- Confronté à une flambée des prix et à des tensions d’approvisionnement liées au blocage du détroit d’Ormuz, le secteur aérien européen alerte sur un risque de pénurie de kérosène d’ici trois semaines.
- Les compagnies réclament des mesures d’urgence, dont des achats groupés à l’échelle de l’Union.
Le transport aérien européen pourrait être confronté, dans les prochaines semaines, à une crise d’approvisionnement en kérosène d’une ampleur inédite. En cause : les perturbations persistantes dans le détroit d’Ormuz, artère stratégique du commerce mondial d’hydrocarbures.
Très dépendantes des importations en provenance du Proche-Orient, les compagnies aériennes européennes voient leurs coûts s’envoler. En l’espace d’un mois, le prix du kérosène a doublé, provoquant un ajustement immédiat des tarifs aériens et la suppression de certaines lignes devenues déficitaires.
Mais au-delà de la question des prix, c’est désormais celle de la disponibilité du carburant qui inquiète. L’association Airports Council International Europe (ACI) a récemment mis en garde contre une « pénurie systémique de carburant aviation » susceptible de survenir d’ici trois semaines si la situation ne se stabilise pas.
Dans plusieurs aéroports européens, les premiers signes de tension apparaissent déjà, avec des mesures de rationnement mises en place.
Une pression accrue par les contraintes géopolitiques
Cette crise énergétique se double de contraintes opérationnelles majeures. Depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février, plusieurs espaces aériens du Golfe sont devenus inaccessibles aux compagnies européennes.
L’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne a ainsi interdit le survol de pays comme les Émirats arabes unis ou le Qatar jusqu’au 24 avril. Ces restrictions allongent les routes aériennes, augmentent la consommation de carburant et renchérissent encore les coûts d’exploitation.
Parallèlement, les entraves à la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz limitent les flux d’approvisionnement en produits pétroliers, accentuant la tension sur les marchés.
Bruxelles sous pression pour une réponse coordonnée
Face à cette situation, le secteur aérien appelle à une intervention rapide des autorités européennes. Le lobby Airlines for Europe (A4E), qui regroupe notamment Lufthansa, Air France-KLM et easyJet, plaide pour une série de mesures exceptionnelles.
Parmi celles-ci figurent la suspension temporaire du système européen d’échange de quotas d’émission pour l’aviation, ainsi que la suppression de certaines taxes aériennes, afin d’alléger la pression financière sur les compagnies.
Mais la proposition la plus structurante concerne la mise en place d’achats conjoints de kérosène au niveau de l’Union européenne. Une initiative soutenue également par ACI, qui y voit un levier pour sécuriser les approvisionnements dans un marché sous forte tension.
Le précédent des achats groupés en temps de crise
L’idée n’est pas sans précédent. L’Union européenne a déjà eu recours à des mécanismes d’achats groupés dans des contextes de crise. En 2022, un dispositif similaire avait été déployé pour le gaz naturel afin de compenser la réduction des livraisons russes consécutive à la guerre en Ukraine.
Plus tôt, en 2020, les États membres avaient mutualisé leurs commandes de matériel médical pour faire face à la pandémie de Covid-19. Dans un environnement de marché contraint, ces dispositifs permettent de limiter la concurrence intra-européenne pour l’accès aux ressources, tout en renforçant le pouvoir de négociation vis-à-vis des fournisseurs.
En revanche, un tel mécanisme n’a jamais été appliqué aux produits pétroliers ni au kérosène. Sa mise en œuvre constituerait donc une évolution notable de la politique énergétique européenne.
Réserves stratégiques et cadre réglementaire en question
Au-delà de l’approvisionnement immédiat, les compagnies aériennes appellent également à une adaptation du cadre réglementaire. A4E invite notamment la Commission européenne à revoir l’obligation imposant aux États membres de maintenir l’équivalent de 90 jours de réserves de pétrole, en soulignant l’absence de disposition spécifique pour le carburant aviation.
Le secteur demande par ailleurs des clarifications sur les règles encadrant l’utilisation des créneaux aéroportuaires. Il souhaite que les perturbations liées aux fermetures d’espaces aériens soient reconnues comme des circonstances exceptionnelles, justifiant la non-utilisation des slots sans pénalité.
Des annonces attendues le 22 avril
La Commission européenne doit présenter le 22 avril un ensemble de mesures destinées à atténuer les effets du conflit iranien sur les marchés de l’énergie. À ce stade, aucune confirmation n’a été apportée quant à l’inclusion de dispositions spécifiques pour le kérosène.
Au-delà du secteur aérien, l’exécutif européen pourrait être amené à étendre sa réflexion à d’autres marchés énergétiques sous tension, notamment le gaz, voire certains intrants industriels comme les engrais.
