- Le constructeur Stellantis envisage de renforcer son partenariat stratégique avec le groupe chinois Leapmotor en lançant une production commune dans ses usines espagnoles.
- Une opération qui pourrait marquer un tournant industriel en Europe, sur fond de pression concurrentielle chinoise et de transition accélérée vers l’électrique.
Stellantis prépare une nouvelle étape dans son alliance avec Leapmotor. Le groupe automobile franco-italo-américain a annoncé vendredi étudier un renforcement de sa coopération avec le constructeur chinois de véhicules électriques, déjà partenaire depuis 2023.
Le projet prévoit l’implantation de productions Leapmotor dans deux usines espagnoles du groupe, à Saragosse et Madrid. Il pourrait également déboucher sur une évolution capitalistique inédite : la cession partielle du site madrilène de Villaverde à la coentreprise détenue à 51 % par Stellantis et à 49 % par Leapmotor.
L’opération, encore présentée au conditionnel, témoigne néanmoins de la volonté du constructeur de s’appuyer davantage sur l’écosystème industriel chinois pour gagner en compétitivité sur le marché européen des véhicules électriques.
Saragosse au cœur du dispositif industriel
Premier site concerné : l’usine de Saragosse, à Figueruelas, site historique d’Opel où plus de 10 millions de Corsa ont été assemblées depuis 1982.
Selon le scénario étudié, Leapmotor y produirait dès 2026 son modèle électrique B10. À horizon 2028, un SUV sous marque Opel serait également développé en partenariat entre les deux groupes. Le véhicule serait conçu par Opel mais intégrerait des composants chinois issus de l’écosystème de Leapmotor International, jugés « hautement compétitifs » par Stellantis.
Le groupe souligne que cette approche contribuerait à rendre le modèle « plus accessible pour les clients européens ».
Madrid pourrait devenir une base d’assemblage Leapmotor
Le projet concerne également l’usine madrilène de Villaverde. Stellantis étudie une « éventuelle » cession de ce site à sa coentreprise avec Leapmotor, une opération qui constituerait une première dans l’industrie automobile européenne.
À partir de 2028, Leapmotor pourrait y assembler un véhicule « destiné aux marchés européens et mondiaux ». Selon Stellantis, cette production respecterait les futures exigences du « Made in Europe », grâce à l’intégration de composants locaux permettant d’échapper aux droits de douane européens visant les véhicules électriques chinois importés.
Cette orientation revêt une importance particulière pour le site madrilène, alors que le groupe a annoncé l’arrêt programmé de la production de la Citroën C4 à Villaverde.
Une stratégie dictée par la bataille des coûts
Avec cette réorientation stratégique, Stellantis cherche à réduire les coûts de développement et de production de ses futurs véhicules électriques. Le groupe explique vouloir développer les achats conjoints avec Leapmotor « en tirant parti de l’écosystème chinois des véhicules à énergie nouvelle », afin « d’augmenter la compétitivité des véhicules électriques à batterie de Stellantis en Europe et accélérer la mise sur le marché de nouveaux modèles ».
L’enjeu est majeur pour les constructeurs européens, confrontés à une concurrence chinoise particulièrement agressive sur les prix et les technologies.
Une recomposition industrielle en Europe
L’initiative de Stellantis illustre les mutations en cours dans l’industrie automobile européenne. Les surcapacités industrielles restent importantes sur le continent, où les usines d’assemblage ne fonctionnent en moyenne qu’à 50 % de leur capacité.
Dans ce contexte, plusieurs groupes automobiles explorent des coopérations avec des industriels chinois. Volkswagen en Allemagne et Ford en Espagne étudient également des solutions similaires afin de maintenir l’activité de certains sites tout en réduisant les coûts liés à l’électrification.
L’annonce intervient aussi alors que Stellantis vient de confirmer la fin de la production automobile sur son site français de Poissy, en région parisienne.
Leapmotor poursuit son offensive européenne
Depuis la création de leur coentreprise en octobre 2023, Stellantis et Leapmotor ont accéléré leur déploiement commercial en Europe. La structure commune revendique désormais plus de 850 points de vente et de service sur le continent. Elle a également expédié plus de 40.000 véhicules en Europe en 2025, notamment grâce au succès du modèle urbain à bas coût T03.
Avec cette nouvelle phase industrielle, Stellantis et Leapmotor cherchent désormais à ancrer durablement leur coopération au cœur même de l’appareil productif européen.
