- L’État égyptien entend couper court aux rumeurs persistantes de cession des usines publiques de filature et de tissage.
- Dans un communiqué publié jeudi 25 décembre, le Conseil des ministres affirme que le gouvernement maintient le cap d’une relance industrielle d’ampleur nationale.
Pas de vente, pas de désengagement : le pouvoir assure vouloir garder la main sur ses actifs textiles tout en accélérant un chantier colossal de modernisation. Derrière les milliards investis et la promesse d’un « leadership mondial », les tensions sociales, les grèves et l’érosion du pouvoir d’achat rappellent que la transformation du secteur se joue aussi sur le terrain.
Le Conseil des ministres a réagi pour clarifier la position de l’État, après des spéculations sur une possible cession des usines nationales de filature et de tissage, alors même que plusieurs milliards de livres ont été engagés ces dernières années pour leur développement.
Le communiqué est explicite : l’État ne se retire pas. Au contraire, il affirme vouloir « conserver la pleine propriété de ses actifs tout en finalisant un plan de modernisation sans précédent, financé à hauteur de plusieurs milliards de livres égyptiennes».
Présenté comme un projet structurant, le programme se traduit, selon le gouvernement, par une transformation profonde touchant environ 60 usines et bâtiments administratifs à travers le pays renfermant des projets de modernisation et de réhabilitation.
« Ces réalisations s’appuient sur les technologies les plus récentes et les normes de qualité internationales les plus strictes, sans aucune cession de propriété ni vente », souligne le communiqué.
Le ministère du Secteur public des affaires précise que le plan est mis en œuvre par la société holding pour le coton, le filage, le tissage et l’habillement, affiliée au ministère. Le périmètre est vaste : sept gouvernorats, pour une superficie totale proche d’un million de m².
Sept entreprises au cœur du dispositif
Le projet s’articule autour de sept grands ensembles industriels : Misr Spinning and Weaving à El-Mahalla El-Kubra, Misr Spinning, Weaving and Dyeing (Al-Beida) à Kafr El-Dawar, Misr Shebin El-Kom, Dakahlia, Damiette, Upper Egypt Spinning and Weaving à Minya, et Helwan Spinning and Weaving.
Objectif du gouvernement est de consolider la filière publique tout en la rendant compétitive, dans un contexte de concurrence internationale accrue et d’enjeux d’exportation.
La relance de culture du coton : surfaces et production en hausse
La modernisation industrielle s’inscrit dans une stratégie plus large de revitalisation de la filière textile, incluant l’amont agricole. En mars 2024, l’Égypte a déployé une stratégie ambitieuse pour relancer l’industrie. Selon un rapport du Conseil ministériel égyptien, la culture du coton a progressé, « passant de 907 millions de mètres carrés en 2017/2018 à 945 millions de mètres carrés en 2023/2024, soit une hausse de 17,7 % ».
La production a suivi la même tendance : « 1,8 million de quintaux en 2023/2024, contre 1,4 million de quintaux en 2017/2018, marquant une augmentation de 28,6 % ».
Modernisation vs pouvoir d’achat : la fracture sociale reste ouverte
Le secteur textile public a souvent été secoué par des crises financières et des mouvements sociaux. En février 2024, environ 3 700 ouvrières de l’entreprise historique Ghazl Al-Mahalla, fondée en 1927 et pilier industriel du pays, ont déclenché une grève pour dénoncer leur exclusion de la hausse du salaire minimum à 6 000 livres égyptiennes (soit près de 110 euros) décidée par l’État.
Alors que le gouvernement investit massivement dans l’outil de production, de nombreux salariés du secteur public des affaires disent se sentir laissés de côté, notamment dans un contexte d’inflation dépassant les 35 %. La mobilisation, marquée par une forte présence féminine et une absence initiale de négociation, met en lumière une tension durable : derrière les projets de « leadership mondial » et l’émergence de complexes industriels de pointe, la question du pouvoir d’achat et de la reconnaissance du statut ouvrier demeure explosive.
31 milliards de livres et sept nouvelles usines annoncées
Pour répondre aux revendications et accélérer la dynamique industrielle, le ministère du Secteur public a annoncé le lancement de sept nouvelles usines pour un coût total de 31 milliards de livres égyptiennes, soit environ 558 millions d’euros.
Le gouvernement insiste toutefois sur le fait que ces investissements ne signifient pas privatisation. Le communiqué affirme que la stratégie privilégie un modèle de coopération avec le secteur privé, avec des partenariats proposés sous diverses formes, notamment pour la gestion et l’exploitation des sites modernisés.
L’objectif est « d’optimiser l’utilisation des actifs, d’accroître la valeur ajoutée et de renforcer la compétitivité des produits égyptiens sur les marchés internationaux », selon le communiqué.
Un pari stratégique sur l’export et la montée en gamme
Les autorités revendiquent une vision industrielle inscrite dans le temps long. L’objectif affiché est de « revitaliser ce secteur vital » et de « restaurer le leadership de l’Égypte dans l’industrie du textile », à travers un programme présenté comme structurant pour l’économie nationale.
Selon le communiqué, cette stratégie vise à opérer « un bond sans précédent des capacités de production », tout en cherchant à « attirer davantage d’investissements » et à « stimuler les exportations », le textile étant considéré comme l’un des piliers stratégiques du développement économique du pays.
