- En mettant fin à la levée temporaire des sanctions sur le pétrole iranien, les États-Unis referment une parenthèse qui avait permis d’injecter environ 140 millions de barils sur le marché mondial.
- Ce resserrement de l’offre intervient alors que la Russie se positionne pour capter une partie de la demande, dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et de recomposition des flux énergétiques.
Le Trésor américain a annoncé mardi qu’il ne prolongerait pas l’allégement temporaire de certaines sanctions visant le pétrole iranien immobilisé en mer. Décidée le mois dernier pour contenir les effets de la guerre au Moyen-Orient sur les approvisionnements mondiaux, cette mesure exceptionnelle arrivait à échéance après un mois.
Le département américain des Finances a officialisé ce changement de cap dans un message publié sur X : « l’autorisation temporaire permettant la vente du pétrole iranien actuellement bloqué en mer expire dans quelques jours et ne sera pas renouvelée ».
Cette dérogation avait permis de remettre sur le marché environ 140 millions de barils supplémentaires, offrant une soupape bienvenue à un marché pétrolier fragilisé par les tensions régionales. Washington avait autorisé, pour un mois, la vente du pétrole iranien stocké en mer avant le 20 mars.
La mesure court jusqu’à dimanche. Le ministre des Finances Scott Bessent avait alors justifié cette décision en expliquant qu’elle devait « apporter environ 140 millions de barils de pétrole sur le marché mondial ».
Retour à la doctrine de pression maximale
Au-delà de son impact sur les flux pétroliers, la décision américaine signe un retour assumé à une ligne de fermeté vis-à-vis de Téhéran. Le Trésor affirme ainsi participer à l’effort de guerre américain « en maintenant une pression maximale sur l’Iran ».
L’administration américaine prévient également qu’elle se tient « prête à imposer des sanctions secondaires aux institutions financières étrangères qui continuent de soutenir les activités » iraniennes. Dans le viseur de Washington figurent notamment des établissements basés en Chine, à Hong Kong, aux Emirats arabes unis et à Oman, selon un responsable gouvernemental cité sous couvert d’anonymat.
Le message est double : il s’agit à la fois de refermer une fenêtre d’assouplissement jugée temporaire et de rappeler aux acteurs financiers internationaux que le coût du soutien indirect à l’économie iranienne pourrait s’alourdir.
Des ajustements parallèles sur les dossiers russe et vénézuélien
Ce durcissement à l’égard de l’Iran contraste avec l’attitude plus nuancée adoptée par Washington sur d’autres fronts énergétiques. Le gouvernement américain a en effet annoncé, plus tôt dans la journée, la prolongation pour plusieurs mois de l’allégement d’une partie des sanctions visant Lukoil, l’un des principaux groupes russes du secteur des hydrocarbures.
Dans le même temps, le département du Trésor a annoncé la suspension des sanctions contre la Banque centrale vénézuélienne ainsi que contre trois autres établissements bancaires du pays. Une décision qui s’inscrit dans une nouvelle étape de la normalisation des relations entre Washington et Caracas.
Cette séquence illustre le pragmatisme de l’exécutif américain : la fermeté géopolitique n’exclut pas certains ajustements tactiques dès lors que les équilibres énergétiques mondiaux sont en jeu.
Moscou se positionne en fournisseur de substitution
Dans ce contexte de recomposition, la Russie cherche à capitaliser sur les tensions en se présentant comme une alternative crédible pour les grands importateurs asiatiques. En déplacement à Pékin, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a assuré mercredi que Moscou était prête à « compenser » le déficit énergétique subi par la Chine et d’autres pays du fait de la guerre au Moyen-Orient.
« La Russie peut sans aucun doute compenser le déficit de ressources qui est apparu, aussi bien pour la République populaire de Chine que pour tous les pays désireux de travailler avec nous d’une manière équitable et mutuellement bénéfique », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse distincte de sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping.
Cette prise de position s’inscrit dans la stratégie russe visant à consolider son ancrage asiatique, alors que les sanctions occidentales ont accéléré le redéploiement de ses exportations énergétiques vers l’Est.
Sergueï Lavrov a par ailleurs confirmé une visite en Chine du président russe Vladimir Poutine au cours du premier semestre 2026. Xi Jinping pourrait ainsi recevoir, à quelques semaines d’intervalle, le président américain Donald Trump, annoncé à la mi-mai, puis son homologue russe.
Reçu mercredi par Xi Jinping, Sergueï Lavrov a insisté sur la solidité du partenariat sino-russe. Les relations entre les deux pays « demeurent inébranlables face à toutes les tempêtes », a-t-il affirmé, estimant également que les liens entre Vladimir Poutine et Xi Jinping contribuent à un « degré élevé de résilience face aux chocs qui ont bouleversé le monde ».
Le pétrole, plus que jamais au cœur de la bataille géopolitique
En mettant fin à la dérogation accordée au pétrole iranien, Washington accepte de réduire une source ponctuelle d’approvisionnement alors même que le marché reste exposé à de fortes secousses. Mais ce choix traduit une priorité stratégique : intensifier la pression sur Téhéran, au risque d’alimenter de nouvelles tensions sur les prix et sur les circuits d’approvisionnement.
