28.5 C
Paris
vendredi, septembre 4, 2026
AccueilActualitéClimat : Monique Barbut veut relever le plafond du Livret A pour...

Climat : Monique Barbut veut relever le plafond du Livret A pour mobiliser 10 milliards d’euros

Date:

6 min de lecture
  • La ministre de la Transition écologique propose de porter de 22.950 à 30.000 euros le plafond du Livret A afin de financer l’adaptation de la France au changement climatique.
  • Cette mesure pourrait mobiliser 10 milliards d’euros supplémentaires par an, notamment au bénéfice des hôpitaux et des collectivités.

    Après un été marqué par des chaleurs, des incendies et une sécheresse exceptionnels, le gouvernement cherche de nouvelles ressources pour adapter la France à un climat plus extrême. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, doit présenter début octobre des mesures destinées à accélérer la préparation du pays à une hausse des températures pouvant atteindre 4 °C d’ici à la fin du siècle.

Cette mission lui a été confiée après l’épisode de sa démission, refusée par l’exécutif. Selon la lettre de mission adressée par le Premier ministre, la ministre doit proposer des mesures rapidement opérationnelles pour accélérer le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3).

Un plafond porté de 22.950 à 30.000 euros

Dans un entretien accordé aux Échos, Monique Barbut propose de relever le plafond du Livret A à 30.000 euros. Selon ses estimations, cette augmentation pourrait dégager jusqu’à 10 milliards d’euros de financements supplémentaires chaque année.

Le plafond réglementaire du Livret A est actuellement fixé à 22.950 euros pour les particuliers. Les intérêts capitalisés peuvent toutefois porter le solde au-delà de cette limite.

Les sommes supplémentaires mobilisées seraient affectées à des projets d’adaptation au changement climatique, principalement sous la forme de prêts bonifiés à long terme.

« Sur l’adaptation, on ne part pas de rien, mais avec ces 10 milliards supplémentaires, qui pourraient être utilisés sous forme de prêts bonifiés de long terme, on permettrait à des hôpitaux de s’équiper avec des réseaux de froid et de chaleur, à des collectivités de mieux isoler leurs bâtiments publics », explique la ministre de la Transition écologique dans son entretien au quotidien économique.

Des aides publiques toujours indispensables

Le relèvement du plafond du Livret A ne suffirait toutefois pas à couvrir l’ensemble des dépenses nécessaires. Certains projets environnementaux produisent peu ou pas de revenus directs et ne peuvent donc pas être financés exclusivement par l’emprunt.

« Et pour les opérations dont le retour sur investissement est trop faible, comme la renaturation de certains écosystèmes ou le reméandrage de certaines rivières, les aides publiques seront nécessaires », souligne Monique Barbut.

Le reméandrage consiste à redonner à une rivière un tracé plus naturel et sinueux. Cette opération permet notamment de ralentir les écoulements, de restaurer les milieux aquatiques et de limiter certains risques d’inondation.

Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, lancé en mars 2025, comporte 52 mesures et plus de 200 actions. Il prévoit notamment des financements provenant du Fonds Barnier, du Fonds vert et des agences de l’eau.

« Ce n’est pas une taxe »

Consciente de la sensibilité des questions liées à l’épargne, la ministre insiste sur le fait que son projet ne constituerait pas un prélèvement supplémentaire. Les Français conserveraient la propriété et la disponibilité des sommes déposées sur leur Livret A.

« Ce n’est pas une taxe : il ne s’agit pas de demander aux Français de payer un impôt supplémentaire. Je souhaite leur proposer qu’une partie de leur épargne, tant qu’elle reste placée sur leur Livret A, puisse contribuer au financement de l’adaptation au changement climatique. Je pense que ça donne du sens à cette épargne », affirme-t-elle.

Le Livret A finance déjà principalement le logement social et certaines infrastructures publiques par l’intermédiaire des fonds centralisés à la Caisse des dépôts. La proposition de Monique Barbut reviendrait à renforcer le rôle de l’épargne réglementée dans le financement de l’adaptation climatique.

L’été le plus chaud jamais mesuré en France

L’initiative intervient après un été 2026 particulièrement éprouvant. Selon le bilan climatique publié par Météo-France, il s’agit de l’été le plus chaud enregistré en France depuis le début des mesures en 1900.

La température moyenne a atteint 24 °C, soit 3,6 °C au-dessus des normales saisonnières. L’été 2026 a également été le deuxième le moins pluvieux depuis 1959, avec un déficit de précipitations proche de 40 %.

Le seuil de 40 °C a été franchi à 178 reprises dans le réseau principal de Météo-France, un record. Au total, 45 % du territoire a enregistré au moins une température égale ou supérieure à 40 °C, tandis que 90 % du pays a connu au moins une journée à 35 °C ou davantage.

La France a également traversé trois vagues de chaleur représentant un total inédit de 53 jours. Ces conditions ont accentué la sécheresse des sols et favorisé des incendies d’une ampleur exceptionnelle.

Une France à +4 °C à l’horizon 2100

Les températures observées durant l’été 2026 pourraient devenir ordinaires dans une France plus chaude de 4 °C. Météo-France estime que le pays pourrait alors connaître certaines années plus de 100 jours de vague de chaleur, ainsi qu’une extension de la saison des incendies pouvant atteindre un à deux mois dans certaines régions.

Le PNACC-3 a précisément été conçu pour préparer la France à un réchauffement de 4 °C en 2100. Il concerne notamment les bâtiments, les transports, l’agriculture, les ressources en eau, les forêts et les infrastructures publiques.

Monique Barbut a demandé aux autres membres du gouvernement d’« identifier un ensemble de mesures concrètes pour accélérer la mise en œuvre du plan national d’adaptation au changement climatique ».

Au-delà de la recherche de nouveaux financements, l’enjeu consiste désormais à traduire les objectifs du plan en investissements concrets. Avec le relèvement du plafond du Livret A, la ministre veut faire de l’épargne réglementée l’un des principaux leviers financiers de cette adaptation à grande échelle.

La Rédactionhttps://echosplus.com
La Rédaction d’Echos Plus propose une information indépendante, rigoureuse et accessible sur l’actualité économique, financière et géopolitique en France, au Maghreb, en Europe et à l’international. À travers des analyses, décryptages et mises en perspective, nous couvrons les grands enjeux qui transforment les économies et les sociétés : énergie, finance, entreprises, marchés, innovation et commerce international. Signés « La Rédaction », nos articles reflètent l’engagement d’Echos Plus en faveur d’un journalisme de qualité, au service de la compréhension des mutations du monde et du dialogue entre les deux rives de la Méditerranée.

Les plus populaires