Les tensions s’intensifient dans l’audiovisuel public. Face au projet de fusion des principales entités du secteur, syndicats et salariés se mobilisent pour défendre l’indépendance des médias et la qualité des programmes.
Une grève de deux jours perturbe actuellement l’audiovisuel public français. Organisée les 31 mars et 1er avril, elle affecte principalement certaines stations de Radio France et s’oppose à la réforme gouvernementale prévoyant la création d’une holding commune.
Ce projet suscite de vives contestations de la part des syndicats, qui alertent sur ses « graves conséquences » pour l’indépendance des médias et leur financement.
Les raisons de la mobilisation
La réforme, défendue par la ministre de la Culture, Rachida Dati, prévoit la fusion des principales entités de l’audiovisuel public sous une seule structure, France Médias.
« Ce projet de réforme de la gouvernance de l’audiovisuel public et les baisses budgétaires associées auront de graves conséquences s’il est adopté », alertent les syndicats CGT, CFDT, FO, SNJ et SUD de France Télévisions.
De leur côté, les syndicats de Radio France jugent que « ce projet aura pour conséquence de démanteler notre entreprise en la plaçant sous la tutelle de France Télévisions ». Ils redoutent notamment un affaiblissement de l’indépendance éditoriale et une dégradation de la qualité des programmes.
Une grève aux répercussions concrètes
Depuis lundi, les auditeurs de France Culture et des stations locales Ici (anciennement France Bleu) constatent une modification de leur grille de programmes, remplacés par de la musique. Chez France Télévisions, le mouvement est suivi par 9 % des salariés selon la direction.
Le syndicat CGT de France Médias Monde a également publié un préavis de grève, estimant que « ce projet de réforme met en danger les services et la qualité des programmes proposés aux publics en raison de budgets réduits ainsi que l’indépendance éditoriale, le pluralisme et la liberté d’information, mis à mal par une gouvernance verticale ».
Le débat politique et les enjeux à l’Assemblée nationale
Le texte sera examiné en commission à l’Assemblée nationale le 1er avril, avant un possible passage en séance plénière le 10 avril. Toutefois, des incertitudes demeurent, notamment sur l’inclusion de France Médias Monde dans la holding. Le gouvernement envisage de l’exclure en raison de sa mission spécifique, mais la décision finale sera prise lors du débat parlementaire. Rachida Dati a rappelé dans Le Parisien que cette question devait être « tranchée lors du débat parlementaire ».
Une réforme nécessaire ou controversée ?
Si la ministre insiste sur la nécessité de renforcer l’audiovisuel public face à la concurrence privée, les syndicats y voient une tentative de centralisation menaçant le pluralisme et la liberté d’information. « Un groupe audiovisuel public fort » est indispensable, affirme Rachida Dati, face à « un contexte très concurrentiel avec des groupes privés très structurés ».
Cette réforme, initialement présentée comme une fusion inspirée de la BBC, avait été suspendue suite à la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024. Aujourd’hui, elle revient sous une nouvelle forme, mais suscite toujours autant de résistance.
La mobilisation contre la holding France Médias illustre les tensions entre les objectifs de rationalisation du gouvernement et la volonté des professionnels des médias de préserver leur indépendance. L’issue des débats parlementaires sera déterminante pour l’avenir de l’audiovisuel public français
