- L’inflation en Chine a accéléré en février pour atteindre son niveau le plus élevé depuis plus de trois ans.
- Selon les données officielles publiées lundi, la hausse des prix dépasse les attentes des analystes, portée notamment par les dépenses liées au Nouvel An lunaire.
- Mais les économistes préviennent que cette progression reste fragile dans un contexte économique marqué par une demande intérieure faible et des pressions déflationnistes persistantes.
L’indice des prix à la consommation (IPC), principal indicateur de l’inflation en Chine, a progressé de 1,3 % sur un an en février, a annoncé lundi le Bureau national des statistiques (BNS). Il s’agit de la plus forte hausse enregistrée depuis janvier 2023, lorsque l’inflation avait atteint 2,1 %.
Cette progression dépasse les prévisions des analystes interrogés par l’agence Bloomberg, qui tablaient sur une hausse de 0,9 %. Elle marque également le cinquième mois consécutif d’augmentation de l’indice des prix à la consommation.
Le mois de février correspond aux congés du Nouvel An lunaire, une période stratégique pour la consommation en Chine. Les autorités espéraient que les déplacements et les dépenses des ménages durant ces vacances stimuleraient la demande intérieure, considérée comme l’un des principaux points faibles de l’économie.
Une économie toujours confrontée aux pressions déflationnistes
Malgré ce rebond de l’inflation, l’économie chinoise reste confrontée à plusieurs difficultés structurelles. La deuxième économie mondiale subit depuis plusieurs années des pressions déflationnistes, alimentées par une demande intérieure insuffisante, des surcapacités industrielles et une crise profonde du secteur immobilier.
À cela s’ajoute un taux de chômage élevé chez les jeunes, qui pèse sur la consommation des ménages. Dans ce contexte, de nombreux producteurs se livrent à une guerre des prix agressive pour écouler leurs stocks excédentaires et encourager les achats.
Une hausse liée à des facteurs temporaires
Pour certains économistes, la remontée de l’inflation observée en février ne reflète pas forcément une reprise durable de la demande. Zichuan Huang, économiste chez Capital Economics, souligne que cette hausse s’explique avant tout par « des facteurs temporaires tels que l’atténuation de la déflation pétrolière et la volatilité des prix des produits alimentaires et du tourisme autour du Nouvel an », écrit-elle dans une note.
Selon elle, l’évolution de l’inflation dépendra aussi du contexte géopolitique et des marchés énergétiques. « Les tensions au Moyen-Orient continueront d’alimenter l’inflation tant que les prix mondiaux de l’énergie resteront élevés », observe l’économiste.
Elle estime toutefois que la dynamique inflationniste pourrait rester limitée dans les mois à venir. Les résultats « décevants » des Deux Sessions, le grand rendez-vous politique annuel actuellement en cours à Pékin, en matière de soutien à la demande intérieure «devraient freiner toute accélération de l’inflation dès que les tensions s’apaiseront », prévient-elle.
Pékin cherche à relancer la demande intérieure
La Chine tente toujours de retrouver la dynamique économique qui prévalait avant la pandémie de Covid-19, en 2019-2020. Malgré la solidité de ses exportations et un excédent commercial record d’environ 1 200 milliards de dollars en 2025, le pays reste confronté à des déséquilibres structurels importants et à des tensions commerciales persistantes avec les États-Unis.
Dans ce contexte, le gouvernement a annoncé la semaine dernière un objectif de croissance compris entre 4,5 % et 5 % pour 2026, le plus modeste fixé depuis 1991. La stimulation de la demande intérieure figure désormais parmi les priorités stratégiques de Pékin. Cet objectif est notamment inscrit dans le Plan quinquennal 2026-2030, actuellement examiné lors des Deux Sessions, qui réunissent des milliers de représentants du régime dans la capitale chinoise.
À cette occasion, le gouvernement s’est également fixé un objectif d’inflation de 2 % pour 2026, signe de sa volonté de sortir durablement des risques de déflation.
Des mesures pour encourager les dépenses des ménages
Ces derniers mois, les autorités ont multiplié les initiatives pour soutenir la consommation. Un programme de subventions a notamment été mis en place pour encourager l’achat de produits électroniques, d’électroménager ou encore de meubles.
Le gouvernement comptait aussi sur l’effet d’entraînement du Nouvel An lunaire, période durant laquelle les Chinois consomment traditionnellement davantage et voyagent en grand nombre. Les congés ont ainsi atteint une durée exceptionnelle de neuf jours, tandis que de nouvelles incitations à la dépense, comme des bons d’achat, ont été mises en place.
Les prix à la production restent en baisse
Parallèlement, le Bureau national des statistiques a indiqué que l’indice des prix à la production (PPI), qui mesure le coût des marchandises à la sortie des usines, a reculé de 0,9 % en février sur un an.
Cet indicateur est entré en territoire négatif en octobre 2022, signe de la pression exercée sur les marges des entreprises industrielles. Toutefois, la baisse ralentit progressivement ces derniers mois : le recul était de –2,2 % en novembre, –1,9 % en décembre et –1,4 % en janvier.
Cette tendance pourrait signaler une stabilisation progressive de l’activité industrielle, même si l’économie chinoise reste confrontée à des défis majeurs pour relancer durablement la consommation et la croissance.
