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Tourisme en Tunisie : croissance, enjeux structurels et relance stratégique

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  • Avec plus de 5,27 millions de visiteurs internationaux au 20 juillet 2025, la Tunisie enregistre une hausse significative de fréquentation touristique.
  • Une relance solide portée par le retour des Européens et des voisins maghrébins, mais qui soulève aussi des inquiétudes sur la durabilité du modèle actuel.
  • Réformes, diversification et investissement régional : l’heure est à la transformation.

   Le tourisme tunisien semble retrouver des couleurs. Selon les chiffres présentés par le ministère du Tourisme lors d’un point de presse au siège de l’Office National du Tourisme Tunisien (ONTT), 5,27 millions de visiteurs internationaux ont été accueillis en Tunisie jusqu’au 20 juillet 2025. Il s’agit d’une hausse de 16,2 % par rapport à la même période de 2019, année de référence avant la pandémie de Covid-19.

 «Si nous maintenons ce rythme, nous pourrons atteindre les 11 millions de touristes d’ici la fin de l’année, ce qui correspond à l’objectif fixé », a affirmé le ministre du Tourisme Sofiane Tekaya, en saluant une reprise significative, fruit d’un travail coordonné entre acteurs publics et privés.

Des recettes et des indicateurs en progression

Cette hausse de fréquentation s’est accompagnée d’une augmentation des recettes touristiques, qui s’élèvent à 3,899 milliards de dinars, soit une progression de 8,2 % par rapport à la même période en 2024, selon les données de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

Le nombre de nuitées hôtelières a atteint 12,362 millions, en hausse de 7,1 %, tandis que le taux d’occupation des établissements hôteliers a progressé de 2,1 points, pour s’établir à 35,3 %.

Barques sur la plage de Seguya à Djerba ( Crédit Echosplus)

Une relance soutenue par les marchés européen et maghrébin

Le rebond touristique est principalement alimenté par le retour massif des visiteurs européens, avec une progression de 10,7 %,soit 1,592 million de touristes recensés. Plusieurs marchés affichent des hausses remarquables : le Royaume-Uni en tête avec une envolée de 46,9 %, suivi par l’Irlande, qui connaît une croissance de 97 %. La Suisse (+17,6 %), l’Italie (+11,6 %) et la France (+9,6 %) confirment également cette tendance positive.

Le marché maghrébin, pour sa part, continue de jouer un rôle central. La Tunisie a accueilli 2,748 millions de visiteurs en provenance de la région, avec 1,459 million d’Algériens et 1,246 million de Libyens, a précisé Mohamed Mehdi Haloui, directeur général de l’ONTT.

Les marchés lointains affichent également une dynamique positive : +4,9 % pour les États-Unis, +7,5 % pour le Canada et +15 % pour la Chine.

Le tourisme local et la diaspora comme moteurs de croissance

La diaspora tunisienne participe elle aussi à la dynamique du secteur. Le nombre de Tunisiens résidant à l’étranger ayant visité leur pays s’élève à 805 361, en progression de 7,5 %.

Par ailleurs, le tourisme intérieur représente aujourd’hui 30 % de la contribution totale au secteur, selon le ministère. Une plateforme digitale de réservation hôtelière destinée aux Tunisiens sera prochainement lancée pour stimuler davantage ce marché.

Houm Souk à Djerba ( CD Echosplus)

Une stratégie tournée vers la diversification

Pour atteindre les 11 millions de visiteurs d’ici fin 2025, la Tunisie mise sur une stratégie de diversification de son offre touristique. Selon Sofiane Tekaya, l’objectif est de sortir du tout-balnéaire en valorisant des segments complémentaires : tourisme culturel, écologique, médical et saharien.

Le développement des connexions aériennes avec les principaux marchés émetteurs, notamment l’Italie, figure parmi les priorités. Le ministère collabore activement avec les compagnies aériennes et les agences de voyages pour renforcer les liaisons, en s’appuyant sur les bons résultats enregistrés en 2024 (10,25 millions de visiteurs).

Espace de vente de poterie dans un magasin spécialisé à Guellala ( Crédit photo Echosplus)

Djerba, Médenine, Tataouine : les régions en première ligne

 À l’occasion d’une visite à Djerba, Zarzis et Ben Guerdane, le ministre a salué les efforts conjoints des municipalités, de la société civile et des professionnels du tourisme pour améliorer la propreté des lieux, notamment à travers une initiative pilote ayant permis le recrutement de 45 agents d’entretien saisonniers.

Il a également mis en avant un projet de ville touristique intégrée à Ben Guerdane, sur 35 hectares, visant à combiner tourisme côtier, saharien et culturel.

Dans le gouvernorat de Tataouine, Sofiane Tekaya a insisté sur le potentiel stratégique du tourisme saharien et alternatif, et a annoncé la prochaine publication d’un cahier des charges pour les maisons d’hôtes et résidences rurales, destiné à encourager l’investissement local.

Des investissements en hausse mais des signaux d’alerte

Les intentions d’investissement touristique ont atteint 943 millions de dinars à fin juillet 2025, contre 900 millions pour toute l’année 2024. Des chiffres prometteurs qui traduisent une certaine confiance des investisseurs dans le secteur.

Mais cette embellie ne doit pas faire oublier les fragilités de fond du tourisme tunisien, comme le rappelle Amel Djait, membre du bureau exécutif de la Fédération Interprofessionnelle du Tourisme Tunisien (FITT).

 «C’est une alerte rouge pour le secteur»

Dans une déclaration à Express FM, elle affirme : «Les chiffres annoncés par le ministère sont officiels, transparents et crédibles, mais cela ne doit pas masquer la réalité du terrain. C’est une alerte rouge pour le secteur.»

Elle déplore la perte de près de 80 000 lits dans les structures d’hébergement, qui selon elle pose la question de la cohérence entre les statistiques et les capacités réelles du pays à absorber un tel afflux de touristes.

Concernant le marché algérien, elle souligne qu’il constitue un levier majeur depuis 2015, mais qu’il devient aussi plus exigeant et sélectif. D’où l’urgence, selon elle, d’améliorer les services dans les régions frontalières.

       Plage de Sidi Mahrez à Djerba ( Credit photo Echosplus)

 «Le tourisme, ce n’est pas seulement dormir à l’hôtel»

Elle critique ouvertement la dépendance au modèle hôtelier classique, expliquant que le faible niveau de dépenses par touriste résulte d’un manque de diversification, d’une dégradation de l’environnement, d’un déficit d’infrastructures et d’une gouvernance insuffisante.

 «Le tourisme, ce n’est pas seulement dormir à l’hôtel», martèle-t-elle. Elle plaide pour une réforme structurelle, basée sur une coopération entre public et privé, une mise à jour du cadre législatif, et une modernisation des infrastructures, notamment aéroportuaires.

Elle appelle enfin à une mobilisation collective :

 «Cela fait plus de 15 ans que les mêmes obstacles reviennent : lenteur administrative, lois dépassées, manque de vision. Il est temps d’en sortir».

Une relance conditionnée à une vision durable

En définitive, la Tunisie retrouve peu à peu sa place sur la carte touristique mondiale. Mais pour transformer l’essai, il faudra rompre avec les schémas classiques, valoriser les territoires oubliés et associer les populations locales à cette dynamique.

Le tourisme peut, à condition d’être durable, devenir un véritable levier de développement économique, social et environnemental. À la Tunisie désormais de passer du redressement à la transformation.

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