- Le 9 janvier 2025, le général Joseph Aoun, commandant en chef de l’armée libanaise, a été élu président du Liban à l’issue du second tour de vote des députés.
- Agé de 61 ans, il a recueilli 99 voix sur les 128 sièges du Parlement, succédant ainsi à une vacance présidentielle de plus de deux ans.
Le général Aoun, novice en politique, a su tirer parti de sa position à la tête de l’institution militaire, une des rares à échapper aux divisions confessionnelles du pays. Son élection a été préparée en amont grâce à des discussions entre des représentants du Hezbollah, allié de l’Iran, et du mouvement Amal. Ce soutien, combiné à l’appui de puissances étrangères comme les États-Unis et l’Arabie saoudite, lui a permis d’obtenir la majorité nécessaire pour l’emporter au second tour.
Lors du premier tour de scrutin, organisé le matin même, il n’avait récolté que 71 voix. La percée décisive s’est produite après des négociations de dernière minute au Parlement.
Une priorité : restaurer la souveraineté et stabiliser le pays
Dans son discours d’investiture, Joseph Aoun a déclaré : « Aujourd’hui commence une nouvelle ère dans l’histoire du Liban ». Il s’est engagé à consolider le monopole de l’État sur les armes et à initier rapidement des consultations pour la nomination d’un Premier ministre. Il a également promis de respecter la trêve en vigueur avec Israël.
« Je m’emploierai à consacrer le droit de l’État à avoir le monopole des armes », a-t-il ajouté, soulignant l’urgence de restaurer la confiance dans les institutions libanaises. « Le Liban a besoin de retrouver le chemin de la concorde et de renforcer ses institutions démocratiques », a-t-il affirmé.
L’une des premières missions du nouveau président sera de répondre aux attentes de la communauté internationale et de stabiliser un pays miné par des crises politiques et économiques. Depuis l’effondrement économique de 2020, l’armée, qu’il dirige depuis 2017, a joué un rôle crucial pour maintenir l’ordre, malgré des conditions financières extrêmement difficiles.
Une figure réunificatrice dans un pays divisé
Issu de la communauté chrétienne maronite, à laquelle la présidence est traditionnellement réservée, Joseph Aoun est perçu comme une figure capable de rassembler les différentes factions politiques et religieuses du Liban. Il n’a aucun lien familial avec le président sortant Michel Aoun, mais partage une volonté commune de restaurer la stabilité institutionnelle du pays.
Son leadership à la tête de l’armée lui a permis de bénéficier d’un large soutien au sein de la classe politique libanaise et de la communauté internationale. En 2020, lors de la crise économique, il avait accepté des aides internationales, notamment du Qatar, des États-Unis et de la France, pour garantir le fonctionnement de l’armée. Une conférence internationale organisée à Paris en octobre avait permis de lever 200 millions de dollars pour l’armée, un soutien vital.
Une région sous tension
L’élection de Joseph Aoun intervient dans un contexte régional tendu. L’accord de cessez-le-feu conclu en novembre dernier entre le Hezbollah et Israël impose à l’armée libanaise de déployer ses forces dans le sud du pays. Ce processus, qui doit s’achever le 26 janvier, vise à garantir que seuls l’armée et les Casques bleus de l’ONU soient présents dans cette zone stratégique.
Malgré les promesses de « coopération totale » du Hezbollah, la mission de Joseph Aoun sera délicate : maintenir un fragile équilibre confessionnel tout en préservant la souveraineté de l’État.
Soutien international et espoirs pour l’avenir
L’élection de Joseph Aoun a suscité des réactions positives au niveau international. « C’est une étape décisive pour le redressement du pays. La France, mobilisée pour y parvenir, restera aux côtés du Liban pour restaurer un État souverain « , a indique Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur son compte X.
« L’élection du président Joseph Aoun marque une première étape dans la voie de la souveraineté et de la stabilité. Le Liban a besoin de retrouver le chemin de la concorde et de renforcer ses institutions démocratiques. », nous fait savoir Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe(IMA). « L’Institut du Monde Arabe a toujours œuvré pour soutenir et valoriser la culture et l’histoire de ce pays frère. Au peuple libanais, j’exprime mon amitié fraternelle. », ajoute t-il.
En ce moment critique de l’histoire du Liban, Joseph Aoun incarne l’espoir d’un renouveau politique et institutionnel. Sa capacité à réunir les différents acteurs nationaux et internationaux sera déterminante pour tracer un chemin vers la stabilité et la prospérité pour le pays du Cèdre.
