- Deux semaines après l’ouverture de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité et le fonctionnement de l’audiovisuel public, la PDG de Radio France, Sibyle Veil, a été longuement auditionnée.
- Pendant quatre heures, elle a répondu aux interrogations des députés, notamment sur le pluralisme de France Inter et l’affaire Thomas Legrand.
Sous l’interrogation soutenue des députés, la dirigeante du groupe public a contesté les accusations de partialité formulées à l’encontre des antennes de Radio France. Elle a pointé « une distorsion » entre l’activité réelle des rédactions et l’image relayée par plusieurs responsables politiques
Face au rapporteur Charles Alloncle (Union des droites pour la République), au président Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) et aux députés de la commission, Sibyle Veil a ouvert l’audition en regrettant le climat de suspicion entourant le service public.
« Je constate une distorsion entre la réalité de ce que nous produisons tous les jours et l’image qui est envoyée en ce moment de l’audiovisuel public », a-t-elle indiqué
L’affaire a été déclenchée en septembre, après la diffusion d’extraits d’une conversation enregistrée à leur insu entre les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen et des responsables du Parti socialiste. Ces images avaient conduit Éric Ciotti, président du groupe UDR, à réclamer la création de cette commission.
Interrogée longuement sur cet épisode, la PDG a dénoncé les interprétations excessives : « On a fait dire beaucoup de choses à cette vidéo, mais le soupçon de complot politique, avouez-le avec moi, ne tient pas », a-t-elle assuré, évoquant « l’émoi » et les « fantasmes » suscités.
Elle a également précisé le statut de Thomas Legrand au sein de Radio France : « Il a démissionné de la rédaction de France Inter en 2022. Depuis, il a eu différents types de contrats de grille (…) Depuis le 31 août, il n’a plus de contrat. »
Sibyle Veil est revenue sur, selon elle, les idées reçues sur l’influence supposée de Thomas Legrand sur la ligne éditoriale de France Inter : « On ne peut pas dire que Thomas Legrand emportait France Inter, sa ligne éditoriale… ce n’est pas exact. »
Pour elle, une confusion persistante a entretenu de fausses perceptions : « Cette confusion a été beaucoup entretenue, laissant croire que Thomas Legrand pouvait avoir une influence sur la ligne éditoriale de France Inter. »
Patrick Cohen, un « silence » qui ne dit rien
Autre point de crispation : la présence de Patrick Cohen sur la vidéo controversée. Sur ce point, la PDG a été catégorique : « Dans cette vidéo, il ne dit rien, il ne souscrit pas aux propos de Thomas Legrand, il est silencieux. Il n’y a pas de raison de tirer de cette vidéo autre chose que ce silence. »
Radio France a toutefois vérifié l’ensemble des chroniques du journaliste pour l’année 2025 : « Aucune n’a attesté que Patrick Cohen essaierait… d’avoir une démarche nocive quelconque. »
Pluralisme : France Inter accusée, Sibyle Veil réplique
Le rapporteur Charles Alloncle a appuyé son interrogation sur deux études pointant une supposée surreprésentation de la gauche dans l’audience et les chroniques de France Inter. Selon un sondage Ifop cité pour Marianne, « 70 % des auditeurs de France Inter ont voté à gauche », tandis qu’une analyse publiée par Le Figaro considérerait 60 % des chroniques comme orientées à gauche.
Le député a alors appuyé ses critiques, estimant qu’« une coloration politique très marquée » imprégnerait l’antenne, évoquant même une « domination socialiste ou macroniste ». La PDG a fermement réfuté ces accusations : « France Inter n’est ni de droite ni de gauche », a-t-elle assuré.
Pour répondre aux critiques, Sibyle Veil a annoncé le lancement d’un outil interne inédit : un « baromètre du pluralisme », destiné à mesurer la diversité des invités et des thématiques.
La première version sera publiée vendredi. Elle offrira, selon la dirigeante, « une vision sur un mois complet de la diversité des invités et des thèmes traités ».
« Nous pouvons voir s’il y a une faille… et montrer si l’équilibre a été présent ou pas », a-t-elle expliqué, assurant vouloir « sortir d’une appréciation polarisée ».
Intelligence artificielle : un risque de désinformation
Interrogée sur l’impact de l’IA dans les médias, Sibyle Veil a alerté sur un danger croissant : « Il y a un risque aujourd’hui qu’elle facilite la désinformation. »
Elle a toutefois rappelé la volonté de Radio France d’utiliser ces outils dans un cadre responsable. « Nous voulons en faire un outil au service de la lutte pour l’information et pour l’information de confiance », a-t-elle déclaré.
« S’il y a bien une grande cause nationale derrière laquelle nous devrions tous nous retrouver, c’est la lutte contre la désinformation permise par l’expansion de ces outils d’intelligence artificielle », ajoute-elle.
Vers des propositions “radicales” sur l’avenir de l’audiovisuel public
En arrière-plan, certains élus soupçonnent une partie de la commission, notamment à l’extrême droite, de vouloir orienter ses travaux vers une remise en cause profonde de l’audiovisuel public, voire sa privatisation. Le rapporteur Charles Alloncle a déjà promis des « pistes radicales » dans le rapport final attendu au printemps.
Les conclusions de cette commission pourraient ainsi peser lourd dans les débats à venir sur l’avenir du service public audiovi
