- « Ce dont nous traitons aujourd’hui… c’est une question historique », martèle François Bayrou, qui joue la survie politique de son gouvernement sur un cap simple : stabiliser la dette.
- Objectif d’avenir : « en quatre années, la dette n’augmentera plus », pour éviter « l’hémorragie » qui menace la France et ses jeunes, « génération sacrifiée ».
À l’Assemblée nationale, lundi 8 septembre, le Premier ministre a demandé la confiance des députés sur une trajectoire de redressement des comptes publics. Sans majorité acquise, l’exécutif se tient au bord du gouffre politique.
En ouvrant son discours de politique générale, François Bayrou a choisi la frontalité et le risque calculé : « Cette épreuve de vérité, comme chef du gouvernement, je l’ai voulue. J’ai voulu ce rendez-vous… Le plus gros risque était de ne pas en prendre. » Le message, martelé dès les premières minutes, fixe le cadre : le vote porte moins sur une ligne partisane que sur la capacité du pays à maîtriser sa trajectoire budgétaire.
« Ce dont nous traitons aujourd’hui n’est pas une question politique, c’est une question historique », a-t-il insisté.
Un diagnostic sans fard
À la tribune, le chef du gouvernement dresse un état des lieux sévère : « Nous sommes devenus, depuis l’an 2000, un pays qui produit moins que les autres. Notre retard de production… est de 15 %. Si nous avions la production de nos voisins, la France n’aurait pas de problème de dette. »
Dans le même souffle, il enchaîne les fronts ouverts : « Nous sommes devant un immense problème de logement », « Nous sommes le pays du monde qui a le mieux identifié l’enjeu écologique », sans oublier l’aménagement du territoire, l’école, la sécurité et l’immigration.
Mais, prévient-il, tout converge vers une question unique : « la maîtrise de nos dépenses, la question du surendettement », qui engage rien moins que « le pronostic vital » du pays. « La France n’a pas connu de budget en équilibre depuis 51 ans… C’est devenu un réflexe, et pire, une addiction », regrette-t-il, avant d’asséner : « Sinon c’est la banqueroute. »
L’« hémorragie » de la dette
La dette, Bayrou la décrit comme un siphonage silencieux des richesses : « Tout le travail… est entièrement reversé à nos créanciers », déplore-t-il. « Notre pays travaille, croit s’enrichir, et tous les ans s’appauvrit un peu plus. C’est une silencieuse, souterraine, invisible et insupportable hémorragie. »
Image filée d’un navire qui prend l’eau : « Comme capitaine du navire… notre devoir est d’abord, tout de suite, de nous mettre à l’étancher ! Nous devons nous y mettre tous ! » Et d’appeler à « agir sans retard », par « la mobilisation de tous, et un effort modéré de chacun ».
Dans une formule choc, il lie souveraineté et finances publiques :
« La soumission à la dette, c’est comme la soumission par la force militaire… Dans les deux cas nous perdons notre liberté. »
La promesse : stabiliser la dette en quatre ans
Le cap affiché est précis : « En quatre années… ce n’est pas que nous n’aurons plus de dettes, mais la dette n’augmentera plus ! » Comment ? Par des choix graduels : « Dépenser un peu moins que ce qui était attendu ou programmé. Freiner les dépenses, les étaler dans le temps. »
Le Premier ministre ancre aussi l’argument générationnel :
« Les plus jeunes… vont porter, pendant vingt ou trente ans, le poids des milliers de milliards des dettes… Je les ai vus se sentir génération sacrifiée. »
Contre les boucs émissaires
Au fil d’un plaidoyer pour une « prise de conscience » collective, il dit avoir « vu la puissance des forces qui veulent qu’on continue à fermer les yeux ». Et de récuser les explications toutes faites : « Ce sont les immigrés… », « c’est l’Europe », ou « ce sont les riches ».
Il admet la nécessité d’« examiner les anomalies et les injustices », tout en mettant en garde contre le risque de “déménagement” fiscal.
Aux députés : « Vous pouvez renverser le gouvernement, pas effacer le réel »
À la veille d’un scrutin que tous annoncent incertain, Bayrou s’adresse solennellement à l’Hémicycle :
« Mesdames et Messieurs les députés, vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement, mais vous n’avez pas le pouvoir d’effacer le réel… Le réel demeurera inexorable. »
S’appuyant sur l’article 27 de la Constitution, il en appelle à la responsabilité individuelle : « Le droit de vote des membres du Parlement est personnel… Les mots d’ordre n’ont pas leur place ici. »
Conscient du rapport de forces, il ironise : « Tous les partis… ont annoncé leur décision de renverser ce gouvernement… Gouvernement dont la chute irrévocable était annoncée. » Mais rappelle l’enjeu : « Le destin de la France… se trouve menacé par nos quotidiennes impérities. »
