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UE : interdiction totale du gaz russe d’ici 2027, l’Union cherche un compromis avant la fin de l’année

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  • L’UE acte la fin du gaz russe et ouvre une phase décisive d’arbitrages entre sécurité d’approvisionnement et coût pour les ménages.
  • Le calendrier final conditionnera les prix de l’énergie, l’inflation et la compétitivité industrielle en 2026-2027.

   Proposée au printemps par la Commission, la mesure a été approuvée lundi 20 octobre par les Vingt-Sept. Place désormais au trilogue pour verrouiller le calendrier et les exceptions. « Nous espérons une adoption définitive avant le Nouvel An », a déclaré le ministre danois Lars Aagaard, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE jusqu’à la fin de l’année.

Réunis à Bruxelles, les ministres ont acté le principe d’une interdiction totale des importations de gaz russe à l’horizon 2027. Le texte passe maintenant en négociation avec le Parlement européen, qui pousse pour un calendrier plus resserré.

Le ministre danois de l’Énergie, Lars Aagaard, a salué une « décision qui va façonner l’avenir du continent », soulignant qu’elle marque une étape essentielle vers une diversification durable des sources d’approvisionnement énergétique.

Un pari énergétique et géopolitique

Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’UE a presque entièrement cessé d’acheter du pétrole russe, mais reste dépendante du gaz : la Russie représentait encore 19 % des importations de gaz de l’UE en 2024, contre 45 % en 2021.

En août, l’Union demeurait le quatrième acheteur d’hydrocarbures russes (1,2 milliard d’euros), même si ces flux ne comptaient plus que pour 8 %des revenus énergétiques de Moscou, selon le Centre pour la recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA).

Dans le panier énergétique européen, le gaz pèse lourd : 61 % des achats d’hydrocarbures concernent du gaz, utilisé pour le chauffage d’environ un tiers des citoyens.

Les lignes de fracture entre États membres

Si une majorité s’est rangée derrière l’objectif 2027, la Hongrie et la Slovaquie s’y sont opposées, invoquant leur enclavement et la persistance d’infrastructures et de contrats hérités.

Ces deux pays, dont les gouvernements rechignent à tourner le dos à Moscou, bénéficient toujours d’une dérogation pour recevoir du pétrole via oléoduc. Ils ont néanmoins été mis en minorité lors du vote.

Un calendrier sous tension : 2027, 2026… ou le 1er janvier 2026 ?

L’échéance exacte de la fin des importations de gaz russe reste au cœur des négociations européennes. Si tous s’accordent sur la nécessité d’un sevrage complet, les divergences portent désormais sur le rythme de cette sortie.

Au printemps, la Commission européenne avait présenté une proposition fixant l’arrêt total des importations de gaz russe à l’horizon 2027. L’idée : donner le temps aux États membres de diversifier leurs approvisionnements, tout en maintenant la pression économique sur Moscou.

Mais face à la baisse continue de la dépendance énergétique et à la volonté d’accélérer la transition, Bruxelles a revu sa copie en septembre, suggérant d’avancer à fin 2026 l’interdiction, au moins pour le gaz naturel liquéfié (GNL).

Le Parlement européen veut aller plus vite

De son côté, le Parlement européen plaide pour une interdiction complète du gaz russe — qu’il soit acheminé par gazoduc ou sous forme de GNL — dès le 1er janvier 2026. Les commissions de l’Industrie et du Commerce ont soutenu cette ligne dure, assortie de quelques exceptions limitées pour les pays les plus dépendants.

Ce calendrier répond à une logique politique : frapper plus tôt et plus fort sur les revenus énergétiques de la Russie, afin d’assécher sa capacité de financement militaire.

Le trilogue, dernière étape vers un compromis

L’issue se jouera désormais dans les trilogues entre le Conseil, le Parlement et la Commission. Ces négociations devront arbitrer le périmètre de l’interdiction, les délais d’application et les régimes dérogatoires accordés à certains États membres.

Entre prudence énergétique et fermeté géopolitique, l’Union devra trouver un équilibre politique et technique qui évite de fragiliser ses économies tout en maintenant la pression sur Moscou.

Un tournant stratégique pour l’Union européenne

En rompant définitivement sa dépendance à Moscou, l’Europe cherche à redéfinir sa souveraineté énergétique et à accélérer la transition vers un modèle plus durable et résilient.

Cette politique de rupture s’inscrit dans la continuité du Green Deal européen, qui vise à réduire la consommation d’énergies fossiles et à renforcer l’indépendance du continent.

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