- Le Parquet européen a ouvert une enquête sur le groupe Identité et Démocratie, auquel appartenait le Rassemblement national.
- Plus de 4,3 millions d’euros de fonds européens auraient été dépensés de manière irrégulière entre 2019 et 2024.
- Une nouvelle affaire sensible pour le parti de Marine Le Pen, déjà fragilisé par d’autres procédures judiciaires.
Le Rassemblement national se retrouve une nouvelle fois dans la tourmente judiciaire. Mardi 8 juillet, le Parquet européen a confirmé l’ouverture d’une enquête visant le groupe Identité et Démocratie (ID), auquel appartenait le parti de Marine Le Pen jusqu’en 2024. En ligne de mire : une somme de plus de 4,3 millions d’euros qui aurait été indûment dépensée entre 2019 et 2024 par le groupe et ses alliés.
Des millions d’euros suspectés d’usage abusif
Les accusations s’appuient sur un rapport de la direction des affaires financières du Parlement européen, auquel plusieurs médias – Le Monde, l’émission allemande Kontraste, Die Zeit et Falter – ont eu accès. Le document confidentiel révèle que 3,6 millionsd’euros de factures seraient entachées d’irrégularités sérieuses. Les crédits européens, censés financer les activités politiques des groupes parlementaires, auraient en partie été utilisés à d’autres fins.
Parmi les dépenses pointées par les enquêteurs, 1,7 million d’euros ont été versés à l’agence e-Politic, à la suite d’un appel d’offres qualifié de « purement formel » et entaché de « graves problèmes de conformité« . Des dépenses jugées irrégulières par les inspecteurs.
Même constat pour l’entreprise Unanime, à laquelle plus de 1,4 million d’euros auraient été versés pour des prestations d’impression, finalement sous-traitées à moindre coût, générant une marge estimée à 260 000 euros. Ces deux entreprises sont liées à Frédéric Chatillon, proche de Marine Le Pen et ancien cadre du Groupe Union Défense (GUD), ainsi qu’à son épouse Sighild Blanc.
Des dons sans lien avec l’Union européenne
Le rapport met également en lumière plus de 700 000 euros de dons versés par le groupe ID à des associations jugées sans rapport avec les activités parlementaires. Parmi elles : une initiative de stérilisation de chats errants en Italie, une campagne anti-avortement en Allemagne, ou encore un soutien aux vétérans de la Légion étrangère.
Les inspecteurs pointent également du doigt des versements à des médias proches de partis alliés du RN, comme les 600 000 euros attribués à l’hebdomadaire autrichien Zur Zeit, affilié au Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ). Ces versements pourraient, selon eux, constituer des « subventions déguisées« .
Le RN se défend, Le Pen dénonce une « guerre de tranchées »
Interrogée à plusieurs reprises, Marine Le Pen affirme ne pas être au courant des faits. « Je ne sais pas ce qu’il en est, je n’ai pas regardé ce dossier », a-t-elle déclaré le 3 juillet sur RTL.
Elle reconnaît néanmoins qu’« il peut y avoir des désaccords administratifs avec le Parlement européen », tout en dénonçant une forme d’acharnement : « On va essayer, encore une fois, de les résoudre », a-t-elle ajouté, avant d’accuser l’institution européenne de « chercher des noises au RN matin, midi et soir, et en toutes circonstances », évoquant même « une guerre de tranchées depuis plusieurs années » à l’égard de son parti.
« Des allégations incorrectes », selon l’ex-secrétaire du groupe ID
De son côté, Philip Claeys, ancien secrétaire général du groupe Identité et Démocratie, a rejeté les accusations. « Tous les paiements effectués dans les cinq dernières années ont été dûment facturés, justifiés et contrôlés », a-t-il affirmé au Monde, qualifiant le contenu du rapport d’« allégations incorrectes ».
Un parti déjà fragilisé par d’autres affaires
Ce n’est pas la première fois que le RN est mis en cause pour la gestion de fonds européens. En mars dernier, Marine Le Pen et 24 autres prévenus ont été condamnés en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Elle est actuellement en attente de son procès en appel, prévu pour le premier semestre 2026.
