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Assurance maladie : un déficit abyssal à 41 milliards d’euros d’ici 2030 sans réformes majeures, alerte la Cnam

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  • Alors que le déficit de l’Assurance maladie est estimé à 16 milliards d’euros en 2025, la Cnam tire la sonnette d’alarme : sans inflexion majeure, il pourrait atteindre 41 milliards d’ici 2030.
  • Dans un contexte budgétaire tendu, le gouvernement et l’Assurance maladie dévoilent des mesures chocs entre prévention, réforme des arrêts maladie et coupes ciblées pour préserver notre modèle social.

   Le déficit de l’Assurance maladie pourrait atteindre 41 milliards d’euros en 2030 si aucune inflexion majeure n’est décidée rapidement, a averti mardi 24 juin la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam), dans son rapport annuel. Une situation budgétaire qualifiée de « point de bascule » par son directeur général, Thomas Fatôme.

« Nous sommes à un point de bascule », a déclaré le dirigeant, en soulignant l’urgence d’une réforme structurelle du système de santé.

16 milliards d’euros de déficit en 2025 : la trajectoire s’aggrave

Selon les projections, le déficit atteindra 16 milliards d’euros dès 2025, en raison d’un double effet : le vieillissement de la population et la montée en puissance des maladies chroniques. À titre d’exemple, les dépenses de santé atteignent 7 700 euros par an pour les personnes âgées de 80 à 89 ans.

Face à cette dérive, la Cnam propose 60 mesures pour contenir les coûts, dans son rapport « Charges et produits« , transmis au gouvernement en amont du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). La version finale sera soumise au vote du conseil de la Cnam le 3 juillet.

Rééquilibrer les comptes : entre prévention et rationalisation

Certaines pistes font consensus, à commencer par la prévention, présentée comme la clef de voûte du redressement budgétaire.

« La prévention est le seul moyen pour se sortir de tout dérapage budgétaire », a assuré mercredi 25 juin Marguerite Cazeneuve, directrice déléguée de la Cnam, sur franceinfo.

Parmi les leviers envisagés par la Cnam pour renforcer la prévention figurent l’obligation du Nutri-Score, dans un contexte de progression préoccupante de l’obésité, ainsi que le lancement de campagnes de vaccination et de dépistage systématique ciblant les cancers et les maladies cardiovasculaires.

La Cnam souhaite également intensifier la sensibilisation à la tension artérielle, un enjeu de santé publique majeur, puisqu’environ 17 millions de personnes en France sont concernées, mais seuls 25 % d’entre elles bénéficient d’un traitement adapté.

« Les gens aujourd’hui ne savent pas le bon taux, ni le leur. Cela touche 17 millions de personnes, mais seul un quart d’entre eux sont traités », a précisé Cazeneuve.

Zones de tension : les ALD et les arrêts maladie dans le viseur

Plus sensibles, d’autres propositions suscitent déjà le débat. L’une des pistes évoquées consisterait à réévaluer l’éligibilité au dispositif ALD (Affections de longue durée), notamment pour les patients en situation de guérison ou de rémission.

Autre chantier majeur : la maîtrise des arrêts maladie, dont la croissance annuelle dépasse les +6 %.

« C’est la seule dépense de l’Assurance Maladie qui n’est pas liée au vieillissement de la population », souligne Marguerite Cazeneuve.

La Cnam préconise trois axes d’intervention pour mieux encadrer la hausse des arrêts maladie. Elle propose d’abord de responsabiliser les employeurs en instaurant un système de bonus-malus, destiné à limiter les cas d’absentéisme court atypique, souvent révélateurs de conditions de travail dégradées.

Elle souhaite également réduire les arrêts de longue durée, qui peuvent entraîner une désinsertion professionnelle durable. Enfin, elle insiste sur la nécessité de mieux accompagner les patients, afin d’éviter les dérives et de garantir un suivi médical adapté tout au long de leur arrêt.

« Sur une sciatique, c’est 35 jours [d’arrêt] maximum, et ensuite il faut revoir le patient. On constate qu’il y a plus de 600 professionnels qui ont prescrit des arrêts de plus de 125 jours », illustre-t-elle.

« On est tous impliqués : le médecin, le patient, l’employeur et l’Assurance Maladie. L’objectif, c’est que l’on fasse tous plus attention. », assure t-elle

Un plan gouvernemental d’économies de 1,7 milliard d’euros en 2025

En parallèle, le gouvernement a également sorti sa calculette. Catherine Vautrin, ministre du Travail et de la Santé, a annoncé 1,7 milliard d’euros d’économies sur les dépenses de santé en 2025.

« Nous avons parfaitement conscience des efforts demandés à chacun, mais nous jouons la pérennité du modèle social », a-t-elle déclaré devant la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, le 25 juin.

Ce plan s’inscrit dans un effort plus large, engagé par le Premier ministre François Bayrou, qui entend identifier 40 milliards d’euros d’économies sur l’ensemble des dépenses de l’État.

Les mesures identifiées : 700 millions d’euros issus d’une réserve mobilisée dans l’hospitalier et le médico-social, 500 millions d’euros d’économies sur le médicament ainsi que la réforme contestée du transport sanitaire, malgré la colère des taxis.

Préserver un modèle social menacé

Les mesures présentées par la Cnam et le gouvernement marquent un tournant stratégique dans la gestion des finances sociales. À travers la prévention, la responsabilisation des acteurs et la régulation des dépenses, l’objectif est clair : éviter un effondrement du modèle solidaire français.

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