- Des prestations de média training financées par des dotations européennes sont au cœur d’une enquête du parquet européen visant le Rassemblement national.
- Le parti conteste toute fraude et dénonce une manœuvre visant notamment Jordan Bardella.
Le Rassemblement national aborde une nouvelle séquence judiciaire délicate. Le parquet européen a ouvert une enquête sur des soupçons de fraude portant sur des formations aux médias que le parti aurait financées grâce à des dotations européennes, au bénéfice notamment de Jordan Bardella pendant la campagne présidentielle de 2022.
Marine Le Pen a vivement contesté ces accusations vendredi 8 mai sur Ici Nord. La députée RN du Pas-de-Calais a assuré que le parti était « totalement innocent » et dénoncé « une vaste manœuvre visant à salir le Rassemblement national et plus particulièrement Jordan Bardella« .
Des formations au cœur des soupçons
L’affaire découle d’un article du Canard enchaîné, suivi d’une plainte contre X déposée début décembre par l’association AC!! Anti-Corruption auprès du parquet national financier. La présence potentielle de fonds européens a conduit le PNF à transmettre la plainte« pour évaluation » au parquet européen.
Selon l’association, le RN aurait utilisé des crédits européens pour financer des prestations de formation à la prise de parole médiatique de plusieurs cadres du parti. Jordan Bardella, alors président par intérim du RN et très impliqué dans la campagne présidentielle de Marine Le Pen, figure parmi les bénéficiaires présumés.
Le parti invoque la conformité aux règles européennes
Le Rassemblement national oppose une défense de conformité administrative. Dans un communiqué publié jeudi, le parti affirme que les prestations de « média training » ont été réalisées « dans les règles du Parlement européen », « validées par les services du Parlement européen » et consacrées à « des sujets européens ».
Le RN souligne que ces formations concernaient plusieurs eurodéputés de sa délégation durant la mandature 2019-2024, « dont Jordan Bardella ». Il précise aussi qu’elles ont été « interrompues, précisément en raison du début de la campagne présidentielle de 2022 ».
Marine Le Pen a indiqué que le parti se tenait « évidemment à la disposition du parquet » pour fournir « tous les éléments » permettant, selon elle, de démontrer que cette affaire relève d’une offensive politique.
L’association plaignante évoque un système
AC!! Anti-Corruption campe sur une accusation plus large. Son avocat, Me Jérôme Karsenti, cité par l’AFP, estime que « l’argent de l’Europe est aussi l’argent du contribuable français » et reproche au RN un usage partisan de ressources publiques européennes.
« Le RN a utilisé les fonds européens pour son parti politique du temps de Marine Le Pen. Il continue au temps de Bardella. Ces détournements d’argent public récurrents démontrent un système ancré de corruption au sein du RN », a-t-il déclaré
En réponse, Jordan Bardella a déposé fin 2025 une plainte pour « dénonciation calomnieuse » contre AC!! Anti-Corruption.
Un dossier qui s’inscrit dans un calendrier sensible
Cette enquête intervient à un moment particulièrement stratégique pour le RN. Le 7 juillet, Marine Le Pen doit connaître la décision de la cour d’appel de Paris dans le dossier des assistants des eurodéputés du parti.
Cette échéance pourrait peser lourd sur son avenir politique. La cheffe de file de l’extrême droite a indiqué qu’elle se prononcerait sur une éventuelle quatrième candidature à l’élection présidentielle dès la décision d’appel, sans attendre un éventuel arrêt de la Cour de cassation.
Dans ce contexte, Marine Le Pen accuse l’association AC!! Anti-Corruption de vouloir « faire pression sur le délibéré qui est actuellement en cours devant la cour d’appel ».
