- Le projet de loi de finances pour 2026 arrive au Palais du Luxembourg dans un climat de forte tension politique.
- Après son rejet massif à l’Assemblée, le gouvernement mise sur le Sénat pour tenter de sauver son budget, pendant que l’opposition durcit le ton.
Le Sénat entame ce lundi l’examen du projet de loi de finances (PLF) pour 2026 en repartant du texte initial du gouvernement, conséquence directe de son rejet à l’Assemblée nationale. Entre “aventure démocratique inédite”, menaces de motion de censure et droite sénatoriale inflexible, la bataille du budget 2026 s’annonce explosive.
Un budget 2026 relancé au Sénat après le rejet à l’Assemblée
Le Sénat ouvre ce lundi l’examen du projet de loi de finances pour 2026 dans une configuration institutionnelle inhabituelle. Faute d’adoption de la première partie du texte à l’Assemblée nationale, les sénateurs se saisissent de la version initiale du gouvernement, comme si les débats à l’Assemblée n’avaient jamais eu lieu.
Dès 9h30, à huis clos, la commission des Finances déroule « au pas de course » tout le volet recettes du budget de l’État. Les commissaires vont passer au crible les principaux leviers fiscaux prévus pour 2026, dans un calendrier très serré et avec, en toile de fond, la menace d’un blocage budgétaire si aucun compromis n’émerge.
Un exécutif qui parle d’« aventure démocratique inédite »
Malgré ce revers parlementaire, le gouvernement de Sébastien Lecornu affiche sa détermination. En coulisses, une loi spéciale votée en urgence en décembre est déjà envisagée par plusieurs cadres du bloc central pour permettre la levée des impôts, avant une reprise des discussions budgétaires en janvier.
Sur France 2, la ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, s’est efforcée de tourner la page de ce premier échec. Refusant d’y voir un naufrage politique, elle a défendu la décision de ne pas recourir à l’article 49.3, évoquant une « aventure démocratique inédite ».
« On a besoin de donner à notre pays un cap », a-t-elle insisté. Avant de marteler : « Ce qui est nécessaire, c’est que nous donnions un budget au pays et que nous nous occupions des Français maintenant. »
Le discours se veut à la fois ferme et rassurant : montrer que l’exécutif respecte le Parlement, tout en rappelant l’urgence de doter l’État d’un budget pour 2026.
LFI veut « battre ce budget » et viser la chute du gouvernement
À gauche, La France insoumise assume une stratégie de confrontation frontale. Invité ce lundi matin sur BFMTV/RMC, le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, a appelé à « battre ce budget », résumant clairement l’objectif de son camp : « L’objectif est de renverser le gouvernement », a-t-il martelé.
Interrogé sur une nouvelle motion de censure, il a conditionné cette offensive à un éventuel passage en force de l’exécutif :
« Si le gouvernement essaie de passer en force son budget par 49.3 et par ordonnance, on déposera une motion de censure », a-t-il prévenu.
La menace plane donc toujours sur l’exécutif, alors même que le texte se joue désormais au Sénat. Le moindre recours aux outils constitutionnels les plus contestés pourrait rallumer l’incendie politique.
Une droite sénatoriale offensive et inflexible
Dans cet équilibre fragile, la majorité sénatoriale de droite se retrouve en position de force. Gérard Larcher, président du Sénat, a dit vouloir « parier sur l’intelligence collective », laissant entendre que la Haute Assemblée compte bien peser sur l’architecture du budget 2026 plutôt que se contenter d’enregistrer le texte gouvernemental.
Bruno Retailleau, patron de LR redevenu sénateur, annonce déjà la couleur. Il promet de « revenir sur les folies fiscales de LFI et du Rassemblement national », défendant « une position raisonnable : moins d’impôts et plus d’économies. »
Les débats en cours sur le budget de la Sécurité sociale ont d’ailleurs donné un avant-goût de cette ligne dure : la droite sénatoriale a refusé la plupart des compromis laborieusement construits à l’Assemblée, confirmant sa volonté de tracer son propre chemin.
Un Sénat libéré des amendements de l’Assemblée nationale
Le rejet du PLF à l’Assemblée nationale facilite paradoxalement la tâche du Sénat. La Haute Assemblée ne reçoit pas le texte enrichi – ou alourdi – par des milliers d’amendements déposés par les députés, mais bien la version initiale du gouvernement.
Les sénateurs n’auront donc pas à se prononcer sur les mesures ajoutées par l’Assemblée. Ils pourront se contenter de voter leur propre copie, élaborée depuis la fin du printemps au sein de la très large majorité sénatoriale, sous l’égide de François Bayrou, puis ajustée ces dernières semaines.
Cette situation donne au Sénat une latitude rare pour remodeler entièrement le volet recettes du budget 2026, avec des marqueurs politiques très assumés.
Holdings familiales, impôt sur le revenu, grandes entreprises : les points chauds
Au cœur de cette première partie du budget, plusieurs dispositions fiscales sensibles devraient être revisitées par la majorité sénatoriale :
- Taxe sur les holdings familiales : les sénateurs envisagent de restreindre le dispositif visant ces structures, très utilisées par les grandes fortunes pour organiser la détention et la transmission de leur patrimoine.
- Barème de l’impôt sur le revenu : le maintien du gel du barème pourrait être confirmé, ce qui augmente mécaniquement la pression fiscale en période d’inflation, mais renforce les recettes de l’État.
- Surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises : la droite sénatoriale pourrait revenir sur cette surtaxe, jugée comme un frein à la compétitivité et à l’investissement.
La majorité sénatoriale doit présenter officiellement ses propositions à 14 heures lors d’une conférence de presse, moment clé pour mesurer l’ampleur des réécritures envisagées et les lignes rouges qu’elle entend tracer.
Une bataille budgétaire appelée à durer
Entre un gouvernement misant sur une « aventure démocratique inédite » sans 49.3, une gauche radicale décidée à « battre ce budget » et « renverser le gouvernement », et une droite sénatoriale déterminée à imposer « moins d’impôts et plus d’économies », le budget 2026 s’impose comme l’un des principaux foyers de tension politique des prochains mois.
L’examen du PLF au Sénat n’est qu’une étape d’un bras de fer institutionnel qui pourrait se prolonger en décembre avec une loi spéciale pour autoriser la levée des impôts, puis en janvier avec une nouvelle séquence budgétaire. Une chose est sûre : la bataille du budget ne fait que commencer.
