- Donald Trump a ravivé les tensions transatlantiques en brandissant la menace de tarifs punitifs autour du Groenland.
- À Bruxelles, les Vingt-Sept répondent par une ligne de fermeté et de solidarité avec le Danemark, tout en saluant la volte-face américaine.
Après cinq jours de tensions diplomatiques, l’Union européenne affiche sa solidarité avec le Danemark et le Groenland, salue la volte-face du président américain et se prépare à riposter si Washington revenait à la menace. À la clé : la sécurité dans l’Arctique, la stabilité commerciale et une Europe appelée à renforcer son indépendance.
L’état des relations entre l’UE et les États-Unis s’est invité au cœur d’un sommet extraordinaire de dirigeants à Bruxelles. En toile de fond : la séquence ouverte par Donald Trump, accusé d’avoir fragilisé l’alliance transatlantique en menaçant de s’emparer du Groenland au moyen de tarifs douaniers punitifs.
Le ton est monté d’un cran, avant un retournement spectaculaire. Mercredi, Donald Trump a soudainement fait marche arrière, optant plutôt pour un accord à long terme sur la sécurité dans l’Arctique négocié par le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte.
António Costa : « des relations cordiales et respectueuses »
Jeudi soir, à l’issue de la réunion, le président du Conseil européen a voulu graver dans le marbre la position des Vingt-Sept : pas de partenariat durable sans respect mutuel — et pas d’acceptation des pressions économiques comme instrument politique.
« Nous pensons que les relations entre partenaires et alliés doivent être gérées de manière cordiale et respectueuse », a déclaré António Costa, président du Conseil européen, jeudi soir, à l’issue d’un sommet extraordinaire à Bruxelles.
« L’Union européenne continuera à défendre ses intérêts et se défendra, ainsi que ses États membres, ses citoyens et ses entreprises, contre toute forme de coercition. Elle a le pouvoir et les outils pour le faire et le fera si nécessaire », affirme -t-il.
Le dirigeant européen a également insisté sur le cap recherché à court terme : éviter l’escalade tout en stabilisant le volet économique des relations transatlantiques. « L’objectif reste la stabilisation effective des relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis», a assuré Antonio Costa.
Ursula von der Leyen : unité, fermeté et stratégie économique
La présidente de la Commission européenne a, elle aussi, revendiqué une victoire politique : celle d’avoir tenu une ligne collective face aux revendications américaines, sans surenchère publique. Ursula von der Leyen a déclaré que le bloc avait « réussi » à repousser les revendications territoriales de Donald Trump en se montrant « ferme, sans escalade et surtout très uni« .
Mais le message ne s’est pas limité au Groenland. Ursula Von der Leyen a ensuite appelé l’UE à renforcer son « pouvoir économique », à diversifier ses chaînes d’approvisionnement et à devenir plus indépendante vis-à-vis des États-Unis. « Cela ne se fera pas du jour au lendemain », a-t-elle déclaré. « C’est un travail difficile. »
En filigrane, une lecture partagée à Bruxelles : l’épisode du Groenland met en lumière les fragilités européennes et renforce l’idée d’une souveraineté économique à accélérer.
Le président français a adopté un ton à la fois apaisant et résolu à son arrivée au sommet. « Les choses rentrent dans le calme et il faut s’en féliciter », a dit Emmanuel Macron. Mais, a-t-il ajouté, l’Union n’entend pas baisser la garde.
« Nous restons extrêmement vigilants et prêts à utiliser les instruments qui sont les nôtres si on était à nouveau sous le coup de menaces« , a dit Emmanuel Macron aux journalistes.
Une riposte européenne déjà préparée contre la coercition
Avant la volte-face de Donald Trump, la Commission avait commencé à se préparer à riposter à Washington si la menace des droits de douane se concrétisait. Parmi les options envisagées figurait l’activation, pour la première fois, de l’instrument de lutte contre la coercition, qui confère une large autorité pour cibler simultanément plusieurs secteurs de l’économie, tels que les services, les flux d’investissement, les marchés publics et la propriété intellectuelle.
Cette boîte à outils, rarement évoquée publiquement jusque-là, illustre la nouvelle doctrine européenne : dissuader, protéger et, si nécessaire, frapper de manière ciblée plutôt que symbolique.
