- L’économie française a finalement basculé dans le rouge au premier trimestre, avec un PIB en recul de 0,1%, selon les résultats détaillés publiés par l’Insee.
- Entre consommation en baisse, investissement en repli et commerce extérieur dégradé, le gouvernement dit rester « vigilant, sans céder à l’alarmisme ».
Mauvaise surprise pour l’économie française. Le produit intérieur brut (PIB) a reculé de 0,1% au premier trimestre, a indiqué vendredi l’Insee dans ses résultats détaillés. L’institut avait initialement annoncé une croissance nulle sur la période allant de janvier à mars.
Cette révision confirme un ralentissement plus marqué qu’anticipé, dans un contexte économique fragilisé par plusieurs facteurs conjoncturels, dont l’adoption tardive du budget et les tensions géopolitiques liées au déclenchement de la guerre au Moyen-Orient à partir du 28 février.
Consommation et investissement en retrait
La demande intérieure a pesé sur l’activité. La consommation des ménages a diminué de 0,2% au premier trimestre, avec un repli particulièrement marqué de la consommation de biens, en baisse de 0,7%, sous l’effet notamment d’un recul de la consommation d’énergie. À l’inverse, la consommation de services a progressé de 0,2%.
L’investissement a également reculé de 0,6%, tiré vers le bas par la construction, en baisse de 1,7%. Au total, la demande intérieure hors stocks a contribué négativement à la croissance, à hauteur de -0,2 point.
Le commerce extérieur pénalise fortement le PIB
Autre facteur de fragilité : le commerce extérieur. Les exportations françaises ont fortement reculé, de 3,5%, en raison notamment d’une baisse des exportations d’avions. Les importations ont elles aussi diminué, mais dans une moindre mesure, de 0,9%.
Résultat : la contribution du commerce extérieur à l’évolution du PIB ressort nettement négative, à -0,9 point. Seules les variations de stocks ont permis d’atténuer la baisse de l’activité, avec une contribution positive de +1 point.
Épargne élevée et marges d’entreprises sous pression
Les données publiées par l’Insee montrent également une hausse du taux d’épargne des ménages, déjà élevé en France. Celui-ci est passé de 17,7% à 17,9%, un signal peu favorable pour la consommation à venir.
Du côté des entreprises, le taux de marge s’est nettement replié au premier trimestre, à 31,7% de leur valeur ajoutée, contre 32,5%au trimestre précédent. Une évolution qui traduit une pression accrue sur les comptes des entreprises dans un environnement économique moins porteur.
Inflation : l’énergie ravive la hausse des prix
Parallèlement, l’inflation a accéléré en mai, passant de 2,2% en avril à 2,4%, selon l’Insee. Cette progression s’explique principalement par la hausse des prix de l’énergie, portée notamment par l’augmentation des prix du gaz. Sur un an, l’énergie aurait progressé de 16,8%.
La hausse des prix reste toutefois contenue dans les autres secteurs. L’inflation alimentaire demeure faible, à 1,2% en mai, ce qui limite pour l’heure le risque d’une diffusion généralisée de la hausse des prix.
Le gouvernement appelle à la vigilance
Face à ces indicateurs dégradés, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a cherché à temporiser. « L’inflation progresse à 2,4% en mai, tout en demeurant limitée et globalement contenue, notamment par rapport à nos voisins européens », a-t-il déclaré.
Concernant la croissance, le ministre a reconnu un passage à vide : « La croissance affiche un repli au premier trimestre, à -0,1%, sous l’effet de plusieurs vents contraires conjoncturels et de l’adoption tardive du budget, qui a pu entraîner une forme d’attentisme chez certains acteurs économiques. »
« Restons vigilants, sans céder à l’alarmisme », a-t-il ajouté.
Une économie française en zone de fragilité
Cette contraction du PIB, même limitée, intervient à un moment délicat pour l’économie française. Le recul de la consommation, la faiblesse de l’investissement et la dégradation du commerce extérieur dessinent un tableau plus fragile que prévu.
Si les variations de stocks ont permis d’éviter une baisse plus marquée de l’activité, les indicateurs publiés par l’Insee confirment que la trajectoire économique reste incertaine. La capacité de la consommation à repartir, dans un contexte d’épargne élevée et d’inflation énergétique, sera déterminante pour les prochains trimestres.
