Le suspect du meurtre d’Aboubakar Cissé, tué vendredi dans une mosquée du Gard, a été arrêté dimanche soir en Italie. L’enquête privilégie la piste d’un acte islamophobe. Les réactions politiques et citoyennes se multiplient.
Trois jours après l’assassinat d’Aboubakar Cissé, fidèle musulman poignardé dans une mosquée de La Grand-Combe (Gard), le principal suspect a été interpellé. Olivier H., 20 ans, s’est présenté dimanche soir, vers 23 heures, dans un commissariat de Pistoia, en Italie.
« Face à l’efficacité des moyens mis en place, l’auteur n’a eu pour seule issue que de se rendre et c’est la meilleure chose qu’il pouvait faire« , a salué le procureur de la République d’Alès, Abdelkrim Grini.
L’individu, inconnu jusqu’alors des services de police, a été rapidement identifié grâce aux caméras de surveillance de la mosquée Khadidja, située dans le hameau de Trescol.
Un crime d’une violence extrême
Vendredi matin, vers 8h30, Aboubakar Cissé, âgé de 23 ou 24 ans, a été tué à coups de couteau dans l’enceinte même de la mosquée.
« La victime aurait reçu entre 40 et 50 coups de couteau« , a précisé le procureur Grini.
Le jeune homme, habitué à venir bénévolement nettoyer la mosquée chaque semaine, a été découvert sans vie par les fidèles arrivés pour la grande prière du vendredi.
Fait glaçant : une scène filmée par l’agresseur
Les enquêteurs ont rapidement identifié Olivier H., notamment grâce aux images des caméras de surveillance installées à l’intérieur et autour de la mosquée. Né en 2004 à Lyon, ce Français d’origine bosnienne n’était ni pratiquant, ni connu des services de police.
« C’est quelqu’un qui n’avait pas d’activité particulière et qui était sous les radars« , a déclaré le procureur.
Après son acte, Olivier H. a lui-même filmé la scène avec son téléphone portable. Sur la vidéo, il brandit son arme ensanglantée et tient des propos injurieux, alors que la victime, agonisait au sol. Il y exprime aussi sa volonté de « tuer au moins deux autres personnes pour pouvoir être désigné comme tueur en série », selon le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau.
Une enquête sous haute tension
L’enquête ouverte pour assassinat a été confiée au groupement de gendarmerie du Gard, à la section de recherches de Nîmes ainsi qu’à la police judiciaire. La piste d’un acte islamophobe est examinée avec la plus grande attention.
« La piste d’un acte antimusulman n’est pas négligée, bien au contraire. Il est hors de question de tolérer dans notre société ce genre d’actes », a insisté Bruno Retailleau en déplacement à Alès.
Le Parquet national antiterroriste (PNAT) est en phase d’observation mais ne s’est pas encore saisi du dossier. Selon Abdelkrim Grini, « d’autres éléments laissent penser que le mobile du crime pourrait être différent », appelant à la prudence.
Une onde de choc nationale
Dès vendredi, l’annonce du drame a provoqué une vague d’émotion en France. Emmanuel Macron a exprimé sur X son soutien aux proches de la victime ainsi qu’aux « compatriotes de confession musulmane« , affirmant que « le racisme et la haine en raison de la religion n’auront jamais leur place en France« .
Dimanche soir, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées place de la République à Paris. À la tribune, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé « un climat islamophobe entretenu par le gouvernement », pointant notamment les déclarations de Bruno Retailleau contre le voile.
Le ministre de l’Intérieur critiqué
Critiqué pour sa discrétion initiale, Bruno Retailleau s’est finalement rendu sur place dimanche après-midi. « Il se rend sur place dès qu’il y a le moindre sujet. Pourquoi là n’est-il pas sur place, pourquoi n’a-t-il pas la même fermeté dans son langage ? », a interrogé Sandrine Rousseau sur franceinfo.
« Je me demande si M. Retailleau, hier, avait piscine. », déplore de son côté, Dominique Sopo, président de SOS Racisme
Face aux critiques, le ministre a expliqué avoir « attendu des éléments complémentaires sur l’enquête » avant de se déplacer, délivrant à Alès « un message de compassion, de solidarité et de mobilisation ». Le ministre de l’Intérieur a aussi ordonné un renforcement immédiat de la sécurité autour des mosquées françaises.
« L’ignominie islamophobe s’est exhibée sur une vidéo », a condamné François Bayrou, appelant à une réaction ferme de l’État.
« Nous sommes avec les proches de la victime, avec les croyants si choqués », a ajouté quant à lui Gérald Darmanin, qualifiant le meurtre d' »ignoble assassinat dans un édifice religieux sacré ».
Le suspect Olivier H. devrait être prochainement extradé vers la France pour être présenté à un juge d’instruction.
