- Après une décennie d’expansion soutenue, le marché de l’emploi cadre amorce un tournant décisif.
- L’Apec, dans son dernier rapport publié ce jeudi 3 avril, confirme un recul des recrutements qui se poursuivra en 2025, impactant aussi bien les jeunes diplômés que les cadres expérimentés.
Après une décennie de croissance ininterrompue, le marché de l’emploi cadre en France amorce un véritable retournement. L’Association pour l’emploi des cadres (Apec) a publié son rapport annuel ce jeudi 3 avril, confirmant une tendance baissière qui devrait se prolonger en 2025.
En 2024, 303 400 cadres ont été recrutés, soit une baisse de 8 % par rapport à 2023. Cette décrue devrait se poursuivre en 2025 avec seulement 292 600 recrutements prévus, soit un recul supplémentaire de 4 %. Cette chute ramène le nombre d’embauches sous la barre symbolique des 300 000, une première depuis plusieurs années.

Le directeur général de l’Apec, Gilles Gateau, ne cache pas son inquiétude face à cette tendance.
« Malheureusement, la fête est finie, après 10 ans de croissance, le marché de l’emploi des cadres a commencé à se retourner en 2024 et la tendance va se poursuivre en 2025. », affirme Gilles Gateau
Les secteurs les plus touchés
La baisse des recrutements de cadres touche l’ensemble des secteurs, bien que certains soient plus durement impactés que d’autres. Les services à forte valeur ajoutée, incluant l’informatique, la recherche et développement (R&D) et l’ingénierie, enregistrent une chute notable de 10 %.
Le secteur de la construction, déjà fragilisé par la crise du logement, voit ses embauches reculer de 7 %. Le commerce n’échappe pas à cette tendance, avec une diminution de 5 % des recrutements, affecté par la montée en puissance du e-commerce et du marché de la seconde main. Enfin, les services et l’industrie subissent un repli plus modéré de 3 %.
« On sort de plusieurs années durant lesquelles le marché d’emploi des cadres était en surchauffe, avec des tensions extrêmes sur les recrutements et des entreprises qui avaient du mal à pallier leurs besoins, » explique Hélène Garner, directrice des données et études de l’Apec.
« Cette période est terminée, les entreprises manquent de visibilité sur les carnets de commandes et revoient leurs ambitions de recrutement à la baisse. », ajoute-elle.
Malgré cette baisse généralisée, certains domaines conservent un volume d’embauches conséquent. L’informatique reste en tête avec 55 600 recrutements prévus en 2025, suivie des métiers commerciaux (52 700 embauches) et de la recherche et développement (49 750 postes attendus).

Les profils de cadres les plus affectés
Les jeunes diplômés et les cadres expérimentés figurent parmi les catégories les plus touchées par ce ralentissement. Les jeunes diplômés, ceux ayant moins d’un an d’expérience, sont les plus durement affectés : en 2025, seuls 41 000 recrutements sont prévus pour cette tranche d’âge, soit une chute spectaculaire de 16 %. « Ces derniers sont souvent les premiers à payer lorsque le marché se retourne », souligne Gilles Gateau.
Les cadres les plus expérimentés, ayant plus de 10 ans de carrière, connaissent également un recul significatif de leurs opportunités professionnelles. En 2025, les embauches de cette catégorie devraient s’établir à 76 100, soit une baisse de 11 % par rapport à l’année précédente. Cette tendance illustre une prudence accrue des entreprises, qui privilégient des recrutements plus ciblés et internes.

Perspectives et enjeux pour 2025
Malgré cette baisse des recrutements, l’emploi cadre continue de progresser avec une création nette de 70 000 postes (+1,8 %). Toutefois, cette progression est essentiellement due aux promotions internes, le dernier recul de la population cadre remontant à 1991.
Gilles Gateau souligne que l’évolution du marché dépendra fortement du climat économique et politique. « La plus grosse difficulté est autour de l’imprévisibilité et de ce que ça génère comme forme d’attentisme chez les employeurs. », explique t-il
L’informatique, bien qu’en baisse, reste un secteur clé, notamment grâce aux défis liés à la transformation numérique, la cybersécurité et l’intelligence artificielle. « L’attentisme lié aux aléas politiques et budgétaires et la chute de l’investissement qui s’en est suivie ont particulièrement impacté les activités informatiques des entreprises, » note-t-il. « Pour autant, les nombreux défis liés à la transformation numérique pourraient redonner du souffle à cette fonction clé. »
