- Les Émirats arabes unis vont quitter l’Opep et l’Opep+ à compter du 1er mai, une décision présentée comme un réalignement stratégique destiné à accroître leur production pétrolière.
- Ce départ inattendu intervient sur fond de tensions au Moyen-Orient et pourrait fragiliser davantage l’équilibre du marché mondial de l’énergie.
Les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l’Opep et de l’Opep+, les deux principales alliances de pays producteurs de pétrole. Dans un communiqué publié par l’agence officielle Wam, Abou Dhabi explique que cette décision s’inscrit dans le cadre d’un réalignement stratégique visant notamment à augmenter progressivement sa production.
« Après avoir quitté l’Opep, les Émirats arabes unis continueront d’assumer leur rôle responsable en augmentant progressivement et judicieusement leur production, en fonction de la demande et des conditions du marché », précise le communiqué.
Une volonté d’augmenter la production de pétrole
Pour les autorités émiraties, le cadre actuel de l’Opep ne permet plus de répondre efficacement aux tensions pesant sur les approvisionnements mondiaux. L’organisation ajuste traditionnellement la production de ses membres afin d’équilibrer les marchés et de contrôler les prix, mais les Émirats souhaitent désormais disposer d’une plus grande marge de manœuvre.
« Cette décision fait suite à un examen approfondi de toutes nos stratégies. Nous estimons qu’elle arrive à point nommé, car elle n’aura pas d’impact majeur sur le marché : celui-ci est actuellement en situation de sous – approvisionnement », a expliqué Suhail Al Mazrouei, ministre émirati de l’Énergie, à Bloomberg.
Des tensions anciennes avec l’Arabie saoudite
Membre historique de l’Opep, qu’il avait rejointe dès 1967 par l’intermédiaire de l’émirat d’Abou Dhabi, le pays du Golfe cherchait depuis plusieurs années à développer de nouvelles capacités de production. Cette ambition s’est régulièrement heurtée à la ligne défendue par l’Arabie saoudite, chef de file de l’organisation et rivale régionale des Émirats.
Avant la guerre, les Émirats arabes unis produisaient environ 3,4 millions de barils de pétrole par jour, ce qui en faisait le troisième plus grand producteur de l’Opep. Depuis plusieurs années, Abou Dhabi exprimait sa frustration face aux quotas du cartel, jugés trop contraignants pour ses ambitions d’exportation.
« Les Émirats n’étaient pas satisfaits de devoir se restreindre, en particulier lorsqu’ils souhaitaient produire davantage alors que les Saoudiens voulaient produire moins », confirme Firas Maksad, directeur pour le Moyen-Orient chez Eurasia Group, au Financial Times.
La décision émiratie s’inscrit dans un environnement régional profondément instable. La guerre en Iran a provoqué un choc énergétique historique, déstabilisant l’économie mondiale et renforçant les inquiétudes sur la sécurité des approvisionnements.
Selon Firas Maksad, les désaccords entre producteurs ne se limitent plus aux seuls volumes de pétrole. « Certaines divergences politiques se sont accentuées en raison de positions différentes sur la guerre et sur la réponse à la menace iranienne, les Émirats arabes unis se rapprochant davantage des États-Unis et d’Israël, tandis que d’autres diversifient leurs alliances et se couvrent », a-t-il ajouté.
Un revers majeur pour l’Opep+
Ce retrait constitue un revers important pour l’Opep et l’Opep+, à un moment où les producteurs cherchent à préserver leur influence sur un marché énergétique fragilisé. Jusqu’ici, l’Opep regroupait 12 pays producteurs : l’Algérie, l’Arabie saoudite, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, l’Iran, l’Irak, le Koweït, la Libye, le Nigéria, le Venezuela et les Émirats arabes unis.
Créée en 2016, l’Opep+ élargit cette coordination à d’autres grands producteurs, dont la Russie.
