- À un mois du sommet d’Évian, les ministres des Finances du G7 se réunissent à Paris pour tenter d’accorder leurs positions face aux tensions géopolitiques, au conflit au Moyen-Orient et aux fragilités des chaînes d’approvisionnement.
- Sous présidence française, les discussions doivent aussi ouvrir la voie à des décisions sur les minerais critiques, l’Ukraine et la cybersécurité.
Paris veut replacer le G7 au centre du jeu économique mondial. Réunis lundi 18 et mardi 19 mai à Paris, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des pays du G7 entrent dans une séquence décisive. Cette réunion ministérielle, organisée sous présidence française, doit préparer les décisions économiques et financières qui seront soumises aux dirigeants du groupe lors du sommet d’Évian, prévu du 15 au 17 juin.
Dans un environnement international de plus en plus fragmenté, la France entend défendre la méthode du dialogue entre grandes économies. « Je pense qu’aujourd’hui on va montrer que le multilatéralisme est utile et que ça fonctionne », a déclaré Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, à l’ouverture de la réunion.
Ormuz, pétrole, engrais : le Moyen-Orient s’impose à l’agenda
L’ordre du jour initial a été bousculé par la crise au Moyen-Orient et par les répercussions économiques du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Ce passage stratégique, par lequel transite près de 20 % du pétrole brut mondial, constitue également un axe important pour le transport d’engrais.
Pour les grands argentiers du G7, l’enjeu est désormais de mesurer l’ampleur du choc sur les économies, les prix de l’énergie, les approvisionnements industriels et les secteurs les plus exposés. Il s’agit d’« aider les secteurs qui en ont le plus besoin », a insisté Roland Lescure.
Les minerais critiques, autre front stratégique
Au-delà de la crise énergétique, la réunion parisienne doit également faire avancer un dossier central pour les économies industrialisées : la réduction de la dépendance aux minerais critiques chinois. Lithium, cobalt, nickel ou terres rares sont devenus indispensables aux batteries, aux technologies numériques, à la défense et à la transition énergétique.
La présidence française veut pousser les membres du G7 à bâtir des chaînes d’approvisionnement plus résilientes et plus sûres. L’objectif est de réduire l’exposition des économies occidentales aux ruptures d’approvisionnement et aux pressions commerciales, dans un contexte de rivalités industrielles accrues.
Trois priorités françaises avant Évian
Depuis le début de sa présidence, Paris a fixé trois grandes priorités au volet financier du G7 : réduire les déséquilibres mondiaux afin de rétablir des conditions de concurrence plus équitables, développer des partenariats internationaux avec les pays en développement et sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques.
Les réunions techniques et ministérielles organisées ces derniers mois doivent désormais déboucher sur des « résultats concrets », selon le communiqué du ministère, afin d’ouvrir la voie à des accords entre les membres du G7 lors du sommet d’Évian.
Ukraine, cybersécurité et pays partenaires au menu
Les discussions doivent également porter sur le soutien à l’Ukraine, les défis de cybersécurité et les conséquences économiques de la situation au Moyen-Orient. Le ministre ukrainien des Finances, Sergii Marchenko, participe aux échanges, signe de la place toujours centrale du dossier ukrainien dans l’agenda financier du G7.
La réunion marque aussi une ouverture vers plusieurs pays partenaires. Le Brésil, l’Inde, le Kenya et la Corée du Sud, associés aux travaux préparatoires, participent pour la première fois à certaines séquences des discussions financières. Les grandes organisations internationales, dont le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE, l’AIE et le GAFI, sont également présentes.
Un test pour la présidence française du G7
Cette réunion parisienne constitue un test diplomatique et économique pour la France. À quelques semaines du sommet d’Évian, Paris cherche à transformer les échanges techniques en compromis politiques capables de répondre aux chocs immédiats, tout en préparant une stratégie de plus long terme sur les dépendances industrielles.
