette déclaration marque un relèvement du niveau de menace et pourrait accentuer les risques de déstabilisation régionale. En ciblant potentiellement des infrastructures critiques, Washington prend le risque d’élargir encore les répercussions économiques du conflit, déjà visibles sur les marchés de l’énergie.
Le détroit d’Ormuz, point de crispation majeur
Dans le secours du président américain, la question du détroit d’Ormuz reste centrale. Le passage maritime, par lequel transite habituellement près d’un cinquième de la production mondiale de pétrole, demeure fortement perturbé par l’Iran.
Donald Trump a appelé les pays les plus exposés à prendre eux-mêmes part à sa sécurisation. « Il y a des pays qui reçoivent du pétrole via le détroit d’Ormuz, c’est à eux de s’en occuper (…) Allez au détroit, emparez-vous-en, protégez-le, servez-vous-en », a-t-il lancé, dans une critique à peine voilée de plusieurs alliés, notamment au sein de l’Otan.
Une déclaration qui s’inscrit dans la continuité des déclarations formulées à la mi-mars, lorsque le président américain avait exhorté plusieurs puissances à intervenir. « Espérons que la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et d’autres (…) enverront des navires dans la région afin que le détroit d’Ormuz ne soit plus menacé par un pays totalement décapité », avait-il alors affirmé.
Une semaine plus tard, 22 pays, dont la France, le Royaume-Uni, le Canada et le Japon, se sont dits « prêts à contribuer aux efforts » nécessaires à la réouverture du détroit. Parmi les signataires figuraient également plusieurs partenaires stratégiques du Golfe, dont les Emirats arabes unis et Bahreïn. Mercredi, Donald Trump a d’ailleurs assuré qu’il n’abandonnerait pas « Israël, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, le Koweït et Bahreïn« .
Les marchés rattrapés par le risque géopolitique
Les investisseurs ont d’abord privilégié, mercredi, l’hypothèse d’une possible désescalade. Avant l’allocution présidentielle, les Bourses européennes et Wall Street avaient terminé en hausse, soutenues par l’espoir d’un apaisement.
Mais les déclarations de Donald Trump ont rapidement ravivé la prime de risque géopolitique. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale du brut, gagnait 5,12 % à 3h15, heure de Paris, à 106,34 dollars, avant de s’approcher des 107 dollars peu après 7 heures.
En Asie, les marchés d’actions ont basculé dans le rouge. Après une ouverture en progression, le Nikkei à Tokyo reculait de 1,82 %à 52.758,46 points vers 02H20 GMT. A Séoul, le Kospi chutait de 3,9 %. Le mouvement touchait également Sydney (-0,8 %), Taipei (-1,1 %) et Hong Kong (-0,9 %).
Cette réaction traduit la crainte d’un choc pétrolier plus durable, susceptible d’alimenter de nouvelles tensions inflationnistes à l’échelle mondiale et de compliquer davantage l’équation des banques centrales.
A ce stade, le conflit s’installe dans une temporalité plus longue que ne l’anticipaient certains investisseurs. En annonçant « deux à trois semaines » supplémentaires de frappes, Donald Trump prolonge l’incertitude stratégique et renforce la vulnérabilité des marchés à tout nouvel incident dans le Golfe.
Pour l’économie mondiale, le risque immédiat ne tient pas seulement à l’intensité des opérations militaires. Il réside aussi dans la fragilisation durable des flux énergétiques, dans la hausse du coût du pétrole et dans l’éventuel retour d’un cycle inflationniste alimenté par la géopolitique.
