- Alors que le gouvernement prépare le budget 2026, le ton monte au sommet des institutions économiques.
- Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, met en garde contre la confusion actuelle et appelle à des décisions rapides et crédibles en matière de finances publiques.
Le débat budgétaire pour 2026 « accroît la confusion » au lieu de la réduire, estime la Banque de France. Invité sur franceinfo François Villeroy de Galhau, gouverneur de l’institution, prévient que l’« incertitude » politique et budgétaire coûte déjà de la croissance à la France et que la hausse des charges d’intérêt fait planer un risque d’« étouffement progressif » de l’économie, si les déficits ne sont pas résorbés d’ici 2029.
Un débat budgétaire jugé « inquiétant et divergent »
À l’heure où se dessine le budget 2026, le gouverneur de la Banque de France se montre particulièrement préoccupé par la tournure des discussions dans les deux chambres. « Le débat est jusqu’à présent inquiétant et divergent. Il devrait réduire l’incertitude, il devrait nous rapprocher d’un budget 2026 et pour l’instant il accroît la confusion », a observé le gouvernement de la Banque de France.
François Villeroy de Galhau appelle les responsables politiques à s’élever au-dessus des postures partisanes : « Je souhaite ardemment qu’on dépasse le spectacle actuel pour trouver des compromis, pour trouver une vision de moins court terme », plaide-t-il, évoquant des « voies de solutions par le haut » qui existent selon lui, « surtout quand on regarde nos voisins européens qui, eux, ont réglé leurs problèmes budgétaires ».
Une économie résiliente, mais freinée par l’incertitude
Malgré le climat politique instable, la Banque de France constate que l’activité économique tient mieux que prévu. « L’économie française résiste plutôt bien, ou moins mal que l’on ne pouvait craindre, grâce au courage des entrepreneurs et au travail des Français », souligne François Villeroy de Galhau.
L’institution table aujourd’hui sur une croissance positive de 0,7 % pour l’année 2025. Mais cette performance reste amputée par l’instabilité ambiante : « Nous estimons quand même que l’incertitude au total coûte 0,5 point de croissance à l’économie française », nuance le gouverneur.
Dans ce coût global, une part relève du contexte international. « Là-dedans, il y a une part internationale », précise-t-il, citant notamment la guerre en Ukraine et le protectionnisme américain. Mais la responsabilité nationale est loin d’être marginale : « L’incertitude française, politique et budgétaire, nous coûte au moins 0,2 point de croissance ».
La dette publique, une menace d’« étouffement progressif »
Au cœur des préoccupations du gouverneur se trouve la trajectoire de la dette publique française. Alors que le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, assurait récemment que le pays n’avait « pas de problème » sur le financement de sa dette, François Villeroy de Galhau met l’accent sur le coût croissant de celle-ci.
S’il reconnaît qu’il n’y a pas de risque de défaut brutal, il alerte sur une dérive silencieuse :
« J’ai toujours dit que la France ne risquait pas la faillite. Par contre, la France risque l’étouffement progressif. C’est pour cela que nous devons réduire les déficits, et que nous pouvons les réduire », insiste-t-il.
« Cette dette qui augmente nous coûte, en charges d’intérêt, des dizaines de milliards [d’euros] de plus », rappelle-t-il. « C’était 30 milliards de charges d’intérêt en 2020 et ce sera plus de 100 milliards à la fin de la décennie », soit 70 milliards supplémentaires « que nous ne pouvons pas consacrer à l’éducation, à la lutte contre le changement climatique ou à la défense ».
Conclusion sans ambiguïté du gouverneur : « Il faut absolument sortir de cet étouffement progressif » en allant « vers les 3% de déficit en 2029 ».
Un cap chiffré : 3 % de déficit en 2029, 4,8 % dès 2026
Pour François Villeroy de Galhau, la réduction du déficit public ne relève pas seulement du principe, mais d’une trajectoire précise à suivre. Partant d’un déficit de 5,4 % du PIB en 2025, il estime que la France dispose de quatre ans pour revenir aux 3 %en 2029.
La première étape, dès le budget 2026, est jugée décisive : « Comme on part de 5,4% [de déficit] en 2025, on a quatre ans pour faire ce chemin. Il faut faire le quart du chemin la première année. Donc le seuil de crédibilité du budget 2026, c’est un déficit de 4,8% au maximum », tranche le gouverneur.
Autrement dit, au-delà de ce seuil de 4,8 %, le budget 2026 risquerait d’être perçu comme insuffisamment sérieux par les marchés comme par les partenaires européens.
Un appel à la responsabilité politique
En filigrane de ces mises en garde, la Banque de France adresse un message clair : la France dispose encore de marges de manœuvre pour agir, mais le temps presse. L’enjeu est autant économique que politique : restaurer la confiance, sécuriser la trajectoire des finances publiques et éviter que le poids de la dette n’entrave durablement les capacités d’investissement du pays.
Entre nécessité de compromis, discipline budgétaire et vision de long terme, le budget 2026 apparaît désormais comme un test majeur de crédibilité pour l’État français.
