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Face aux « menaces » commerciales américaines, Emmanuel Macron réclame une « préférence européenne » pour protéger l’industrie de l’UE

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  • Dans un entretien publié mardi 10 février par plusieurs titres européens, Emmanuel Macron avertit que les pressions commerciales des États-Unis ne sont pas « finies ».
  • Le président français appelle l’Union européenne à renforcer sa compétitivité et à instaurer une « préférence européenne » dans des secteurs stratégiques, faute de quoi « les Européens en seront balayés ».

   Emmanuel Macron sonne l’alarme. Le président de la République estime que les « menaces » commerciales et les « intimidations » des États-Unis ne sont pas « finies » et que l’Union européenne risque gros si elle ne se dote pas d’outils de protection et de souveraineté économique. Dans un entretien publié mardi 10 février par plusieurs journaux européens, dont Le Monde, The Economist et la Süddeutsche Zeitung, il met en garde contre un relâchement de vigilance des capitales européennes.

Le chef de l’État dénonce ainsi « une forme de lâche soulagement » chez les dirigeants de l’UE « au sortir du pic de la crise » avec Donald Trump. Pour Emmanuel Macron, les reculs ponctuels de Washington ne doivent pas tromper :

 « Il y a les menaces et les intimidations. Et puis, d’un seul coup, Washington recule. Et on pense que c’est fini. Mais n’y croyez pas une seule seconde. Chaque jour, les menaces sur la pharmacie, le numérique… », affirme-t-il.

« Ne pas courber l’échine » : la ligne de fermeté face aux pressions

Emmanuel Macron plaide pour une posture assumée de fermeté. « Quand il y a une agression caractérisée », insiste-t-il, « nous ne devons pas courber l’échine ou essayer de trouver un arrangement ». Le président tranche avec une stratégie d’apaisement qu’il juge inefficace. « On a essayé cette stratégie pendant des mois, elle n’est pas payante. Mais surtout, elle conduit stratégiquement l’Europe à accroître sa dépendance », estime-t-il.

Selon le président, face à des rapports de force commerciaux, l’Europe ne peut pas se contenter d’ajustements à la marge. Elle doit, selon lui, se préparer à une conflictualité durable — notamment sur des filières sensibles comme la pharmacie ou le numérique, explicitement citées dans l’entretien.

Compétitivité et industrie : simplifier, renforcer, diversifier

Cette prise de parole intervient alors que des rencontres de dirigeants européens sur la compétitivité et l’industrie sont attendues cette semaine. Emmanuel Macron y voit l’occasion d’accélérer plusieurs chantiers qu’il juge décisifs : « la simplification », « l’approfondissement du marché intérieur » de l’UE, mais aussi la « diversification » des partenariats commerciaux.

L’objectif, selon l’Élysée, est double : réduire les lourdeurs réglementaires qui freinent l’investissement et éviter une dépendance excessive à un nombre limité de partenaires. Une stratégie de diversification qui s’inscrit dans un contexte de rivalités accrues entre grandes puissances et de compétition industrielle mondiale.

La « préférence européenne », sans « être protectionniste »

Le cœur de la proposition présidentielle tient en une formule : protéger les capacités industrielles européennes tout en évitant l’isolement. Emmanuel Macron appelle à « protéger notre industrie » sans « être protectionniste », en instituant une « préférence européenne » sur « certains secteurs stratégiques, comme les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile ou la défense, sinon les Européens en seront balayés ».

Cette notion de « préférence européenne » renvoie à l’idée de réserver — au moins en partie — les commandes, standards ou soutiens publics aux acteurs européens dans des filières jugées critiques. Le président rappelle qu’il porte cette proposition « de longue date » et souligne que la Commission européenne a formulé, lundi, des orientations « similaires ».

Autre axe majeur : le financement. Emmanuel Macron relance l’idée d’un endettement commun européen, défendu par la France depuis des années mais longtemps repoussé par plusieurs États membres, avec de rares exceptions — notamment pendant la crise du Covid-19.

L’enjeu financier est massif : le président évalue les besoins d’investissement publics et privés dans l’Union européenne à 1 200 milliards d’euros par an. Une estimation qui vise à mesurer l’effort nécessaire pour soutenir l’industrie, accélérer la transition énergétique, investir dans les technologies de pointe et sécuriser des chaînes d’approvisionnement devenues stratégiques.

Le SCAF, un « bon projet » pour remplacer Rafale et Eurofighter d’ici 2040

Enfin, Emmanuel Macron a défendu le projet de futur avion de combat européen (SCAF), qu’il qualifie de « bon projet ». Issu de la coopération militaire franco-allemande, cet appareil doit remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d’ici à 2040.

Dans un contexte de retour des tensions géopolitiques et de réarmement en Europe, le SCAF est présenté comme un symbole de souveraineté et de coopération industrielle, mais aussi comme un test politique : celui de la capacité des Européens à bâtir ensemble des programmes technologiques majeurs sur le long terme.

 

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