10.4 C
Paris
lundi, mars 23, 2026
AccueilActualitéConvocation ignorée : Jean-Noël Barrot limite l’accès de l’ambassadeur américain au gouvernement

Convocation ignorée : Jean-Noël Barrot limite l’accès de l’ambassadeur américain au gouvernement

Date:

  • Convoqué lundi 23 février au Quai d’Orsay après des commentaires de l’ambassade des États-Unis sur la mort de Quentin Deranque à Lyon, l’ambassadeur américain Charles Kushner ne s’est pas présenté.
  • En réaction, Jean-Noël Barrot a demandé qu’il ne puisse plus accéder directement aux membres du gouvernement français, tout en réclamant des explications et en laissant ouverte la voie à une reprise du dialogue.

   La réponse de Paris a été immédiate. Convoqué lundi 23 février au Quai d’Orsay, l’ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kushner, ne s’est pas présenté. Une absence qui a conduit le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à prendre une mesure inhabituelle : demander que l’ambassadeur « ne puisse plus accéder directement aux membres du gouvernement français ».

Mardi 24 février, sur franceinfo, le chef de la diplomatie a prévenu que cette non-présentation « affectera naturellement sa capacité à exercer sa mission dans notre pays » et a exigé « des explications ». I

« Quand on a l’honneur de représenter son pays en France, on respecte les usages de la diplomatie et on répond aux convocations du ministère des Affaires étrangères », a rappelé le chef de la diplomatie française

Dès dimanche, Jean-Noël Barrot avait annoncé la convocation sur France Info, France Inter et le Monde : « Nous allons convoquer l’ambassadeur des États-Unis en France, puisque l’ambassade des États-Unis en France a fait un commentaire sur ce drame (…) qui concerne la communauté nationale. »

Et d’ajouter : « Nous refusons toute instrumentalisation de ce drame (…) à des fins politiques », estimant que la France n’avait « aucune leçon, s’agissant de la violence en particulier, à recevoir de l’internationale réactionnaire ».

L’ancien commissaire européen et ex-ministre de l’Économie, Thierry Breton, a lui aussi publiquement critiqué l’attitude de l’ambassadeur, sur BFMTV–RMC. Selon lui, Charles Kushner préférerait « recevoir Jordan Bardella ou Marine Le Pen que Jean-Noël Barrot ». « C’est son choix », a-t-il déclaré. « S’il le fait, il a sans doute des raisons. On peut espérer qu’il sait ce qu’il fait. »

Thierry Breton est allé plus loin en affirmant : « Il est dit et assumé, il est là pour s’appuyer et pour développer le Rassemblement national en France. Il le dit de façon très explicite. » Et d’ajouter : « Je n’invente rien, il suffit de lire ce document de la sécurité nationale qui indique précisément que les États-Unis avaient l’intention désormais de s’appuyer sur les partis d’extrême droite en Europe pour l’affaiblir et affaiblir ses institutions. »

Tout en se disant « attaché à des relations apaisées avec les États-Unis », il a regretté un affaiblissement des canaux diplomatiques.

À l’origine de la crise : des commentaires sur la mort de Quentin Deranque

La convocation de l’ambassadeur faisait suite à des déclarations de l’ambassade américaine après la mort de Quentin Deranque à Lyon. L’administration Trump avait dénoncé la « violence politique d’extrême gauche » après le décès de cet étudiant d’extrême droite.

Selon une source au Quai d’Orsay, ces prises de position constituaient des « commentaires sur un drame survenu en France et ne concernant que notre débat public national ». Paris considère que cette affaire relève de sa souveraineté.

Un précédent en août

Ce n’est pas la première fois que Charles Kushner ne se présente pas à une convocation. Fin août, il avait déjà été convoqué après des critiques jugées « inacceptables » par Paris sur « l’absence d’action suffisante » contre l’antisémitisme d’Emmanuel Macron. Il ne s’était pas déplacé, et le chargé d’affaires avait été reçu à sa place.

Malgré la fermeté affichée, le Quai d’Orsay précise qu’il « reste bien sûr possible que l’ambassadeur Charles Kushner exerce sa mission et se présente » afin de permettre des échanges « permettant d’aplanir les irritants qui, inévitablement, peuvent survenir dans une relation d’amitié vieille de 250 ans ».

Les plus populaires