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Réforme de l’audiovisuel public : vers une super holding France Médias dès 2026

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  • L’Assemblée nationale se penche à nouveau sur la réforme de l’audiovisuel public.
  • Objectif du texte défendu par Rachida Dati : créer une holding baptisée France Médias pour rassembler France Télévisions, Radio France, l’INA et France Médias Monde.
  • Une restructuration jugée indispensable par la ministre, mais qui inquiète les syndicats et divise les partis.

   La proposition de loi sur la création d’une holding unifiée de l’audiovisuel public revient ce mardi 17 juin devant les députés. Objectif affiché : rationaliser les moyens tout en préservant les entités existantes. Mais les inquiétudes demeurent.

Après plusieurs mois de pause législative et trois reports successifs, la réforme de l’audiovisuel public fait son retour à l’Assemblée nationale. La commission des affaires culturelles examine, ce mardi 17 juin, la proposition de loi du sénateur centriste Laurent Lafon, déjà adoptée par le Sénat en juin 2023. Ce texte vise à regrouper France Télévisions, Radio France, l’INA et France Médias Monde au sein d’une même entité : une holding baptisée « France Médias », dont l’État serait l’unique actionnaire.

Une relance à l’initiative de la ministre de la Culture, Rachida Dati, qui défend le projet avec fermeté depuis sa nomination en janvier 2024. Dans un entretien accordé au Monde, elle estime que « le statu quo n’est pas une option » et plaide depuis longtemps pour la création d’une « BBC à la française ».

Une ambition réaffirmée face à une concurrence privée et numérique toujours plus structurée. « Il nous faut sortir des fonctionnements en silo et avoir des stratégies réellement unifiées », a-t-elle déclaré devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée, le 2 avril dernier.

Une structure commune, mais pas une fusion

La holding, qui devrait être opérationnelle au 1er janvier 2026, ne remettrait pas en cause l’existence légale des entreprises actuelles. Mais elle aurait pour mission de « définir la stratégie » des entités, « accélérer les coopérations » et « optimiser la répartition des moyens », selon la commission de la culture du Sénat.

Chaque entité conserverait son conseil d’administration. Le président de la holding, à l’instar des PDG actuels de Radio France ou France Télévisions, serait nommé par l’Arcom pour un mandat de cinq ans. Le texte prévoit également la désignation d’une personne « chargée de veiller à l’impartialité de l’information » au sein du conseil d’administration de France Médias.

L’objectif est aussi de consolider le financement du secteur. Une loi votée en novembre 2024 a déjà acté l’attribution d’une fraction des recettes de TVA au lieu de la redevance supprimée en 2022, pour garantir un budget « pérenne, suffisant, prévisible », tenant compte de l’inflation.

« Cette holding préserve l’indépendance, les identités de chaque entité et leurs spécificités », Rachida Dati

Une réforme longtemps en gestation

Le projet n’est pas nouveau. Dès 2015, un rapport sénatorial préconisait la création d’une telle structure. Il avait été repris par l’ancien ministre de la Culture Franck Riester, mais la crise sanitaire avait stoppé net son avancée. Rachida Dati a relancé le dossier à son arrivée rue de Valois en s’appuyant sur le texte existant de Laurent Lafon.

La ministre avait initialement envisagé la holding comme une étape transitoire vers une fusion complète. En avril 2024, un amendement allant en ce sens avait même été adopté en commission. Mais la perspective a depuis été écartée, face aux oppositions politiques et syndicales.

« Cette holding préserve l’indépendance, les identités de chaque entité et leurs spécificités », a assuré Rachida Dati au Monde, après « de nombreuses consultations des syndicats et des collectifs de journalistes ».

Des syndicats inquiets pour l’emploi et l’indépendance

Malgré ces garanties affichées, les organisations syndicales restent fortement mobilisées. Avec plus de 16 000 salariés concernés (8 900 à France Télévisions, 4 500 à Radio France, 1 700 à France Médias Monde, 900 à l’INA), elles redoutent des suppressions de postes et un recul de l’indépendance éditoriale. Le budget 2025 acte une baisse de 80 millions d’euros sur les près de 4 milliards d’euros alloués à l’audiovisuel public.

Une note d’évaluation gouvernementale, révélée par Contexte, mentionne la création possible de nouvelles filiales, dont une pour franceinfo, regroupant contenus radio et télé, et une autre baptisée ICI, fusionnant des antennes de France Bleu et France 3.

« Je suis favorable à une organisation en filiales autour des quatre plateformes existantes (ICI, Franceinfo, Radio France, France.tv) », a déclaré Rachida Dati dans Le Monde

Pour les syndicats, ces projets masquent une restructuration en profondeur. Ceux de Radio France estiment que le texte a « toutes les caractéristiques d’une fusion ». D’autres dénoncent un risque pour le pluralisme et la liberté de l’information, redoutant des pressions politiques sur la direction centralisée de la future holding.

Une majorité incertaine à l’Assemblée

Si Rachida Dati juge que le texte « peut obtenir le feu vert des députés », la majorité parlementaire reste incertaine. Elle souligne que l’article premier du texte a été adopté à une large majorité en commission, laissant espérer un vote favorable en séance publique, prévue le 30 juin.

Mais à gauche, les critiques sont virulentes. Le socialiste Emmanuel Grégoire dénonce « le prélude évident à une fusion absurde et brutale », tandis que l’insoumis Aurélien Saintoul a évoqué en commission « une attaque directe contre la diversité culturelle et le pluralisme de l’information », accusant le gouvernement de vouloir « imposer une vision unique ».

À droite, le Rassemblement national juge au contraire la réforme trop timorée. Son député Philippe Ballard réclame une privatisation de l’audiovisuel public et appelle à « la concentration du secteur » et à un « assouplissement des normes anticoncentration ».

Face à un paysage médiatique en pleine mutation, entre plateformes de streaming, réseaux sociaux et désinformation, la ministre veut croire à un avenir renforcé pour le service public. Mais pour de nombreux acteurs du secteur, la question centrale reste inchangée : cette réforme servira-t-elle à moderniser, ou à fragiliser, l’audiovisuel public français ?

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