- Les représentants des salariés au conseil de surveillance de Volkswagen ont rejeté un vaste plan de restructuration qui aurait pu entraîner jusqu’à 100.000 suppressions d’emplois et plusieurs fermetures d’usines en Allemagne.
- Le constructeur allemand maintient néanmoins sa stratégie de réduction des coûts, avec une baisse des capacités de production et une simplification de sa gamme d’ici à 2030.
Coup d’arrêt pour la direction de Volkswagen. Réuni jeudi au siège du constructeur à Wolfsburg, le conseil de surveillance a rejeté le vaste plan de restructuration présenté par la direction, selon des informations de Reuters citant des sources internes.
Le projet a été repoussé par 12 voix contre 7, les représentants des salariés et du Land de Basse-Saxe s’opposant à une réforme jugée trop brutale. Cette décision intervient alors que le premier constructeur automobile européen traverse une période particulièrement délicate, marquée par une érosion de sa rentabilité, une hausse des coûts de production et une concurrence mondiale de plus en plus intense.
En parallèle de cette réunion, le puissant syndicat allemand IG Metall a organisé des actions de mobilisation dans tout le pays afin de dénoncer un projet qui prévoyait jusqu’à 100.000 suppressions d’emplois, soit plus de 15 % des effectifs mondiaux, ainsi que la fermeture de quatre sites industriels en Allemagne : les usines Volkswagen de Hanovre, Emden et Zwickau, ainsi que l’usine Audi de Neckarsulm.
Une stratégie 2030 recentrée sur la réduction des coûts
Si le plan de restructuration a été rejeté, Volkswagen a tout de même présenté sa feuille de route stratégique à l’horizon 2030. Contrairement aux mesures relatives aux effectifs, ces orientations ne nécessitaient pas l’approbation du conseil de surveillance.
Le groupe prévoit notamment de diviser par deux le nombre de modèles commercialisés et de réduire jusqu’à 75 % les variantes de véhicules, afin de limiter la complexité industrielle et d’améliorer la rentabilité.
Le constructeur entend également ramener sa capacité annuelle de production à environ 9 millions de véhicules, contre près de 12 millions avant la pandémie de Covid-19 et environ 10 millions aujourd’hui, invoquant une « concurrence fortement intensifiée ».
Parmi les autres leviers annoncés figurent une meilleure adaptation des produits aux marchés régionaux, un ajustement des capacités industrielles à la demande, ainsi qu’une simplification de la structure du groupe et de son portefeuille d’investissements.
La direction défend la nécessité d’une restructuration
Dans une allocution vidéo diffusée après la réunion, le directeur général Oliver Blume a dressé un constat particulièrement sombre de l’environnement économique.
Selon lui, « la situation mondiale s’est détériorée au cours des 12 derniers mois », sous l’effet des tensions géopolitiques, des droits de douane, de la hausse des coûts, du durcissement des réglementations et d’une concurrence internationale toujours plus forte.
Le dirigeant a également estimé qu’il était indispensable de « se débarrasser des capacités excédentaires », une formule qui laisse planer l’hypothèse de futures fermetures d’usines, même si aucune décision en ce sens n’a été annoncée à ce stade.
Oliver Blume a par ailleurs souligné que « la numérisation, l’intelligence artificielle et les services mutualisés contribueront à accroître la productivité et la rapidité », des technologies appelées à jouer un rôle central dans la transformation du groupe.
Il a enfin averti que « les prochaines années détermineront qui jouera un rôle décisif dans l’industrie automobile à l’avenir ».
Volkswagen sous pression face aux défis du marché mondial
Les difficultés de Volkswagen s’accumulent depuis plusieurs mois. Le constructeur est pénalisé par les droits de douane américains, l’affaiblissement des marges sur les véhicules électriques et la montée en puissance des constructeurs chinois sur le premier marché automobile mondial.
Le directeur financier Arno Antlitz a reconnu que les économies déjà engagées « ne suffisent pas dans l’environnement économique et géopolitique actuel ».
Le groupe entend désormais améliorer la structure des coûts de ses véhicules, « réduire significativement les frais généraux », renforcer l’efficacité de ses usines, accélérer le développement technologique et raccourcir les processus de décision.
Volkswagen emploie actuellement environ 657.000 personnes dans le monde. Le constructeur n’a toutefois fourni aucune indication sur les conséquences que pourrait avoir la réduction de ses capacités de production sur ses effectifs. Selon Reuters, le comité d’entreprise a demandé à la direction de détailler ses projets d’économies d’ici vendredi soir.
Une rentabilité en net recul
La pression exercée sur Volkswagen s’explique aussi par la dégradation récente de ses résultats financiers. Au premier trimestre 2026, le groupe a enregistré une baisse de 28 % de son bénéfice net, à 1,56 milliard d’euros, tandis que son chiffre d’affaires a reculé de 2,5 %, à 75,7 milliards d’euros.
Ces résultats confortent la direction dans sa volonté d’engager une restructuration plus profonde afin de restaurer durablement la compétitivité du constructeur face aux mutations rapides de l’industrie automobile.
