- Face à un plan social de grande ampleur annoncé par ArcelorMittal, les réactions politiques et syndicales se multiplient.
- Plus de 600 emplois sont menacés, principalement à Dunkerque, ravivant les débats sur la souveraineté industrielle, les aides publiques et l’avenir de la sidérurgie française.
- La gauche appelle à une nationalisation, tandis que le gouvernement tente de rassurer.
Sous les banderoles rouges et les slogans engagés, un nom résonne avec colère : ArcelorMittal. L’annonce de la suppression de 600 postes sur ses sites français, en particulier à Dunkerque, a enflammé les cortèges du 1er mai. Une onde de choc qui traverse le paysage politique, réactivant les appels à la nationalisation et à une reprise en main de la politique industrielle française.
Alors que le sidérurgiste a officialisé un plan de réduction massif de ses effectifs, les responsables politiques de gauche et les syndicats dénoncent un « plan social inédit », aux conséquences dramatiques.
« Plus de 600 emplois Arcelor sont menacés. Selon nous, ce sont en tout 10 000 emplois directs et indirects dans la région qui en pâtiraient », alerte Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, présente à Dunkerque aux côtés des salariés.
Une gauche unie pour une reprise publique
Un communiqué commun signé par le Parti socialiste, le Parti communiste, les Écologistes, Génération.s et Picardie Debout demande « une intervention immédiate de l’État », via une « nationalisation temporaire ou durable » et une entrée de l’État au capital du groupe.
Le député socialiste Boris Vallaud, chef de file du groupe à l’Assemblée nationale, annonce quant à lui une proposition de loi visant à mettre le site de Dunkerque « sous tutelle de l’État« . L’objectif : forcer l’entreprise à « y poursuivre l’activité et à préserver l’emploi, y compris à perte, pendant une période donnée », afin de « trouver un repreneur » ou de préparer une nationalisation partielle.
Des subventions sans garanties ?
Le soutien public reçu par ArcelorMittal ces dix dernières années est également au cœur des critiques.« Pendant dix ans, ils ont touché plus de 392 millions d’euros d’argent public de l’Europe, de l’État, du conseil régional, des collectivités locales », rappelle Marine Tondelier.
« Et il n’y a jamais eu de critères de conditionnalité de ces aides que nous, écologistes, nous demandions à cor et à cri. », a-t-elle ajouté
Répondant au ministre de l’Industrie Marc Ferracci, qui a assuré au Sénat qu’« il n’y avait pas eu de subventions sans contrepartie », la responsable écologiste s’indigne : « J’espère bien, mais il doit y avoir un engagement moral quand on touche autant d’argent public. »
Pour la CGT, à l’origine du rassemblement à Dunkerque, le plan social cache une volonté à peine voilée de délocalisation. « C’est notre sentiment », confirme Marine Tondelier, évoquant des transferts de production vers l’Inde ou le Brésil. Elle accuse : « Ils prennent l’argent de la France, ils s’en servent et ils partent. »
Mélenchon et la CGT pour une nationalisation totale
À Paris, Jean-Luc Mélenchon, lors de son discours du 1er mai, a opté pour un ton tranchant : « Ils se sont servis dans notre pays avec la complicité de ceux qui ont continué à gorger cette entreprise d’argent public. Nous ne permettons pas qu’on vende ou ferme ces usines. »
Même son de cloche du côté de la CGT, dont la secrétaire générale Sophie Binet a dénoncé « la passivité du gouvernement » et appelé à une nationalisation sans condition du sidérurgiste.
L’argument écologique, longtemps mis en avant par ArcelorMittal pour justifier les aides publiques, est lui aussi remis en question. « On avait un projet d’acier vert, c’est pour ça aussi qu’ArcelorMittal avait reçu beaucoup d’argent, et jusqu’à preuve du contraire, cet acier vert, on n’en a pas vu la couleur », fustige Marine Tondelier.
Elle réclame désormais une « prise de possession des hauts fourneaux« , inspirée d’une mesure votée récemment au Royaume-Uni. « C’est une mesure qui, pour moi, est urgente. », affirme -t-elle.
Une commission d’enquête parlementaire en préparation
Face à l’ampleur du dossier, la députée Aurélie Trouvé a annoncé que la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les plans de licenciement allait auditionner les dirigeants d’ArcelorMittal dans les prochaines semaines.
Le dossier ArcelorMittal pourrait bien devenir un symbole politique et industriel, à l’heure où la France cherche à concilier souveraineté économique, transition écologique et justice sociale. Dans l’attente de décisions concrètes, l’inquiétude demeure palpable chez les salariés… et sur les bancs de l’Assemblée nationale.
