- Après des contrôles révélant un niveau élevé de produits non conformes et dangereux sur plusieurs sites étrangers, le ministère de l’Économie renforce son dispositif.
- Une cellule interministérielle, VigE-commerce, doit coordonner la surveillance des plateformes et accélérer les réponses en cas de manquements.
Une dérive structurelle du e-commerce à bas coût. Le diagnostic posé par la DGCCRF acte un changement d’échelle dans l’évaluation des risques liés au e-commerce international à bas coût. Depuis avril 2025, les services de la Répression des fraudes ont mené une campagne de contrôles ciblée sur sept plateformes étrangères particulièrement attractives pour les consommateurs à la recherche de prix cassés.
La méthode repose sur des achats réalisés en conditions réelles, sous couvert d’anonymat, suivis d’analyses en laboratoire. Au total, 650 références ont été examinées, couvrant un large éventail de produits du quotidien : jouets, textile, bijoux ou encore appareils électriques. Le résultat de l’enquête révèle que 75 % des produits contrôlés ne respectent pas les exigences réglementaires en vigueur.
Des risques désormais “généralisés”
Plus préoccupant encore, 46 % des produits analysés présentent un danger pour les consommateurs. Les anomalies relevées illustrent une accumulation de défaillances, tant sur le plan sanitaire que sécuritaire.
Certains vêtements ou bijoux contiennent des contaminants chimiques, notamment du cadmium. Des jouets exposent les enfants à des risques d’étouffement ou d’ingestion de piles, lorsque celles-ci sont trop facilement accessibles. Les appareils électriques apparaissent également comme un point noir, en particulier les produits de coiffure : 73 % des sèche-cheveux, lisseurs et autres références testées dans cette catégorie sont jugés dangereux, avec des risques d’incendie. Ces résultats ont conduit à l’émission de plus de 100 000 alertes produits, appelés à être retirés de la vente.
Une absence de contrôle jugée systémique
Pour Bercy, ces résultats traduisent une défaillance profonde des dispositifs de surveillance mis en place par les plateformes elles-mêmes. Le ministère estime que les risques pour la santé et la sécurité des consommateurs sont “généralisés” et que l’absence de contrôle par les sites concernés est “systémique”.
“C’est la première fois qu’on est confronté à des plateformes qui contournent à ce point les règles, ce qui nous pousse à nous adapter”, explique un conseiller de Bercy.
Cette situation pose également une question de concurrence. Les plateformes étrangères à bas coût, souvent organisées autour de vendeurs tiers et d’une logistique internationale fragmentée, sont accusées de faire peser une pression accrue sur les acteurs respectant les normes françaises et européennes.
La DGCCRF renforce sa doctrine de contrôle
La surveillance du commerce en ligne est désormais érigée en priorité par la Répression des fraudes. “Le contrôle du commerce en ligne et la surveillance des places de marché sont des priorités de la DGCCRF”, rappelle son porte-parole, soulignant que ces dernières ont été “renforcées dans le cadre du plan d’action pour la régulation et la sécurité du e-commerce annoncé au printemps 2025”.
L’administration met en avant une approche globale, qualifiée de “360 degrés”, qui dépasse la seule évaluation de la dangerosité des produits. “Ce contrôle (…) veut dire qu’on cherche à s’assurer que l’ensemble des règles des protections du consommateur sont respectées”, explique le porte-parole de la DGCCRF.
L’objectif est double : “garantir la sécurité du consommateur, mais également la concurrence loyale entre les opérateurs”, dans un cadre qui constitue “à la fois un enjeu de sécurité et un enjeu de compétitivité”.
Fausses promotions et étiquetage dans le viseur
Les investigations portent également sur les pratiques commerciales des plateformes. Les autorités entendent vérifier la réalité des promotions affichées, la clarté des informations fournies aux consommateurs et la conformité des marquages obligatoires.
L’objectif est notamment “d’examiner les fausses promotions, les allégations trompeuses, tout ce qui est mécanisme d’incitation à l’achat, la conformité des étiquetages et des marquages”, indique le porte-parole de la DGCCRF.
Pour l’administration, ces manquements ne relèvent pas seulement de la protection individuelle des consommateurs. Ils affectent aussi les conditions de concurrence sur le marché, en permettant à certains opérateurs de réduire leurs coûts en contournant les obligations imposées aux distributeurs traditionnels.
VigE-commerce, nouvelle cellule de surveillance
Face à l’ampleur des constats, le gouvernement lance une cellule interministérielle baptisée VigE-commerce. Réunie pour la première fois mercredi matin, elle mobilisera une trentaine de personnes issues notamment de la Direction générale de la santé, des finances publiques et de la Répression des fraudes.
Cette cellule aura pour mission de mieux coordonner la surveillance des plateformes, d’identifier les dérives et d’accélérer les réponses administratives lorsque des manquements sont constatés. Le message de Bercy se veut ferme : si les irrégularités persistent, le ministère assure qu’il “appliquera le droit avec énormément de célérité ».
