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Budget 2026 : l’échec du conclave parlementaire entraîne une loi spéciale et fait peser le risque d’un déficit au-delà de 5 %

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  • Le budget 2026 de l’État français se retrouve dans l’impasse après l’échec des négociations entre députés et sénateurs.
  • Sous la menace d’un déficit au-delà de 5 % du PIB, l’exécutif se prépare à recourir à une loi spéciale, tandis que Banque de France et Cour des comptes multiplient les mises en garde.

   À quelques jours de la fin de l’année, la France risque de démarrer 2026 sans loi de finances votée, un scénario inédit et lourd de conséquences politiques et économiques. Alors que la commission mixte paritaire a échoué, la perspective d’une loi spéciale inquiète les gardiens des comptes publics, qui alertent sur un “étouffement budgétaire” et une dette toujours plus coûteuse.

Une commission mixte paritaire dans l’impasse

À peine commencé, déjà terminé. Le conclave budgétaire réunissant députés et sénateurs a échoué. Les sept députés et sept sénateurs chargés, vendredi 19 décembre, de trouver un compromis en commission mixte paritaire (CMP) sur le projet de loi de finances ne sont pas parvenus à s’entendre.

« La commission mixte paritaire réunie ce jour n’est pas conclusive », a annoncé dans un communiqué Philippe Juvin, rapporteur général de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Ce désaccord rend de facto impossible l’adoption d’un budget pour l’État avant le 31 décembre.

Face à cette impasse, Matignon prépare déjà la suite. « Je réunirai, à partir de lundi, les principaux responsables politiques pour les consulter sur la marche à suivre pour protéger les Français et trouver les conditions d’une solution », a déclaré le Premier ministre, Sébastien Lecornu, sur X.

La droite accusée de « bloquer le pays »

L’échec de la CMP a immédiatement déclenché une salve de réactions politiques. Sur X, le Premier secrétaire du Parti socialiste a accusé la droite sénatoriale de faire le « choix de bloquer le pays ».

Selon lui, « la droite sénatoriale a depuis le départ écarté toute possibilité de compromis sur le budget de l’État. (…) Pour notre part, nous continuerons, comme nous l’avons fait sur le budget de la sécurité sociale, à refuser les postures », a assuré le député de Seine-et-Marne.

Ce bras de fer entre la droite sénatoriale, la majorité et la gauche se joue sur fond d’urgence budgétaire, alors que le gouvernement martèle la nécessité de maintenir la trajectoire des finances publiques et de contenir le déficit.

Une loi spéciale pour éviter le vide budgétaire

L’échec du conclave rend désormais très probable le dépôt d’une loi spéciale. Celle-ci permettra de continuer à percevoir les impôts déjà en vigueur et de financer les services publics essentiels, évitant à l’État de se retrouver sans cadre budgétaire au 1ᵉʳjanvier.

Mais cette solution est loin de faire consensus. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, s’y montre ouvertement opposé. Invité de France Inter, il a rappelé qu’il fallait avant tout « un budget », estimant qu’une telle loi « ne fait aucun choix, et elle nous conduirait à un déficit nettement supérieur à ce qui est souhaitable ».

Quelques jours plus tôt, le ministre de l’Économie avait lui aussi mis en garde contre un dérapage des comptes publics, soulignant que « 5,3 % [de déficit], ça ne passe pas ».

Déficit au-delà de 5 % : « la France se mettrait en danger »

Pour 2025, le déficit est désormais estimé à 5,4 % du PIB. Une trajectoire qui s’éloigne des objectifs initialement affichés. François Villeroy de Galhau reconnaît qu’un déficit à 4,8 % en 2026 « aurait été un bon début », mais juge que « ce n’est plus atteignable au vu du débat parlementaire ».

Le gouverneur évoque une véritable « frontière » autour des 5 % de déficit. « Au-delà, la France se mettrait en danger », prévient-il, appelant à « d’abord regarder les dépenses », qui seraient aujourd’hui « supérieures de neuf points de PIB à celles de nos voisins ».

« Il faut absolument être à 3% dans quatre ans. C’est l’engagement européen que nous avons pris, mais c’est surtout le niveau de déficit à partir duquel la dette commence à reculer en proportion du PIB », martèle -t-il.

 Le spectre d’un « étouffement budgétaire »

Au-delà du seul exercice 2025, la question de la soutenabilité de la dette française devient centrale. François Villeroy de Galhau alerte sur le risque d’« étouffement budgétaire », notamment sous l’effet de la remontée des taux.

« Chaque année les intérêts que nous devons payer sur la dette nous coûtent 7 milliards d’euros de plus », rappelle-t-il, décrivant une dynamique où une part croissante des recettes publiques est absorbée par le service de la dette.

S’il salue l’adoption du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), qu’il qualifie de « bonne nouvelle », le gouverneur regrette le manque « d’économies sur les dépenses de santé de confort » et déplore la charge transmise aux générations futures.

« D’habitude les parents ou les grands-parents aident leurs enfants. Là, collectivement, nous sommes en train de faire l’inverse : on leur transmet une charge supplémentaire », déplore -t-il

La Cour des comptes sonne l’alarme à son tour

La Cour des comptes partage ce diagnostic préoccupant. Jeudi, son président Pierre Moscovici s’est montré particulièrement sceptique sur l’avenir des finances publiques françaises.

« Pour la deuxième fois en deux ans, la France risque de ne pas avoir de PLF (projet de loi de finances, NDLR) avant la fin de l’année », a-t-il mis en garde, soulignant le caractère désormais récurrent de cette situation de blocage.

Et de prévenir : « Nous verrons si nous pouvons atteindre les 5% pour rester dans les clous (…) mais ça ne paraît pas très bien parti. » Une manière de rappeler que la crédibilité de la trajectoire budgétaire française se joue aussi sur la scène européenne, où la discipline des comptes publics reste un critère central.

Un triple défi pour l’exécutif

Entre crise politique, urgence budgétaire et contraintes européennes, l’exécutif se retrouve face à un triple défi. La loi spéciale, si elle est déposée, offrira une solution transitoire pour financer l’État, mais « ne fait aucun choix », comme le regrette le gouverneur de la Banque de France. L’échec du conclave parlementaire ne clôt pas le débat, il ouvre au contraire une séquence à haut risque pour la crédibilité des finances publiques françaises.

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