- Les exportations de cosmétiques français marquent le pas en 2025, à contre-courant d’un secteur habitué à croître d’environ 1,5 milliard d’euros par an.
- En cause : un décrochage spectaculaire vers les États-Unis (-19%) après de nouveaux droits de douane.
- La Febea alerte sur une fragilisation de la filière, tout en misant sur l’Inde.
Le moteur export de la cosmétique française cale. Selon des informations obtenues par France Inter auprès de la Fédération des entreprises de la beauté (Febea), les exportations de cosmétiques français stagnent en 2025 par rapport à 2024. Dans le détail, la France a réalisé 22,4 milliards d’euros d’exportations l’an dernier, en baisse de 0,1% sur un an, d’après cette même source s’appuyant sur les chiffres des douanes françaises.
Une quasi-stabilité qui sonne comme une rupture pour un secteur jusqu’ici porté par une dynamique régulière. Les professionnels joints par France Inter parlent d’« un repli » “que l’on n’avait pas observé depuis 2008 et la crise des subprimes”.
Les États-Unis décrochent : -19% après les droits de douane
C’est outre-Atlantique que le choc est le plus net. Les exportations vers les États-Unis ont reculé de 19% l’an dernier, après l’instauration de droits de douane par Donald Trump. Le secteur “a clairement senti la secousse”, d’autant que 15% de la production française est exportée vers ce marché stratégique.
Dans le sillage de ces tensions commerciales, plusieurs catégories iconiques — rouge à lèvres, masques anti-âge, vernis à ongles — pâtissent directement du durcissement des échanges. « Clairement, ça nous fragilise », tranche Emmanuel Guichard, délégué général de la Febea. Et de rappeler un chiffre qui mesure l’enjeu industriel : 300 000 personnes travaillent en France dans l’industrie cosmétique.
Face à la baisse américaine, la recherche de nouveaux débouchés s’impose. Mais tous les accords ne se traduisent pas par des gains immédiats. Pour la Febea, la piste du Mercosur ne répond pas à l’urgence. L’accord de libre-échange conclu avec les pays latino-américains ne présente « pas d’avantages très importants pour la cosmétique », estime Emmanuel Guichard, pointant une limite majeure : « par exemple il n’y a pas de baisse de droits de douanes sur le parfum ».
Un frein de taille pour l’un des fleurons de la filière française, alors même que le parfum occupe une place centrale dans la stratégie des marques et dans l’image de la France à l’étranger.
L’Inde, nouvel espoir de croissance… sous condition réglementaire
À l’inverse, un marché retient l’attention : l’Inde. « Par contre, on a sûrement des opportunités fortes de croissance en Inde dans les années qui viennent », assure Emmanuel Guichard. Un optimisme renforcé par la conclusion, fin janvier, d’un ambitieux accord de libre-échange entre l’Inde et l’Union européenne.
Mais le patron de la Febea pose une condition : un réexamen de certaines normes européennes, jugées coûteuses à court terme. Il cite notamment l’objectif de recyclabilité imposé à l’horizon 2030 : « Par exemple, en 2030, tous les emballages de palettes de maquillage ou de tubes de rouge à lèvre doivent être recyclables. Cet objectif va représenter un surcoût absolument majeur pour l’industrie ». Avant d’alerter sur le risque de fragiliser davantage une filière déjà sous pression :
“dans cette période de doute, il est important qu’on puisse compter sur la compréhension en France ou au niveau européen”.
Ces messages ont été portés cette semaine lors d’un rendez-vous régulier entre les professionnels et les services de Bercy. Car malgré l’arrêt de la progression à l’export, la cosmétique conserve un rôle macroéconomique de premier plan : elle reste le deuxième contributeur de la balance commerciale française, avec un solde excédentaire d’environ 17 milliards d’euros.
Parfum : la flambée des prix confirme la montée en luxe
Pendant que l’export ralentit, le parfum s’affirme comme un produit de plus en plus statutaire. En 2025, plus de 3 000 nouveaux parfums ont été lancés et l’Europe demeure le premier marché mondial. Mais la tendance la plus visible se joue sur les prix : les tarifs des flacons augmentent, au point de renforcer l’idée d’un parfum devenu symbole de luxe.
“Le parfum est-il devenu un objet de luxe ?” La question se pose d’autant plus que certains flacons atteignent 600 euros. Selon une étude de Circana citée par BFM, en 2023, les parfums haut de gamme ont progressé de 12%, tirés notamment par les parfums de niche, les eaux de parfum très concentrées, les extraits et les marques confidentielles. Et même les références dites “commerciales”, adossées à des maisons connues du grand public, suivent la même pente.
Dior, Chanel, Lancôme : des best-sellers en hausse… sans faire fuir les clients
Les exemples parlent d’eux-mêmes : Miss Dior a augmenté de 29% en six ans, le N°5 de Chanel a bondi de 32%, tandis que La Vie est Belle de Lancôme a augmenté de 20%. Malgré ces hausses, le marché reste porteur. Il pourrait dépasser 121,2 milliards de dollars d’ici 2030, soit +46% par rapport à 2024.
Dans ce paysage, ce qui était un produit du quotidien lié à la beauté et à un certain savoir-vivre devient un marqueur de luxe. Et l’appétit des acteurs ne se limite plus aux parfumeurs historiques : “les marques de mode ont sauté dessus”, signe que le parfum est désormais un territoire clé pour construire une image, fidéliser — et valoriser.
