- En visite ce mercredi au Salon de l’Agriculture à Paris, le commissaire européen à l’Agriculture Christophe Hansen a annoncé une enveloppe de 40 millions d’euros pour la viticulture, afin d’accompagner le retrait de plus d’un million d’hectolitres de vins rouges et rosés.
- Une « grande annonce » qui laisse pourtant un goût amer : la filière espérait 80 millions, sur fond de tensions liées au Mercosur et à la future réforme de la PAC.
Le déplacement de Christophe Hansen au Salon de l’Agriculture était suivi de près. Dans les allées de la porte de Versailles, le commissaire européen à l’Agriculture a multiplié ce mercredi les échanges avec syndicats et filières, venus alerter sur leurs inquiétudes face à la réforme à venir de la politique agricole commune (PAC) et à son futur budget.
Cette visite intervient dans un contexte de défiance accrue, de nombreux agriculteurs français accusant Bruxelles de fragiliser leur compétitivité, notamment depuis la signature du projet d’accord sur le Mercosur. Si le commissaire juge leur colère « compréhensible », il estime qu’elle « n’est pas la solution ».
Face à la presse, il a appelé à poursuivre le travail plutôt qu’à s’enfermer dans le bras de fer : « Il est important de dire qu’on n’est pas encore au bout du travail, il y a les propositions sur la table, il est temps de les évaluer et de voir où on peut encore les améliorer », a-t-il détaillé. Et d’ajouter : « Il faut montrer aux agriculteurs qu’on est là pour eux, qu’on doit trouver des solutions ensemble. »
Viticulture : une “grande annonce” au goût de “verre à moitié vide”
C’est l’annonce la plus attendue de la journée : 40 millions d’euros d’aides pour la viticulture. L’objectif est d’accompagner le retrait du marché de plus d’un million d’hectolitres de vins rouges et rosés, afin de contribuer à stabiliser les cours. Une mesure que Christophe Hansen qualifie de « grande annonce ».
Mais dans la filière, la déception domine. Les professionnels du vin réclamaient 80 millions d’euros. À la Confédération nationale des AOC viticoles (CNAOC), on parle d’un « verre à moitié vide », soulignant l’écart entre les attentes et le montant annoncé. Le commissaire européen avance néanmoins une piste de complément : auprès de Radio France, il assure que la somme « pourra aussi être complétée par la France ».
Budget PAC 2028-2034 : Bruxelles promet un niveau “plus ou moins le même”
Au-delà du vin, la question du budget de la PAC reste centrale. Christophe Hansen veut rassurer : pour 2028-2034, le budget serait « plus ou moins le même que celui de la PAC actuelle ». Une ligne de défense assumée, alors que les agriculteurs redoutent une dilution des moyens face aux nouvelles priorités européennes. « Dans le contexte des nouveaux défis au niveau global et à nos frontières extérieures, maintenir ce budget est déjà un grand succès », a insisté le commissaire, justifiant la difficulté à obtenir davantage.
Mercosur, taxe carbone et libre-échange : les syndicats sur le qui-vive
La FNSEA a également fait remonter ses inquiétudes sur plusieurs dossiers. D’abord, l’entrée en vigueur du mécanisme européen de taxe carbone aux frontières (MACF), destiné à verdir les importations de produits tels que les engrais. Ensuite, la perspective d’un nouvel accord de libre-échange avec l’Australie, perçu comme un risque pour les filières d’élevage.
Sur le Mercosur, le commissaire européen temporise. La décision n’a « pas encore prise », assure-t-il. Et elle ne sera tranchée qu’« après consultation des États membres, mais aussi du Parlement européen ». Une manière de renvoyer à la procédure, sans dissiper les tensions au sein du monde agricole français.
La Confédération paysanne, elle, dit avoir eu « un long rendez-vous » avec le commissaire européen, tout en défendant une approche différente : régulation des marchés et des volumes pour mieux rémunérer les paysans, et « une Europe sociale et environnementale forte ».
Le syndicat a marqué sa présence au Salon par une action sur le stand de l’Union européenne : pendant un quart d’heure, drapeaux et banderoles ont été déployés, avec un appel au micro « à ce que les citoyens se bougent pour demander une autre politique agricole ».
Engrais : une suspension d’un an qui doit faire économiser 60 millions d’euros
Autre annonce mise en avant : les droits de douane sur les importations d’engrais azotés et de leurs matières premières ont été suspendus pour un an. Selon Christophe Hansen, cette mesure doit permettre aux agriculteurs et aux fabricants d’engrais d’économiser 60 millions d’euros, dans un contexte où les charges continuent de peser lourdement sur les exploitations.
Christophe Hansen a enfin insisté sur la multiplication des crises qui frappent le secteur agricole. Il cite les maladies animales, comme la dermatose nodulaire, ainsi que des pressions géopolitiques et la guerre en Ukraine. S’ajoute l’incertitude commerciale venue des États-Unis : « Des marchés internationaux où les débouchés deviennent moindres à cause des tarifs imposés par l’administration Trump », concède-t-il.
Avec 40 millions d’euros annoncés pour la viticulture, Bruxelles envoie un signal, mais insuffisant pour apaiser les attentes. Entre le Mercosur, le coût des intrants, l’incertitude sur les marchés internationaux et la future PAC, le Salon de l’Agriculture confirme une réalité : la relation entre une partie des agriculteurs français et l’Union européenne reste sous haute tension — et chaque annonce est désormais jugée à l’aune de ce qu’elle ne couvre pas.
