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Sanctions américaines contre Thierry Breton : Macron dénonce une atteinte à la souveraineté numérique européenne

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  • Les États-Unis ont annoncé des sanctions sous la forme d’une interdiction de séjour visant cinq personnalités européennes dont l’ancien commissaire européen Thierry Breton.
  • Emmanuel Macron, le gouvernement et la Commission européenne ont dénoncé une mesure d’« intimidation » et réaffirmé le droit souverain de l’Union européenne à réglementer le numérique.

L’administration Trump a annoncé des sanctions sous la forme d’une interdiction de séjour aux États-Unis contre cinq personnalités européennes engagées pour une stricte régulation de la tech et contre la désinformation en ligne. Parmi elles figure l’ancien commissaire européen au Marché intérieur, le Français Thierry Breton, cible emblématique d’une confrontation grandissante entre Washington et Bruxelles sur la régulation des plateformes.

Commissaire au Marché intérieur de 2019 à 2024, Thierry Bretonavait été l’un des architectes du Digital Services Act (DSA), texte européen qui impose aux grandes plateformes des obligations de transparence et de gestion des contenus, comme le signalement de contenus problématiques. Une régulation jugée, côté américain, comme une atteinte à la liberté d’expression.

Visé par la sanction, l’ancien commissaire a dénoncé un « vent de maccarthysme », accusant les États-Unis de chercher à faire taire ceux qui défendent des règles plus strictes face aux grandes entreprises du numérique.

Macron dénonce « l’intimidation » et promet de « protéger les Européens »

Ce mercredi 24 décembre, Emmanuel Macron a dénoncé sur X une atteinte à « la souveraineté numérique européenne ». 

 « La France dénonce les décisions de restriction de visa prises par les États-Unis à l’encontre de Thierry Breton et de quatre autres personnalités européennes. Ces mesures relèvent de l’intimidation et de la coercition à l’encontre de la souveraineté numérique européenne« , a écrit le chef de l’État.

Le président a ensuite indiqué s’être entretenu avec Thierry Breton, le « remerciant pour sa contribution significative au service de l’Europe ». Et d’ajouter, dans un message qui sonne comme un avertissement : « Nous résisterons fermement aux pressions et protégerons les Européens ».

Le gouvernement français dénonce « avec la plus grande fermeté »

Avant même la publication du chef de l’État, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait déjà dénoncé « avec la plus grande fermeté » la mesure annoncée par le département d’État américain.

De son côté, le ministre de l’Économie Roland Lescure a rappelé le fondement démocratique de la régulation européenne : « Ce cadre européen de régulation du numérique a été adopté démocratiquement pour garantir des règles claires, équitables et protectrices pour les citoyens comme pour les entreprises. Il s’inscrit strictement dans le champ de compétence européen et ne vise aucun pays tiers », a-t-il souligné sur Bluesky, concurrent de X.

Bruxelles affiche sa solidarité et réclame des « éclaircissements »

 Au niveau européen, l’exécutif communautaire a affiché un front uni. Le commissaire européen Stéphane Séjourné a apporté son soutien à Thierry Breton et aux autres personnalités visées : « Mon prédécesseur Thierry Breton a agi pour l’intérêt général européen, fidèle au mandat donné par les électeurs en 2019. Aucune sanction ne fera taire la souveraineté des peuples européens. Solidarité totale avec lui et tous les Européens concernés », a-t-il écrit sur X dans la nuit de mardi à mercredi.

Dans un communiqué, la Commission européenne a également condamné la décision américaine, tout en rappelant un terrain de principes communs : la liberté d’expression, évoquée comme un « droit fondamental » que l’Europe partage avec son allié américain. Mais Bruxelles insiste sur son autonomie réglementaire : « L’UE est un marché unique ouvert, fondé sur des règles, et doté du droit souverain de réglementer l’activité économique conformément à nos valeurs démocratiques et à nos engagements internationaux », peut-on lire. La Commission précise avoir demandé des « éclaircissements » aux autorités américaines.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a de son côté rappelé sur X que « la liberté d’expression est le fondement de notre démocratie européenne forte et dynamique » et que la Commission européenne est « la gardienne de (ces) valeurs ».

Un bras de fer autour du DSA et de la régulation des plateformes

En filigrane, cette affaire met en lumière une fracture : d’un côté, l’Union européenne défend son modèle de régulation des plateformes, présenté comme nécessaire face à la désinformation et aux abus en ligne ; de l’autre, les États-Unis dénoncent une atteinte à la liberté d’expression.

En visant des personnalités européennes associées à cette politique, Washington transforme le débat réglementaire en rapport de force diplomatique. Et, à Paris comme à Bruxelles, la riposte est claire : la régulation du numérique et l’application du DSA relèvent d’un choix souverain — et l’Union entend le faire respecter.

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