- Le gouvernement muscle sa copie sur la réforme des retraites en étendant la suspension du relèvement de l’âge légal aux carrières longues.
- Une mesure au coût élevé, mais financée, selon l’exécutif, par une hausse ciblée de la CSG sur les revenus du capital.
L’élargissement de la suspension de la réforme des retraites aux carrières longues représentera 200 millions d’euros en 2026 et 500 millions d’euros en 2027, selon un amendement gouvernemental déposé mercredi matin. Ce demi-milliard d’euros supplémentaire sera entièrement compensé par une hausse de 1,4 point de CSG sur les revenus du capital.
« Il y a 1,4 point de CSG supplémentaire qui sera de nature à être utilisé », a précisé le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou sur France 2.
Une facture revue à la hausse
L’exécutif avait initialement évalué, fin octobre, le coût total du gel de la réforme à 100 millions d’euros en 2026 et 1,4 milliard en 2027. Avec cet élargissement aux carrières longues, la facture grimpe donc de 200 millions à 500 millions d’euros supplémentaires sur deux ans.
Ce nouveau chiffrage confirme que la suspension partielle décidée pour apaiser les tensions politiques et sociales n’est pas neutre financièrement. Le gouvernement assume toutefois ce choix, estimant qu’il s’agit d’un “investissement de confiance” envers les travailleurs ayant commencé tôt leur carrière.
« Il y a 1,4 point de CSG supplémentaire qui sera de nature à être utilisé », a expliqué Jean-Pierre Farandou, soulignant que la mesure sera financée sans creuser davantage le déficit de la Sécurité sociale.
Un financement adossé à la CSG sur le capital
La hausse de la CSG sur les revenus du capital, votée la semaine dernière dans le volet recettes du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), constitue la principale source de financement de cette mesure.
Ce 1,4 point additionnel de CSG permettra, selon Bercy, de couvrir le surcoût lié aux carrières longues tout en préservant l’équilibre budgétaire du texte. Le gouvernement insiste sur la neutralité budgétaire du dispositif et sur sa portée limitée dans le temps, la suspension courant jusqu’en janvier 2028.
Ce que cela change pour les assurés
Pour la génération née en 1964, l’âge de départ restera à 62 ans et 9 mois, soit le même que pour la cohorte précédente, au lieu des 63 ans prévus par la réforme Borne.
La durée de cotisation exigée sera également abaissée à 170 trimestres, contre 171 dans la version initiale. Concrètement, ces assurés ne verront pas leur départ retardé par la réforme avant la fin de la période de suspension.
Si aucune nouvelle loi n’est votée après la présidentielle de 2027, la réforme des retraites reprendrait son cours normal à partir de 2028, avec un décalage d’un trimestre.
Un compromis politique à haut risque
La suspension élargie est le fruit d’un accord politique fragile entre le gouvernement et les socialistes, qui avaient conditionné leur non-censure à ce geste d’apaisement.
Mercredi après-midi, les députés devaient entamer l’examen en première lecture de l’article du PLFSS actant ce gel jusqu’en 2028.
Les échanges s’annoncent vifs à gauche, où certains élus jugent cette suspension insuffisante et réclament un véritable moratoire sur la réforme. Les socialistes, eux, revendiquent une victoire politique, estimant avoir réussi à “faire bouger Emmanuel Macron”, jusque-là inflexible sur la mesure phare de son second quinquennat.
Un équilibre précaire mais assumé
En étendant la suspension, le gouvernement espère désamorcer la contestation tout en maintenant la trajectoire financière de la Sécurité sociale. À l’Élysée comme à Matignon, on défend un choix politique assumé : celui de temporiser sans renoncer, dans un contexte où la réforme des retraites demeure hautement inflammable.
