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France : 7 femmes sur 10 victimes de violences sexistes ou sexuelles dans les transports, une réalité alarmante

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  • Les violences sexistes et sexuelles dans les transports en commun constituent une réalité préoccupante en France.
  • L’Observatoire national des violences faites aux femmes a publié, lundi 10 mars, une synthèse d’études révélant l’ampleur du phénomène, notamment en Île-de-France.

Selon une enquête réalisée par l’institut Enov pour la RATP, sept femmes sur dix affirment avoir déjà été victimes de violences sexistes ou sexuelles dans les transports franciliens. Ce chiffre atteint même 90% pour les femmes de 19 à 25 ans.

Les formes de violences sont diverses : 39% des victimes rapportent des outrages sexistes et sexuels, 19% du harcèlement sexuel, 15% des agressions sexuelles, 13% des exhibitions sexuelles et 6% un viol ou une tentative de viol.

« Les agresseurs auxquels on pense toujours, ce sont les exhibitionnistes et les ‘frotteurs’. Il est vrai que les caractéristiques liées à l’espace des transports – enfermement, saturation des corps, impossibilité de fuir du véhicule – peuvent engendrer ces formes de violences sexuelles spécifiques », analyse Manon Marguerit, chercheuse en urbanisme à l’Université Gustave-Eiffel.

Un environnement propice aux agressions

Le rapport met en évidence que 99% des personnes mises en cause pour violences sexuelles dans les transports en commun sont des hommes, tandis que 91% des victimes sont des femmes. Parmi elles, 75% ont moins de 30 ans et 36% sont mineures.

« Il faut sortir de la représentation de l’agresseur comme un ‘pervers’, un ‘marginal’ ou un ‘monstre’. Comme dans le cas des violences conjugales ou de l’inceste, les agresseurs dans l’espace public n’agissent pas par pulsion mais déploient toute une stratégie », insiste Manon Marguerit.

Selon le ministère de l’Intérieur, 3% des victimes de violences sexuelles recensées en 2024 ont été agressées dans les transports en commun, un chiffre stable depuis 2016. Pourtant, seules 7% des victimes portent plainte. Un faible taux qui s’explique par la banalisation de ces agressions et la peur des représailles.

« Ils choisissent leur pratique en fonction du risque légal encouru, ils agissent souvent aux mêmes heures et aux mêmes endroits. Dans les transports en commun, les flux durant les heures de pointe leur permettent à la fois de jouer sur l’ambiguïté – est-ce un sac ou une main qui m’a touchée ? – mais aussi de disparaître rapidement et facilement », précise la chercheuse.

Des stratégies d’évitement qui pèsent sur les femmes

Face à ces violences, 56% des femmes déclarent ne pas se sentir rassurées dans les transports en commun et 80% disent « rester en alerte » lorsqu’elles voyagent. Cette charge mentale entraîne de nombreux comportements d’évitement :

  •  68% adaptent leur tenue vestimentaire
  • 60% évitent certains transports selon leur habit
  • 83% se placent dos aux portes ou aux murs
  • 93% préfèrent s’asseoir près d’autres femmes ou de familles.

Sur le plan psychologique, 34% des victimes ressentent de la honte, 26% de la tristesse, et 23% un besoin d’isolement. En revanche, 70% éprouvent de la colère et 60% souhaitent agir pour faire changer les choses.

Des dispositifs de prévention renforcés

Si la situation demeure inquiétante, des efforts sont réalisés pour lutter contre ces violences. Les témoins interviennent davantage : 23% des victimes ont été aidées par un tiers, soit deux fois plus qu’en 2016 (10%), selon une étude de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut).

Les opérateurs de transport déploient plusieurs initiatives pour renforcer la sécurité des femmes : campagnes de communication, formations, descentes à la demande après 22 heures sur les lignes de bus, outils d’alerte et marches exploratoires permettant d’identifier les zones à risque.

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